Les Caves du Majestic

vendredi 2 décembre 2016

La Chèvre - Francis Veber (1981)

La Chèvre de Francis Veber (né en 1937) nous donnera l'occasion :

  • de faire un tour au Mexique,
  • de savoir qu'en français, quand on prend « un jus », on prend café, et quand on prend « du jus », on prend une décharge électrique (si on veut un rafraîchissement, on dira un jus de fruit)
  • et surtout de rire avec, au box-office, le plus gros succès de Pierre Richard (né en 1934), le deuxième plus gros succès de Francis Veber et le quatrième plus gros succès de Gérard Depardieu (né en 1948).

Au programme de cette note, le service minimum, à savoir :

  • le synopsis,
  • la transcription.

Auxquels on a ajouté le thème principal signé Vladimir Cosma.

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Synopsis (trouvé sur ce site)

La fille du Grand PDG Bens est tellement malchanceuse qu'elle se fait enlever alors qu'elle est en vacances au Mexique. Pour la retrouver, son père engage le détective privé Campana qu'il associe à un gaffeur invétéré dans l'espoir qu'il le rapproche de sa fille...

 


Mise en ligne le 18 février 2012 par noodlehome

Transcription

Meyer – La seule façon de retrouver la petite, c'est de confier l'enquête à quelqu'un d'aussi malchanceux qu'elle.

Campana – Oh lalalala

Perrin – Je vais me donner à fond sur ce coup et ça va faire mal.

Perrin – Allez-vous coucher, je reste sur le pont, moi.
Campana – Qu'est-ce que vous allez foutre sur le pont ?
Perrin – Interroger une de ses camarades.

Perrin – Je sais que vous n'avez pas eu beaucoup de chance dans votre enquête mais à nous deux ça va changer, croyez-moi.

Campana – Qu'est-ce qui vous arrive encore ?
Perrin – Je ne sais pas, je m'enfonce.
Campana – Mais vous vous enfoncez sans réagir ?
Perrin – Mais si je réagis je m'enfonce encore plus. C'est bien connu, il ne faut pas se débattre dans les sables mouvants.
Campana – Perrin, il n'y a pas de sables mouvants signalés dans cette région.
Perrin – Eh bien si vous voulez mon avis, il est temps de les signaler.

Campana – C'est fini, oui ?
Perrin – Excusez-moi mais... je crois que j'ai un ticket.
Campana – C'est une pute. Cinquante dollars, elle se couche tout de suite.
Perrin – Je crois que vous vous foutez le doigt dans l'œil.
Campana –
Essayez. C'est moi qui vous les donne si ça ne marche pas.

Commissaire de police Custao C'est pas son jour, dites-donc.
Campana –
C'est jamais son jour.
Commissaire de police Custao Il est tombé ?
Campana –
Sur moi, oui.

Perrin – Ça me rappelle le pavillon de mes parents à Saint-Cloud (92).
Campana –
Il y a eu une tornade à Saint-Cloud ?
Perrin –
J'avais acheté une bouteille de butane et...
Campana –

Perrin –
Pourquoi vous me regardez comme ça ? Ça va pas ?
Campana –
Si, si, ça va.

Perrin – Mais il est temps de passer à l'action, je commence à avoir des fourmis dans les jambes, moi...

Un homme de main aux grosses narinesC'est fermé.
Campana –
Quelles sont les formalités pour faire partie du club ?

Campana – On vient retirer le dépôt qu'on a fait chez vous.
Perrin –
Messieurs-dames.

Campana – Oh mais quel con, alors !

Perrin – Défendez-vous.
Campana –
'Faites pas l'idiot.
Perrin – [attaque Campana]
Campana –
Vous allez vous faire mal, je vous dis.

Campana – J'avais une vie un peu plate avant de vous rencontrer.

Perrin – Merde. Si elle pique, je meurs.
Campana –
Oh.
Perrin –
En vacances, une fois, j'ai été piqué. Une semaine d'hôpital. J'ai failli crever. Je gonfle, je gonfle et je me mets à étouffer.
Campana –
Bougez pas.
Perrin – '
Faut pas l'affoler, je vous dis. Elle est comment, là ? Elle est affolée ?
Campana –
J'ai l'impression qu'elle s'est assoupie... Si elle fait sa nuit, Perrin ?
Perrin –
Si je ris, c'est foutu.

 

**********

 

On n'aurait pas tout dit si l'on n'avait pas mentionné la musique efficace de Vladimir Cosma (né en 1940 à Bucarest), dont les compositions ont souvent accompagné des films avec Pierre Richard.

 


Ajoutée le 15 octobre 2015 par
Daniel BERNARD

 

 


samedi 26 novembre 2016

Cité d'Ys (2) Gwerz Kêr-Is - Yann-Fañch Kemener & Didier Squiban (1995)

Vendredi 25 novembre (hier soir) à l'institut on m'a invité à venir faire ce que je fais sur ce blog : des associations d'idées en quelques mots, images et (parfois) sons.

C'était à l'occasion du vernissage de l'exposition consacrée au travail de Dejan Nenadov pour une série intitulée La Légende d'Ys qui vient de paraître en serbe.

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 Le scénario en est de Jean-Luc Istin, directeur de collection chez Soleil et auteur d'une bibliographie impressionnante dont une grande part est liée à la matière de Bretagne (les légendes arthuriennes et les autres).

L'éditeur, Komiko, compte dans son catalogue de nombreux titres francophones de périodes diverses, donnant accès au public serbophone à des œuvres marquantes.

Après avoir situé rapidement la légende dans l'espace et le temps, on a parlé de quelques exemples de sa postérité avec :

  • Bran Ruz, d'Auclair & Deschamps, dans cette note-ci ;
  • Gwerz Kêr-Is, par Yann-Fañch Kemener & Didier Squiban, dans cette note-là.

Beaucoup d'élément dans la littérature, le cinéma, la musique... nous donnerons peut-être l'occasion d'y revenir...

 

********

 

Le dispositif de la soirée n'a pas permis d'écouter Gwerz Kêr-Is (la complainte de la cité d'Ys) par Yann-Fañch Kemener (né en 1957) et Didier Squiban (né en 1959).

Yann-Fañch Kemener & Didier Squiban

 

Cette chanson a paru sur l'album Enez Eusa (Île d'Ouessant - 29), le premier d'une série de trois albums qu'ils réaliseront ensemble.

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Le chanteur Yann-Fañch Kemener est l'interprète de tout un répertoire de chants traditionnels qu'il a parfois lui-même recueilli.

Qui étudie le breton aura intérêt à l'écouter. Dans un entretien donné dans l'Œil électrique vers 2001, André Markowicz dit ceci :

« quand j'écoute un paysan, ou que j'écoute Yann-Fañch Kemener (…) je sais que c'est une vraie langue, c'est-à-dire une façon de penser. »

On peut  lire l'entretien complet qui intéressera les traducteurs en général.

 Le pianiste de jazz Didier Squiban a rapidement intégré dans son répertoire des airs traditionnels. Certains de ce ses albums solo leur sont exclusivement consacré. Des albums comme Molène ou Pors Gwenn sont très agréables.

 

  (traditionnel)

2 gwerz_ker_is 2Document trouvé à cette adresse.

La traduction française vient du CD. La traduction serbe a été réalisé pour le vernissage (cf. intro).

1.

Petra'zo nevez ê ker is
maz eo ken foll ar yaouankis
mar glevan me ar binioù
ar vombard hag an telennoù

1. Ima li šta novo u gradu Isu,
gde mladež je tako luda,
odakle čuju se gajde
bombarde i harfe.

1. Qu'y a-t-il de nouveau dans la ville d'Ys
puisque la jeunesse est aussi folle
puisque j'entends ainsi les binioù
les bombardes et les harpes.

2.

e kêr is n'eus netra nevez
met an ebatoù )vez bemdeiz
e kêr is n'eus nemet raou gozh
hag an ebatoù ) vez beb noz.

2. Ničeg novog u gradu Isu,
samo kavge po ceo dan,
U gradu je sve po starom
samo kavge po celu noć.

2. Il n'y a rien de nouveau dans la ville d'Ys
seulement des ébats tous les jours
il n'y a en la ville que des vieilles choses
et des ébats toutes les nuits.

3.

Bodennoù drez 'zo diwanet
e dor an ilizoù serret,
ha war ar baourien o ouelañ
e hiser ar chas d'o drailhañ

3. Žbunovi trnja su nikli
iz vrata zatvorenih crkava
a na uplakane jadnike
izazivaju pse da ih grizu.

3. Des bosquets de ronces ont poussé
dans les portes des églises fermées
et sur les pauvres pleurant
on excite les chiens à les mordre.

4.

Ahes merc'h ar roue gralon
tan an itern en he c'halon
ar penn kentañ deus an diroll
a gas ar gêr d'he heul da goll.

4. Ahes, ćerka kralja Gralona
plamen pakla u njenom srcu
predvodnica bluda,
vodi za sobom grad u propast.

4. Ahès la fille du roi Gralon,
le feu de l'enfer sur son coeur
à la tête de la débauche
mène à sa suite la ville à sa perte.

5.

Sant gwenole gant kalonad
'zo bet meur a wech kaout he zad
ha gant druez an den doue
a n'eus lavaret d'ar roue :

5. Sveti Gvenole, sa bolom u srcu,
dolazio je često njenom ocu i
sa žalošću je, božiji čovek
govorio kralju

5. Saint Gwenolé, avec peine de coeur
est venu trouver son père bien souvent
et avec pitié, l'homme de dieu
a dit au roi

6.

Gralon, Gralon, lakaet evez
d'an disurjoù a ren ahez
rak trement 'vo an amzer
pa skwilho doue e gonner

6. Gralone, Gralone, obrati pažnju
na haos koji stvara Aes
jer kasno će biti
kad bog izruči svoj bes

6. Gralon, Gralon, prêtez attention
aux désordres que mène ahès
car le temps sera passé
quand dieu jettera sa colère.

7.

Hag ar roue spouronet
d'e verc'h en deus bet kelennet
met diskaret gant ar gozhni
n'eus mui an nerzh da stourm outi.

7. Mudri kralj, rasrđen,
svoju ćerku
je savetovao
ali zanemoćao od starosti
nema više snage da se bori
s njom

7. Et le roi sage, courroucé
sa fille a conseillé
mais affaibli par la vieillesse
n'a plus la force de la combattre

8.

Ha skuizh gant rebechoù he zad
evit mont deus e zaoulagad
en deus graet gant drouksperejoù
ur pales kaer tost d'ar sklujoù.

8. Umorna od očevih prigovora
Ne bi li mu se sklonila s pogled
Ona uz pomoć zlih duhova
lepu palatu napravi pokraj nasipa.

8. Fatiguée des reproches de son père
et pour quitter son regard
a construit avec l'aide des mauvais esprits
un beau palais près des écluses.

9.

Eno, gant heh amouroujen
ema fenoz an abadenn
eno, en aour hag en perlez
evel an heol a bar ahez.

9. Tu, sa svojim ljubavnicima,
Serenade sluša s večeri
tu, u zlatu i biserima
kao sunce, Aes sija.

9. Là, avec ses amoureux
il y a le soir des aubades,
là, dans l'or et les perles
comme le soleil, Ahès rayonne.

 

 

 ********

 

Le genre de la gwerz (complainte) suscite toujours un certain intérêt mais a encore besoin d'être défendu. C'est ce que font de nombreux interprètes dont nous pouvons citer, outre Yann-Fañch Kemener, Denez Prigent, Louise Ebrel ou les sœurs Goadec.

 

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L'album dont on a repris la pochette est l'enregistrement de concerts donnés au Théâtre de Cornouailles à Quimper du 27 au 31 octobre 2008 par Nolùen Le Buhé, Annie Ebrel et Marthe Vassallo, trois fameuses interprètes de gwerz. André Markowicz a participé à ces concerts en disant les traductions en alternance avec les strophes chantées.

Le texte reproduit ci-dessous a paru dans le livret de cet album de « Gwerzioù ». On le reproduit car il paraît refléter une situation qui ne concerne pas seulement la culture bretonne.

 

La gwerz, genre majeur de la tradition populaire du chant breton, est d'abord un récit, celui de la vie, de la mort, des aventures, d'une certaine personne dont l'important n'est pas qu'il s'appelle Paul ou Jacques, vivant dans tel village (même si le nom et le village d'origine sont très souvent cités) mais que ses aventures sont exemplaires, capables d'éveiller l'émotion chez n'importe quel auditeur. Certaines de ces gwerz sont des sommets de poésie.

Pourtant, qui aujourd'hui chante en breton des récits complets pendant, pour quelques-uns de ces récits, une vingtaine de minutes, et dans quelles circonstances peut-ont les chanter ? Quel interprète se permettrait-il, aujourd'hui, sur scène (à part, sans doute, pendant une veillée* Dastum**), d'interpréter ces récits a capella du début à la fin, sur une mélodie presque toujours unique, et dans une langue que la majorité de ses auditeurs, bien souvent, ne comprend pas ?

Pour les chanteurs actuels, la gwerz est presque devenu un genre secret. On se la chante entre amis, un extrait en public, deux, trois minutes, cinq maximum, et la suite, après le concert, quand on reste entre soi. Ou, plutôt le matin suivant, dans la cuisine, quand la plupart des amis dorment encore.

Nous souhaitons faire entendre la musique, le chant, et les paroles : dès lors que la chanson est un récit, la voix chantée peut s'interrompre d'épisode en épisode, pour laisser place à une autre voix, parlée, celle-ci, en français, pour dire dire le sens précis de ce qui est est chanté. Ainsi, en alternant voix chantée et voix parlée, nous déroulons les récits d'un bout à l'autre.

 

* Une veillée est un moment dans lequel les gens qui vivent ensemble se retrouve, discutent, se racontent les nouvelles, des histoires, chantent. On l'oppose à la télévision dont on dit qu'elle a remplacé ce moment.

** Dastum (verbe breton signifiant ramasser, rassembler, recueillir) est une association fondée en 1972 dont le but est de collecter et de diffuser le patrimoine culturel breton.

vendredi 25 novembre 2016

Cité d'Ys (1) Bran Ruz, Auclair & Deschamps (1981)

Vendredi 25 novembre (hier soir) à l'institut on m'a invité à venir faire ce que je fais sur ce blog : des associations d'idées en quelques mots, images et (parfois) sons.

C'était à l'occasion du vernissage de l'exposition consacrée au travail de Dejan Nenadov pour une série intitulée La Légende d'Ys qui vient de paraître en serbe.

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Le scénario en est de Jean-Luc Istin, directeur de collection chez Soleil et auteur d'une bibliographie impressionnante dont une grande part est liée à la matière de Bretagne (les légendes arthuriennes et les autres).

L'éditeur, Komiko, compte dans son catalogue de nombreux titres francophones de périodes diverses, donnant accès au public serbophone à des œuvres marquantes.

Après avoir situé rapidement la légende dans l'espace et le temps, on a parlé de quelques exemples de sa postérité avec :

  • Bran Ruz, d'Auclair & Deschamps, dans cette note-ci ;
  • Gwerz Kêr-Is, par Yann-Fañch Kemener & Didier Squiban, dans cette note-là.

Beaucoup d'élément dans la littérature, le cinéma, la musique... nous donnerons peut-être l'occasion d'y revenir...

 

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On a évoqué différentes périodes d'engouement pour le folklore et les cultures traditionnelles, notamment au XIXème siècle (peintures, tableaux, romans, opéras... la fiche wikipédia nous a beaucoup appris) et dans la période post-soixantuitarde.

 

Bran Ruz - Auclair & Deschamps
Les calligraphies celtes avait eu un certain succès au moment de l'art nouveau.

 

Sur ce sujet, Bran Ruz (1981), de Claude Auclair (1943-1990) et Alain Deschamps (1941-2012) nous a permis d'aborder trois points.

 

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D'abord, dans les années 70, on assiste dans les régions et les pays de France à un réveil de l'intérêt pour les traditions folkloriques.

 

Bran Ruz - Auclair & Deschamps
Le premier chapitre de l'album a paru en version bilingue, en breton et en français.

 

En Bretagne, c'est le renouveau des festoù noz.

 

Bran Ruz - Auclair & Deschamps

 

C'est l'époque, en ce qui concerne la musique bretonne, des succès nationaux, voire internationaux d'Alan Stivell, de Gilles Servat, de Tri Yann...

 

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Alan Stivell (né en 1944) reprend le thème de la cité d'Ys dans son album Renaissance de la Harpe Celtique (1972).

 

 
Mise en ligne le 11 novembre 2009 par Svanelicorne

 

Ce réveil ne se limite pas à la Bretagne, on en trouve un peu partout en France (Malicorne en étant le fer de lance, le représentant le plus connu).

 

Bran Ruz - Auclair & Deschamps

Quittons la musique pour parler bande dessinée.

 

Les années 70, c'est aussi l'époque où des auteurs de bande-dessinée et des éditeurs ont l'ambition de révéler les capacités narratives et thématiques longtemps occultées de la bande dessinée. À la suite du magazine Pilote, (1959-1989), et en parallèle avec le travail des éditions Futuropolis, plusieurs publications ont contribué à marqué cette période de leurs expérimentations (« L'écho des savanes » en 1973 et « Fluide Glacial » en 1975 pour l'humour, « Métal Hurlant » en 1973 pour les récits de science-fiction, de fantasy, de fantastique et pour le rock et « (à suivre) » en 1978 pour des récits qui s'inscrivent dans des traditions feuilletonnesques, en résonance avec les récits populaires du XIXème siècle. Ces titres sont parmi les plus connus, mais ce fut une période effervescente avec quantité de publications dont Gélule, journal co-fondé et co-animé par Guy Maestracci.

 

 

C'est tout naturellement que Bran Ruz, long récit inspiré de la légende de la cité d'Ys commence a être publié dès le premier numéro de la revue (à suivre).

 

dessin de Tardi

 

Ce numéro contient par ailleurs un dossier assez complet sur la permanence de « la matière de Bretagne » (ainsi qu'on appelle les légendes arthuriennes, celles de Tristan et Iseult).

 

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Les romans parus dans cette revue étaient souvent publiés dans la collection "les romans (à suivre)" :

 

Bran Ruz - Auclair & Deschamps - 4ème de couverture

 

 

La matière bretonne se trouve abondamment illustrée dans cette planche (et nous ne parlons pas que de la pluie !).

 

Bran Ruz - Auclair & Deschamps

Cette planche évoque quelques motifs de légendes bretonnes avec les dolmens de la deuxième case et l'ankou de la dernière case qui regarde la centrale nucléaire de Brennilis (29).

Ce dernier point nous permet d'évoquer la troisième mouvance apparue dans les années 70 et qui se traduit par une prise de conscience relativement importante des problèmes d'écologie.

 

La planche d'où sont extraites les images contemporaines contient un petit dialogue :

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- Moquez-vous, moquez-vous... à la télé de Paris, on a annoncé de la tempête... pour une fois peut-être qu'ils auraient raison. On n'en avait pas beosin, pourtant. Le marais bout déjà comme lessive !

- Depuis qu'ils ont planté leur foutue centrale du diable, rien ne va plus comme avant, c'est pas vrai ? Et le temps pour commencer... Au jour d'aujourd'hui, il n'y a que Polig* à avoir sa chapelle pleine à ras bord !

*Polig : surnom donné au diable.

 

Suite au choc pétrolier, l'État français a décidé d'investir dans le nucléaire, ouvrant des centrales un peu partout en France. Cela ne fut pas sans opposition. Ce sont les premières luttes contre les centrales nucléaires, certaines ayant réussie - comme en Bretagne à Plogoff (29) - et d'autres ayant échoué mais ayant contribuer à une sensibilisation sur ces problèmes - Fessenheim (68), Montverdun (42), et Le Bugey (01) qui donna lieu à une marche de 20 000 personnes ! Racontée dans ce livre.

 

Bran Ruz - Auclair & Deschamps
Contrairement à nombre de versions, le personnage de l'évêque est ici responsable de la catastrophe.

 

 La catastrophe que raconte cette légende a pu se lire comme une illustration des catastrophes écologiques aux quelles nous assistons aujourd'hui. La catastrophe de Fukushima étant la plus importante.

 

On en apprendra beaucoup dans l'ouvrage de Delphine Le Lay et Alexis Horellou qui ont choisi la bande-dessinée pour raconter l'histoire des habitants de Plogoff et de ses environs.

 

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Ce livre est disponible à la médiathèque de l'Institut Français de Belgrade.

 

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Bran Ruz - Auclair & Deschamps

vendredi 11 novembre 2016

Situation amoureuse : c'est compliqué - Payet & Lauga (2014), Pas toi - Goldman (1986), Cœur de Loup - Lafontaine (1989)

Situation amoureuse : c'est compliqué de Manu Payet (né en 1974) et Rodolphe Lauga nous donnera l'occasion de faire un tour à Paris (un petit footing sur la Coulée Verte dans le 12ème) et à Biarritz (un tout petit peu) et surtout de voir un exemple de comédie romantique contemporaine.

Au sommaire de cette note :

  • le synopsis (« c'est la même chanson ») et la bande-annonce (« on connaît la chanson »);
  • deux chansons françaises extraites d'une bande originale plutôt anglophone.

 

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Synopsis trouvé sur la jaquette du dévédé

À trente ans, Ben (Manu Payet) est sur le point d'épouser Juliette (Anaïs Demoustier). Sa petite vie tranquille et sans danger va basculer lorsqu'il retombe sur la personne qu'il a secrètement le plus envie de revoir : Vanessa (Emmanuelle Chriqui), la bombe du lycée qui ne l'avait jamais regardé. Elle est de retour à Paris et ne connaît, aujourd'hui, que lui…



Précision : La présence dans la distribution de Philippe Duquesne.

 


Mise en ligne le 21 février 2014 par STUDIOCANAL France

La verdeur (au sens n°4) des dialogues et la moralité du film peut rappeler dans une certaine mesure les films du réalisateur américain Judd Apatow (né en 1965) dont les productions ont un public relativement important en France

Transcription

Les copines de Juliette – Surprise !
Ben – Quoi « surprise » ?
Juliette – Quoi « surprise » ?
Sophie – Mais c'est ton enterrement de vie de jeune fille ! On y va ! Cécile, va faire son sac !
Ben – Elle va partir, là ?

Juliette – C'est toi mon homme.
Ben – Ben oui, c'est moi.

Sophie – J'ai oublié les capotes.
Ben – Les quoi ?

Situation amoureuse : célibataire

Situation amoureuse : en couple

Sylvain – Tu vas pas croire ce que je vais te dire, hein. Qui est entrée dans mon bureau pas plus tard que... hier. Vanessa Bestel himself [sic].
Sylvain – Vanessa Bestel avec ses miches à un million de dollars ! La plus belle gonzesse qu'on ait connue, toi et moi.

Une petite fille – Oh la pute !

Sylvain – Oh ! Y a du monde ou quoi, là ?!

Situation amoureuse : célibataire

Ben – Un truc qui existe pas, la meuf est aussi belle qu'elle est brillante. Elle m'a jamais calculé au collège, maintenant elle m'appelle toutes les dix minutes. Mais c'est peut-être un signe quoi...
Jérémie – Oh ! Arrête, y a pas de signe. T'es avec Juliette, c'est elle ta meuf, vous êtes complémentaires à fond... Refais la mousse, là. J'vois tes couilles.

Juliette – [rit]

Sylvain – Mesdames et messieurs, arrivée de la plus belle fille de la soirée, en même temps, c'est la seule : Vanessa.

Jérémie – Alors c'était elle Vanessa ? 'Faut absolument que tu la baises.
Ben – Mais... et Juliette ?
Jérémie – Rien à foutre de Juliette !

Vanessa – On est pote. Je veux pas qu'on soit gênés.
Vanessa – You're amazing.
Ben – On dit qu'on est pote et on s'emballe. C'est pas... non plus... le meilleur moyen d'être pote.

Juliette – Je le sens, t'es perturbé, là.

Ben – Je vais lui dire.
Jérémie – C'est une idée à la con, là. D'abord tu la ken. Et après t'as la prise de conscience.

Situation amoureuse : célibataire

Sylvain – Ça c'est ton couloir, ça c'est mon couloir OK ? Si jamais tu repisses encore dans l'eau, je te jure, je te coule. Je le sens, c'est tout réchauffé là.

 

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Dans les premières scènes un contraste situé en 1994 oppose un adolescent (fan de Goldman) à à ses camarades de collèges (fans de Kurt Cobain).

 

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La chanson Pas toi joue un rôle dans toute la première séquence. Cette chanson de Jean-Jacques Goldman (né en 1951, chanteur populairissime) connut plusieurs version, la première datant de 1986.

 

 


Mise en ligne le 25 octobre 2009 par JeanJGoldmanVEVO

(Jean-Jacques Goldman)

Graver l'écorce
Jusqu'à saigner
Clouer des portes
S'emprisonner

Vivre des songes
À trop veiller
Prier des ombres
Et tant marcher

J'ai beau me dire
Qu'il faut du temps
J'ai beau l'écrire
Si noir sur blanc

Quoi que je fasse
Où que je sois
Rien ne t'efface
Je pense à toi


Passent les jours

Vides sillons
Dans la raison
Mais sans amour

Passe ma chance
Tournent les vents
Reste l'absence
Obstinément

J'ai beau me dire
Que c'est comme ça
Que sans vieillir
On n'oublie pas

Quoi que je fasse
Où que je sois
Rien ne t'efface
Je pense à toi
Quoi que j'apprenne
Je ne sais pas
Pourquoi je saigne
Et pas toi


Y a pas de haine
Y a pas de rois
Ni dieu ni chaînes
Qu'on ne combat

Mais que faut-il ?
Quelle puissance ?
Quelle arme brise
L'indifférence ?

Oh, c'est pas juste !
C'est mal écrit
Comme une injure
Plus qu'un mépris

Quoi que je fasse
Où que je sois
Rien ne t'efface
Je pense à toi
Quoi que j'apprenne
Je ne sais pas
Pourquoi je saigne
Et pas toi

 

***********

 

Une autre chanson, intitulée Cœur de loup fait partie des références qui concluent le film. Son succès énorme succès en 1989 nous invite à la mentionner même si Philippe Lafontaine (né en 1955), son auteur et interprète, n'a pas obtenu de succès aussi grand par la suite.

 

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Cette chanson, très bien écrite, pleine de jeu de mots, d'assonances et d'allitérations, est taillée pour swinguer, à l'instar de certains textes de Nougaro. On reprochera à ce type de texte de ne pas signifier grand chose.

 


Mise en ligne le 27 décembre 2010 par juliok750i

(Philippe Lafontaine - Juan d'Outremont)

Cœur de loup

Pas le temps de tout lui dire
Pas le temps de tout lui taire
Juste assez pour tenter la satyre
Qu'elle sente que j'veux lui plaire

Sous le pli de l'emballage
La lubie de faufiler
La folie de rester sage
Si elle veut ou pas l'embrasser

Quand d'un coup d'elle se déplume
Mon œillet lui fait de l'œil
Même hululer sous la lune
Ne m'fait pas peur
Pourvu qu'elle veuille

Je n'ai qu'une seule envie
Me laisser tenter
La victime est si belle
Et le crime est si gai


Pas besoin de beaucoup

Mais pas de peu non plus
Par le biais d'un billet fou
Lui faire savoir que j'n'en peux plus

C'est le cas du kamikaze
C'est l'abc du condamné
Le légionnaire qui veut l'avantage
Des voyages
Sans s'engager

Elle est si frêle esquive
Sous mes bordées d'amour
Je suppose qu'elle suppose
Que je l'aimerai toujours

Le doigt sur l'aventure
Le pied dans l'inventaire
Même si l'affaire n'est pas sûre
Ne pas s'enfuir, ne pas s'en faire

Je n'ai qu'une seule envie
Me laisser tenter
La victime est si belle
Et le crime est si gai


Cœur de loup
Peur du lit
Séduis-la
Sans délai
Suis le swing
C'est le coup de gong du king.
Bong !
Cœur de loup
M'as-tu lu
L'appel aux
Gais délits
Sors du ring
C'est le coup de gong du king.
Bong !

Pas le temps de mentir
Ni de quitter la scène
Yep ! Elle aura beau rougir
De toute façon il faut qu'elle m'aime

Je n'ai qu'un seule envie
Me laisser tenter
La victime est si belle
Et le crime est si gai

Pas le temps de tout lui dire
Ni de quitter la scène
Yep ! Elle aura beau rougir
De toute façon
Il faut qu'elle m'aime

Cœur de loup
Peur du lit
Séduis-la
Sans délai
Où elle est
Oh la la !
Beau colis
Joli lot
Cœur de loup
M'as-tu lu
L'appel aux
Gais délits
En dit long
Mets l'hola
C'est joli
Quand c'est laid

Ad libitum

jeudi 3 novembre 2016

Capitaine Conan - Bertrand Tavernier (1996), Roger Vercel (1934)

Capitaine Conan de Bertrand Tavernier (né en 1941) nous donnera l'occasion de voyager dans le temps (l'immédiate après-guerre, en 1919) et l'espace (un peu de Bretagne et beaucoup de la Roumanie).

Au sommaire de cette note :

  • le synopsis (comme les fois précédentes) et la bande-annonce (de la même manière que les occurrences d'avant);
  • une petite présentation de l'histoire éditoriale du roman.

 

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Synopsis trouvé sur le site d'IFCinéma

Dans les Balkans, en novembre 1918, la victoire des alliés se précise. Le travail de Conan n'y est pas pour rien : en tuant un homme, il parvient à loger la peur dans le crâne de dix mille autres. La guerre achevée, ces hommes doivent laisser leurs souvenirs de tueurs et d'assassins. L'ennui, c'est que l'âme des guerriers ne se déshabitue pas dans le même temps des exaltations du combat.

 


Capitaine Conan - Bande Annonce postée par hennebert sur Vimeo.

Transcription

Capitaine Conan – Tuer un type dans le tas quand toute la troupe appuie sur la gâchette, n'importe quel type peut faire ça. Les bombes, les canons, les mitrailleuses, la mort à l'aveuglette, n'importe qui peut. Nous, on y allait au couteau, on y voyait le blanc de l'œil, au frère, et on le crevait, et on se l'ai tapée, à tes trois mille types. Et c'est nous qui te l'avons gagnée, cette putain de guerre, nous, les trois mille.

L'armée française, avec l'aide de ses alliés, a consommé la défaite de l'ennemi.

Commandant Bouvier – En attendant, nous sommes dans un pays ami, allié, alors pas de provocation, pas de rixe, pas de beuverie et pas de pillage.

Capitaine Conan – Mais enfin, si ça les gratte tellement qu'on touche à leur moukères fallait pas nous appeler au secours! Maintenant, je suis là, elles sont là, je me sers.

Norbert – Et si elle est morte ? L'artilleur flanchera, il les dénoncera, j'aurai des preuves.

Capitaine Conan – Mes gars, je leur ai appris à pas se faire tuer, à pas se faire baiser par le premier couillon venu dans ton genre.

Norbert – Ils ont déconné, tu le sais, ils doivent payer.

Capitaine Conan – Et mes gars, que j'ai pour la plupart choisi en tôle, ou chez les préventionnés, ce qu'ils ont fait, et les endroits où ils sont allés le faire, j'en connais pas beaucoup qui les auraient suivis, pas beaucoup.

Norbert – Tu préfères tes voyous, hein. Ce qui est à toi est à moi, hein. Plus de loi, plus de morale.

Capitaine Conan – Mes gars, c'est pas des soldats, c'est des guerriers. Tu leur a crié depuis 14 « bien tuer, bien zigouiller, continue, tu m'intéresses. » Maintenant que t'en as plus besoin pour te planquer derrière, t'as toute une ménagerie de pantin qui se donne des droits. Deviens pas flic, Norbert, deviens pas flic.

On reconnaîtra dans la bande-annonce :

  • Philippe Torreton
  • Samuel Le Bihan
  • François Berléand
  • Bernard Le Coq

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Roger Vercel (1894-1957), né au Mans (72) s'est établi à Dinan (22), en Bretagne, une région qui lui a inspiré beaucoup de roman dont de nombreux maritimes.

 

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Cette photo de Roger Vercel datant de 1914 vient du site du Lectorat de Français de l'Université de Bucarest.

 

Capitaine Conan met en scène un personnage breton. Son nom, assez répandu dans la région, fut porté par un roi légendaire et plusieurs ducs de Bretagne.

Le destin éditorial de ce roman (entre gloire et oubli) permet peut-être de rappeler que le monde de l'édition peut osciller entre passion et opportunisme.

 

 

Ce cinquième roman de Roger Vercel, publié chez Albin Michel, il obtient le prix Goncourt en 1934.

 

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Le roman a immédiatement été traduit en 1935 en anglais (l'illustration est celle d'une édition plus récente).

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Il est l'un des premiers romans (le 9ème) à entrer dans la collection du livre de poche créée en 1953.

 

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Le lancement de cette collection, la première à mettre à la disposition du grand public une littérature à un prix modique, est un événement.

 

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Bien que Capitaine Conan ait toujours figuré au catalogue du Livre de Poche, à l'instar de ceux de Pierre Benoît ou A.J. Cronin, les livres de cet auteur sont peu à peu tombés en désuétude jusqu'au moment de l'adaptation de ce film par Bertrand Tavernier.

 

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Il fait aujourd'hui partie de la bibliographie de base des romans sur la grande guerre ainsi que l'atteste ce site mis en place pour le « centenaire » ; http://centenaire.org/fr/romans (On trouvera sur ce même site une conversation intéressante avec Bertrand Tavernier.)

 

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Enfin, il figure également dans une anthologie de textes (« romans, nouvelles, reportages ») traitant des guerres dans les Balkans « à l'aube du XXe siècle ». Cette anthologie publiée par Omnibus a paru en 2004.

 

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Aujourd'hui, en cette longue période de commémoration, le roman poursuit sa carrière au livre de poche.

 

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Concluons en mentionnant quelques sites :

  • Le site Mission Centenaire 14-18, qui centralise beaucoup de documentations et de parcours pédagogiques.
    Ce lien renvoie aux résultats d'une recherche ayant pour mot clé "Conan".
  • Le site du Lectorat de Français de l'Université de Bucarest qui rend compte d'une exposition montée en 2014 dont le but a été d'éclairer ce roman.
  • Un article en anglais de John Cerullo sur le roman de Roger Vercel et sur le film de Bertrand Tavernier.
  • La programmation du cycle intitulé "Le Cinéma et La Grande Guerre" organisée par la Cinémathèque française et ayant eu lieu du 26 mars au 1er décembre 2014.
    Elle constitue une source importante de pistes à explorer. On lira avec intérêt la présentation de Laurent Véray, chercheur universitaire à l'université de Paris III.


dimanche 30 octobre 2016

Les Lapins - Stereo Total (2005), Rendez-vous sous la pluie - Jean Sablon & Django Reinhardt (1934)

Stereo Total, groupe électro-pop franco allemand peut-être plus populaire en Allemagne qu'en France, a été fondé en 1993 à Berlin par Françoise Cactus et Brezel Göring.

Do the Bambi, sorti en 2005, est leur 6ème album.

 

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Elle contient une chanson sans doute mineure mais utile en FLE étant donné le jeu des expressions qui peuvent la rendre hermétique.

 


Mise en ligne le 25 août 2007 par HOJASECAfilms

 

On l'écoute en en lisant le texte, dans lequel chaque expression est dotée d'un lien vers une explication.
(Attention ! l'explication du mot "civet" peut choquer).


(Françoise Cactus - Friedrich von Finsterwalde)

J'aime les lapins en peluche
J'aime les lapins en civet
Mais je n'aime pas qu'on m'en pose
Si jamais tu récidivais
Je t'enverrais sur les roses...

Mon lapin la moutarde
Me monte au nez

Mon lapin il me tarde
De me réconcilier

J'ai attendu comme un poireau
Pendant des heures dans le jardin
Public et il a plu
Ça ne m'a pas plu
Tu m'avais promis de venir à temps
Mais c'était du vent

J'aime les lapins en peluche
J'aime les lapins en civet
Mais je n'aime pas qu'on m'en pose
Et si tu oses récidiver
Je t'enverrai sur les roses...

Mon lapin la moutarde
Me monte au nez
Mon lapin il me tarde
De me réconcilier


Mon lapin je suis à bout
De poireauter à l'infini
Pendant ce temps-là ma vie passe
Sans qu'il ne se passe rien
Mon lapin, je suis à bout de nerfs
J'ai d'autres chats à fouetter
Que de lanterner au coin des rues
Viendra-t-il ? Ah non il ne viendra plus

J'aime les lapins en peluche
J'aime les lapins en civet
Mais je n'aime pas qu'on m'en pose
Si jamais tu récidivais
Je t'enverrais sur les roses...


********

 

Ne résistons pas à l'associer à une autre chanson du même genre antérieure de 70 ans.

 

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Image et paroles trouvées ici.

 

Rendez-vous sous la pluie a été écrite par Charles Trénet (1913-2001, dont Stereo Total a d'ailleurs repris Nationale 7) et Johnny Hess (1915-1983). Mais la version la plus sympathique est sans doute celle de Jean Sablon (1906-1994) accompagné par Django Reinhardt (1910-1953) à la guitare.

 

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Ces deux chansons ont en commun un argument similaire (quelqu'un qui attend sous la pluie) et une certaine légèreté contemporaine (jazz ici, électro là).

 


Ajoutée le 13 avril 2012 par Bencoverhate

Elle ne nécessite quasiment aucune explication.

(Charles Trénet – Johnny Hess)

Pourquoi m'avoir donné rendez-vous sous la pluie ?
Petite aux yeux si doux, trésor que j'aime
Tout seul comme un idiot, j'attends et je m'ennuie
Et je me pose aussi quelques problèmes
Pourtant on s'est connu par une claire nuit
Le ciel était si doux, la mer si belle
Oui, mais voilà ce soir, j'ai froid et je m'ennuie
Pourquoi m'avoir donné rendez-vous sous la pluie ?

J'ai mes chaussettes
Qui font trempette
J'ai des frissons
De la tête aux talons
Et dans la brume
J'attrape un rhume
Combien d 'garçons
Sont-ils morts
De cette façon ?
Mais pourquoi ?
Mais pourquoi ?

Ninon...

Pourquoi m'avoir donné rendez-vous sous la pluie ?
Petite aux yeux si doux, trésor que j'aime
Tout seul comme un idiot, j'attends là et je m'ennuie
Et je me pose aussi quelques problèmes
Pourtant on s'est connu par une claire nuit
Dans tout le casino c'était la fête
Pourquoi m'avoir dit "Oui", tout en baissant la tête ?
Pourquoi m'avoir donné rendez-vous sous la pluie ?

 

jeudi 27 octobre 2016

Vincent n'a pas d'écailles - Thomas Salvador (2014)

Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador (né en 1973) nous donnera l'occasion de visiter les gorges du Verdon (04 et 83).

 

Au sommaire de cette note :

  • un synopsis et une bande-annonce (chassez le naturel...) ;
  • quelques “super-héros” français.

 

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L'affiche est de Sentenza.
Le dessin étant rarement utilisé dans l'affiche de cinéma aujourd'hui (et c'est bien dommage), celle-ci évoque celle réalisée par Tom de Pékin pour l'Inconnu du Lac.

 

Synopsis

Vincent a un pouvoir extraordinaire : sa force et ses réflexes décuplent au contact de l’eau. Pour vivre pleinement ce don, il s’installe dans une région riche en lacs et rivières et isolée. Lors d’une escapade aquatique, il est surpris par Lucie dont il tombe amoureux.

 


Ajoutée le 18 décembre 2014 par Le Pacte

Transcription

Vincent - Tu diras rien, hein ? Faudra rien dire, à personne.
Lucie - Ok

Lucie - Et tu peux le refaire ?
Vincent - Oui.

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Bien que doté d'un super-pouvoir, le héros de ce film s'apparente plus à l'univers du burlesque. Les acteurs principaux (Thomas Salvador et Vimala Pons) sont par ailleurs rompu à l'exercice physique et l'expression corporelle (le premier danseur et alpiniste, la deuxième, trapéziste). Diffusés dans de nombreux festival, les courts-métrages de ce réalisateur ont d'ailleurs été diffusés dans le cadre d'une rétrospective autour de Jacques Tati à la cinémathèque française.

Le burlesque et les histoires de super héros ont ceci de commun d'avoir des racines particulièrement états-uniennes et françaises.

Si, dans le cas du burlesque, cela semble entendu (Charles Chaplin a revendiqué l'influence de Max Linder et Pierre Étaix celle de Buster Keaton et Laurel & Hardy) le cas des super-héros est moins connu. On peut d'abord penser à des tentatives parodiques (en bande-dessinée avec Super Dupont de Lob et Gotlib), mais de nombreux exemples figuraient déjà dans la littérature populaire.

Le simple fait de se poser la question nous a permis de découvrir un ouvrage intitulé Super-héros, une histoire française grâce à un entretien avec Xavier Fournier, son auteur, paru sur le site d'Allô Ciné.

super héros une histoire française d

L'image vient de ce site qui en profite pour présenter quelques fameux super héros hexagonaux.

 

Belphégor logo

 

La critique parue sur Belphégor, site consacré aux littératures populaires et aux littératures médiatiques, nous donne envie de le lire.

 

 

dimanche 23 octobre 2016

Tant qu'on a la santé - Pierre Étaix (1966), Rupture (1961)

Tant qu'on a la santé de Pierre Étaix (1928-2016) nous donnera l'occasion de découvrir un pan de l'univers de cet artiste auquel nous avons décidé de rendre hommage et de rire un peu.

Au sommaire de cette note :

  • un synopsis du film et une bande-annonce du coffret intégral ;
  • une présentation de Rupture, son premier court-métrage.

 

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Synopsis

Pierre est un jeune homme sérieux et posé. Mais il se sent peu à l'aise dans son siècle et toutes sortes de mésaventures l'attendent.

Qu’est-ce que  le bonheur ? Lire un bon livre dans l’intimité d’une chambre ? Une séance dans une salle de cinéma ?Une plongée dans la vie citadine ? Le repos à la campagne ? Etaix nous répond en 4 sketches. [source]

 

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Après avoir disparu de la circulation pendant plusieurs années pour des raisons juridiques, les films de Pierre Étaix ont fait l'objet d'une restauration et d'une sortie en coffret intégral sortie en 2010. Une bande-annonce globale l'accompagne.

 

 

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Les parties documentaires sont tirées de Pays de Cocagne (1971), un film très différent des autres films de Pierre Étaix.

 


Mise en ligne le 28 octobre 2010 par
Fondation Gan pour le Cinéma

 

Transcription

- Bonjour mademoiselle.
- Bonjour monsieur.

C'est toi que j'attendais
Comme on attend l'aurore
D'où viens-tu ? Je l'ignore
Où vas-tu ? Je ne sais

J'avais peur, j'avais froid,
Je n'étais que souffrance

Seule dans le silence,
Mon rêve c'était toi

- Mais vous, l'érotisme, vous êtes pour ou contre ?
- L'érotisme, mais... enfin, moi je n'ai pas le certificat d'étude, mais je vois pas ce que c'est, le mot érotisme.

- Il faut que tu te maries.

- Tu aimes une autre femme ?
- Oui !

- Et maintenant, je vais avoir le plaisir de faire ma vaisselle.
- Écoutez madame.
- Voilà !

- Ah ! Et c'est pas tout ! Vous allez voir !

- Mais qu'est-ce que c'est que ce Pierre Étaix ?
- Mais Pierre Étaix, c'est une façon, pour Pierre Étaix, de s'exprimer.

- Ah.

- Oh, dites-moi, comment avez-vous inventé votre personnage ?

- Oh.

- Pierre Étaix, ça me dit quelque chose, bon sang. Ça me dit quelque chose, ça ne m'est pas inconnu. Pierre Étaix, ça ne m'est pas inconnu. C'est un metteur en scène, ça. Enfin, il est un petit peu d 'avant-garde, ce type-là, non ? Il fait des trucs, du funambule, tout ça, non, c'est pas lui qui a fait ça ?

- Non madame, non, je vous dis.

- Attendez, Pierre Étaix... Vous êtes sûr que c'est un metteur en scène ?

- Pierre Étaix, oui. Oui, je connais. Je trouve que c'est un peu gamin, mais enfin, c'est tout. Enfin je trouve qu'il est un peu gamin.

- Enfin, c'est un humour, évidemment, qui ne plaît pas à tout le monde. Non, mais ce qui fait, surtout, le charme de ses films c'est que c'est lui qui les interprète et il a exactement le physique du rôle qu'il veut donner à son personnage.

- Oui, il fait un cinéma qui est très... très... très humain, qui fait naître... toujours des sujets qui sont très... très légers, qui sont traités en toute sensibilité, en toute tendresse.

- Oui parce qu'il est finalement assez fin, il n'appuie pas trop si vous voulez, c'est quand même assez léger, hein, c'est assez spirituel.
- Répétez-moi ça.
- Oui parce qu'il est finalement assez fin, il n'appuie pas trop si vous voulez, c'est quand même assez léger, hein, c'est assez spirituel. Il me semble. Enfin, c'est mon opinion.
- Répétez-moi ça.
- Ah, non.

- Ben voilà, c'est... c'est ça, Pierre Étaix, quoi, c'est... c'est ça.

 

***********

 

Nous avions vu en cours avec certains d'entre vous Rupture (1961), le premier film de Pierre Étaix, co-écrit comme presque toujours avec Jean-Claude Carrière (né en 1931).

 

Pierre Étaix & Jean-Claude Carrière - tiré de la Grosse Tête

 

 

 Ce film de dix minutes révèle déjà un ton et une minutie que l'on retrouvera dans tous leurs films. On reconnaît aussi une tradition burlesque qu'ils revendiquent à qui veut l'entendre, déplorant souvent le fait que très peu de cinéastes cultivent ce genre spécifiquement français et américain, comme ils le disent dans cette rencontre qui a eu lieu à la cinémathèque française, par exemple..

 

On mentionnera Albert Dupontel, Dominique Abel & Fiona Gordon, Emmanuel Mouret même si leurs films ne relèvent pas exclusivement de ce genre.

 

Rupture 1961 - Pierre Étaix / Jean-Claude Carrière from Told by Design on Vimeo.

Pierre Étaix / Jean-Claude Carrière - "Rupture". --- © C.A.P.A.C. 1961 -- This clip was uploaded for research purposes only, considering a fair use of the media. The result of this research can be seen in toldbydesign.com ---

 

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Ajoutons à ce film un autre document qui figure dans la Grosse Tête.

 

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Ce magnifique petit livre qui reprend beaucoup de dessins du réalisateur fait partie du coffret intégral.

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Image trouvée dans un commentaire à cette autre image.

Le 14 octobre .

 

Mon cher amour

Mon amour

Ma chère Antoinette

Antoinette,

 

JeTuNous n’avons

Il m’est très douloureux de

Mon devoir est de te di

Il faut que tu saches que   Je dois te d

 

Depuis quelques tem

 

Adieu,

 

 

P.S. (Si to)

 

 

vendredi 7 octobre 2016

Adieu Gary Cooper - Romain Gary (1965), Stanko Zavitch, le séisme de Skopje

Adieu Gary Cooper a paru d'abord en 1965 en anglais (américain) sous le titre Ski Bum, puis en 1969, chez Gallimard. Il raconte l'histoire de Lenny, réfugié états-unien en Suisse (Genève).

 

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On le doit à Romain Gary (1914-1980) écrivain alors en disponibilité de la diplomatie française. Cette expérience nourrit ce roman.

 

PHO90672858-d603-11e3-ad9b-f986fb0418d4-805x453Photo trouvée sur ce site.

 

Le livre est disponible à l'Institut Français de Belgrade (avec en couverture un dessin de Moebius).

 

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 L'extrait choisi se situe au tout début du livre. Il s'agit d'un seul paragraphe que nous avons divisé en trois partie afin d'en isoler la partie qui concerne un certain Stanko Zavitch (Stanko Zavić), un Yougoslave ayant quitté son pays. S'agit-il d'une pure invention ou peut-on y voir une clé ? Quelle actrice pouvait-elle être considérée comme la plus belle fille du pays ?

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Le roman se situe en Suisse, à Genève. Mais de nombreuses autres localités sont mentionnées.

Elles peuvent être suisses comme la Jungfrau, une montagne située dans les cantons de Berne et du Valais (cantons germanophones et francophones), ou Dorf, une commune située dans le canton de Zurich (germanophone).

 

Suisse Dorf Jungfrau

 

Elles sont également internationales. Dans le roman (comme l'annonce ce paragraphe) il sera beaucoup question du Vietnam, des Etats-Unis et de Madagascar. Par contre il n'y aura pas d'autre mention de la Yougoslavie.

 

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 Les liens disséminés dans ce paragraphe conduisent vers des explications d'expressions idiomatiques. Quand on n'a pas trouvé d'explication, on a simplement mis les expressions en italiques.

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Il y avait encore des traces de neige, autour du chalet, et il n'y avait qu'à lever les yeux pour voir le vrai truc, les neiges éternelles, comme on dit. À trois heures de l'après-midi, tout le cirque de la Jungfrau devenait violet d'un seul coup, avec des coulées de vert et de rose, et le froid devenait tellement pur que c'était soudain comme si on était enfin arrivé. Il n'y avait plus de saleté nulle part. La nuit tombait alors très vite, mais seulement au milieu, parce que la neige tout autour se foutait de la nuit comme de sa première chaussette. Elle continuait à étinceler, et pour peu que la lune et les étoiles se mettent de la partie, vous êtes vraiment servi. C'est bien simple : il n'y a plus aucune trace de psychologie nulle part. Il ne faut pas être trop couvert, mais laisser le froid venir bien près, il faut même commencer à geler un peu, pour sentir que vous êtes vraiment à deux doigts de la propreté, même si vous avez déjà vingt longues années de vie derrière vous. Évidemment, il faut mesurer les risques, ne pas se laisser aller à geler tout à fait. Il faut savoir s'arrêter à temps, même dans les meilleures choses. Mint Lefkovitz, de San Francisco, s'était laissé aller et avait pris une dose trop forte, et cinq semaines après on l'avait trouvé gelé dans un coin perdu, un sourire con aux lèvres, et Bug Moran avait fait une empreinte du sourire et il le gardait sur sa cheminée et on l'avait continuellement sous les yeux, pour rappeler que cela existe, qu'il suffit de le chercher, on est sûr de le trouver. On avait longuement discuté dans le chalet pour savoir s'il fallait envoyer le sourire con de Mint Lefkovitz à sa famille, qui bombardait Bug de câbles pour savoir “comment c'était arrivé”, mais finalement Bug écrivit une lettre conformiste où il expliquait au père Lefkovitz que son fils s'était immolé par le froid pour protester contre la guerre au Vietnam. Ça ne coûtait rien et cela allait faire plaisir à la famille de savoir qu'ils avaient un fils qui était un héros de la guerre du Vietnam. Vous pensez bien si Mint, et nous autres, la guerre au Vietnam, on s'en foutait. Comment peut-on s'intéresser à un truc qui est tellement dégueulasse qu'il en devient tout à fait normal ? C'est des histoires biologiques, les chromosomes, ils appellent ça, il n'y avait pas une cloche dans le chalet qui trouvait que la guerre au Vietnam le concernait, sauf lorsqu'il s'agissait de ne pas y aller.

Stanko Zavitch avait drôlement raison lorsqu'il disait que la seule chose qui comptait, c'était de ne pas participer à la démographie universelle, laquelle était comme la monnaie : plus il y en avait en circulation, et moins elle avait de valeur. Un gars de vingt ans, aujourd'hui, c'est complètement dévalorisé, il y en a trop dans le monde, c'est l'inflation, c'est pas la peine de discuter avec la démographie, c'est bête, c'est aveugle, ça déferle, ça vous écrase. Lenny n'avait pas du tout envie d'être quelqu'un, mais il avait encore moins envie d'être quelque chose. Stanko Zavitch était un type bien. Il avait quitté la Yougoslavie dans des circonstances obscures qui n'avaient rien à voir avec la politique, on disait que c'était une histoire d'amour extraordinaire, une vedette de cinéma, la plus belle fille de son pays, un vrai tremblement de terre, une liaison tellement romantique qu'il avait fini par foutre le camp, c'était si beau qu'il ne pouvait plus continuer. Il écrivait de longues lettres passionnées à la fille, parce qu'il avait du style, et par correspondance, c'était plus facile, on pouvait vraiment faire de la poésie. La fille répondait, sur le même ton, des lettres mouillées de larmes. Ils essayaient vraiment de bâtir quelque chose ensemble, ces deux-là. La fille baisait à droite et à gauche et Stanko aussi, mais ils avaient vraiment réussi à sauver leur amour, à le mettre en lieu sûr, dans un sanctuaire. Même ce vieux cynique de Bug était soufflé, il reconnaissait que c'était quelque chose de très beau, et on dit que le grand amour ça n'existe pas, et Bug expliquait à voix basse en regardant Stanko jouer aux échecs contre le fils de l'aubergiste de Dorf qui avait huit ans et que ce salaud de Stanko laissait toujours gagner pour lui donner le goût des abstractions, Bug expliquait que des hommes comme Stanko allaient un jour bâtir un monde nouveau, tout à fait ailleurs, quelque part, dans une autre dimension, un monde vraiment socialiste, complètement à l'abri de la réalité, et quand on saura qu'une telle beauté existe quelque part, on comprendra toute la grandeur de Lénine.

Bug Moran parlait toujours de Lénine, lorsqu'il était « aux anges ». L.S.D., un sale truc, Lenny s'était embarqué là-dedans une fois, mais tout ce qu'il avait vu, c'était la même chose, seulement en technicolor, et le seul moment différent fut lorsque sa verge s'était détachée de lui, avait mis son anorak et pris ses skis, et il s'était mis à hurler et à courir pour les rattraper, il tenait ses skis comme à la prunelle de ses yeux. Se faire voler comme ça par un des siens... On ne peut vraiment plus compter sur personne. Le L.S.D., le haschisch, tout ça, c'est du yoga. C'est bon pour les paumés. Lenny, lui, n'était pas un paumé. Il avait les pieds solidement plantés sur les skis, quant à la terre dessous, il s'en foutait, c'était tout juste quelque chose qui soutenait la neige. Malheureusement, l'été était là, et la terre se rappelait à votre bon souvenir, salut les copains, on en avait plein les yeux, de la croûte terrestre, dès qu'on mettait le nez dehors. Lenny ne quittait plus le chalet. Bug, qui était très instruit, lui avait fait son horoscope, tout ce qu'il y a de plus scientifique, et il lui avait dit qu'il y avait du vilain, il devait se méfier des scorpions et des vierges, ce que Lenny savait déjà, mais que, par contre, il allait avoir de la chance, à condition d'être extrêmement prudent et, surtout, de ne pas aller à Madagascar. Madagascar, c'était un truc à éviter à tout prix. Bug était incapable de dire quel était le piège qui attendait Lenny là-bas, mais il était sûr que c'était quelque chose de tout à fait dégueulasse. C'était bon à savoir, parce que quand vous avez vingt ans et que vous êtes américain, vous essayez de foutre le camp aussi loin que vous pouvez, et on peut très bien se trouver à Madagascar, il était reconnaissant à Bug de l'avoir prévenu.

 

 ******

 

On trouve une autre mention de la Yougoslavie dans un court monologue de Chuck, un personnage d'étudiant noir américain inscrit au programme de licence de lettre. Ce passage figure dans le troisième chapitre du roman. Il parle des rassemblement internationaux, incluant les kibboutz en Israël, le festival de la Paix à Moscou et les Brigades de la Jeunesse en Yougoslavie.

 

4Mladinski_rabotni_brigadi,_SkopjePhoto trouvée sur ce site.

 

Dans ce dernier cas, il s'agit sans doute d'une référence au tremblement de terre de Skopje qui eut lieu le 26 juillet 1963 et suscita une solidarité internationale et la participation de nombreuses personnalités.

 

« Je crois que je vais laisser tomber mes études, dit Chuck. J'ai l'impression de blanchir. Au fond, ici, c'est la grande fuite, tout le monde cherche à s'évader. Comme nos amis qui parlent d'aller travailler dans un kibboutz en Israël. C'est la chose chic à faire en ce moment. Ça se porte beaucoup cet été, le kibboutz. L'année dernière, c'était le festival de la Paix à Moscou. Il y a deux ans, c'étaient les Brigades de la jeunesse, en Yougoslavie, après un petit tour en Angleterre, avec les marcheurs pour le Désarmement nucléaire. Le guide bleu de l'Europe du parfait jeune idéaliste. Je te parie que l'année prochaine, ce sera le petit livre rouge de Mao, après un week-end chez Che Guevara, à Cuba. Le nouveau jet-set. La croisade de l'air pur. Quinze jours à la mer. J'ai envie de rentrer à Birmingham pour me replonger dans la merde. J'ai besoin de recharger mes batteries. »

 

lundi 22 août 2016

Francophone poésie sur scène (ex-)yougoslave – Récapitulation par auteur

Au bout de trente notes et plus de chanson encore, il est utile de faire une petite récapitulation en deux temps.

 

 

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Les poètes cités sont :

 François Villon - Jean de La Fontaine - Lautréamont - Arthur Rimbaud - Victor Hugo - Charles Baudelaire - Maurice Maeterlinck - Paul Éluard – Louis Aragon - Max Jacob - Henri Michaux - Philippe Soupault - Louise de Vilmorin - Jacques Prévert

 

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Cette série fut un prétexte pour nous sensibiliser à la collection Poètes d'aujourd'hui éditée par le poète Pierre Seghers (1906-1987).

 

 

Cette collection fondée en 1944 avec des poètes de la Résistance a longtemps été une référence populaire en la matière et a permis a beaucoup de s'initier à la poésie. On trouve souvent ces livres au format particulier dans les bouquineries.

 

164 Pierre Seghers

 

J'ignore pourquoi Jacques Prévert n'en a pas fait partie. On peut supposer qu'il fut si populaire qu'un ouvrage de ce genre n'a pas paru utile. Il suffit de voir les tirages de Paroles.

 

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La liste ci-dessous reprend les noms des 14 poètes cités dans ce cycle.

L'ordre choisi est celui de la parution du volume dans ces collections (Poètes d'aujourd'hui et Poètes d'hier et d'aujourd'hui). Chaque nom est précédé du numéro qui indique la position dans la collection.

On y a ajouté un lien vers les titres mentionnés lors de ce cycle.

Comme on le verra, ces deux notes sont surtout un prétexte à diffuser des images.

Aux couvertures concernant les 10 auteurs que nous avons rencontrés, nous avons ajouté d'autres couvertures.

 

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1. Paul Éluard

 

1 Eluard Parrot 1944

Monographie de Louis Parrot à qui l'on en doit
une sur Federica Garcia Lorca (7) et
une autre sur Blaise Cendrars (11).

7 Garcia Lorca Parrot 11 Cendrars Parrot

 

Capitale de la Douleur
qui nous a permis d'évoquer Jean-Luc Godard (par Jean Collet dans la collection Cinéma d'Aujourd'hui)

Godard Collet

 

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2. Louis Aragon

 

 

8905731633

 

Monographie de Claude Roy à qui l'on en doit
une sur Jules Supervielle (15).

15 Supervielle Roy

 

Les Rendez-vous
qui nous a permis d'évoquer Pablo Neruda (40, par Jean Marcenac)

Il n'y a pas d'amour heureux
qui nous a permis d'évoquer Georges Brassens (99, par Alphonse Bonnafé).

img10760_1  81QePPWG3CL

 

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3. Max Jacob

 

3 Jacob Billy

 

Monographie d'André Billy à qui l'on en doit
une sur Guillaume Apollinaire (9).

 

9 Apollinaire Billy

 

La Petite servante

 

 

 

5. Henri Michaux

 

 

5 Michaux Bertelé

 

Monographie de René Bertelé.

Épervier, de ta faiblesse domine.

 

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6. Le Comte de Lautréamont

 

6 Lautréamont Soupault

Monographie de Philippe Soupault (voir n°58).

Pas un texte en particulier - un hommage.

 

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12. Arthur Rimbaud

 

 

rimbaud-poetes-aujourdhui-seghers

 

Monographie de Claude-Edmonde Magny

Sensations

 

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27. Victor Hugo

 

 

865846942

 

Monographie de Louis Perche à qui l'on en doit
une sur Paul Claudel (16) et
une autre sur Anna de Noailles (116).

16 Claudel Perche  116 Anna de Noailles Perche

 

Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encore pleine.

 

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31. Charles Baudelaire

 

 

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Monographie de Luc Decaunes qui fera lui-même l'objet d'une monographie (188) par Jean-Marie Auzias.

188 Decaunes Auzias

 

Les Plaintes d'un Icare

La Musique

Parfum exotique

 

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58. Philippe Soupault

 

 

Philippe Soupault Seghers

 

Monographie de Henri-Jacques Dupuy.

Georgia

 

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87. Maurice Maeterlinck

 

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Monographie de Roger Bodart qui fera lui-même l'objet d'une monographie (188) par André Guimbretière.

157 Bodart Guimbretière

 

L'oiseau bleu

 

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91. Louise de Vilmorin

 

856315722

Monographie d'André de Vilmorin
Avant-propos de Jean Cocteau (4)

 

4 Cocteau Lannes

 

Reine des mouettes

 

 

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Collection Poètes d'hier et d'aujourd'hui

 

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2. François Villon

 

 

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Monographie de Jacques Charpier à qui l'on en doit une sur Paul Valéry (51)

51 Valéry Charpier

 

Le Jargon ou Jobelin de maistre François Villon – Ballade III

Ballade des langues ennuyeuses

Ballade des pendus (1)

Ballade des dames du temps jadis

Ballade des seigneurs du temps jadis

Épitaphe & Rondeau

Ballade des pendus (2)
qui nous a permis d'évoquer Léo Ferré (93, par Charles Estienne)

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Ballade de merci

 

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Jean de La Fontaine

 

 

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Monographie de Pierre Clarac.

 

La Cigale et la fourmi

 

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Les poèmes de
Jacques Prévert
se répartissent en deux recueils et une chanson

 

Paroles

 

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Barbara

Alicante

Pour toi mon amour

 

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Histoires

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Fiesta

Adrien

 

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Les Feuilles mortes

Comme il y en a beaucoup, on cliquera sur ce tag créé spécialement pour l'occasion.

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dimanche 21 août 2016

Francophone poésie sur scène (ex-)yougoslave – Récapitulation par album

N’hésitez pas à suggérer des titres. On les intègrera avec plaisir dans ce cycle.

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 Au bout de trente-et-une notes et plus de chanson encore, il est utile de faire une petite récapitulation en deux temps

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En cliquant sur chaque pochette, on arrive sur une présentation du titre concerné.

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On pourrait classer les albums par république, on se serait ainsi aperçu que seuls des artistes de Croatie, de Serbie et de Slovénie se sont approprié ce domaine. Mais ç'aurait été compliqué : très souvent, et surtout lorsqu'il s'agit de groupe, les membres viennent d'un peu partout (y-compris de Bosnie, de Macédoine et du Monténégro...)

On pourrait classer ces albums par genre : il y a du jazz, du classique, du « slam », de la chanson, du rock psychédlique, de la musique savante, du hard-rock et surtout beaucoup de schlager.

Le plus simple nous a paru de les présenter dans un ordre chronologique, en illustrant chaque titre par une pochette.

Cela permettra peut-être de révéler une trajectoire, de découvrir quelques type de design...

Ce fut un voyage dans le temps ni objectif car beaucoup de chose manqueraient pour donner une vision complète de cette scène, ni subjective, car le parti pris arbitraire et systématique ne reflète en rien nos goût.

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Ivo Robić, Uvelo Lišće, 1952
d'après Prévert & Kosma

R-3467224-1331506043

 

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Milan Stibilj, Épervier De Ta Faiblesse, Domine, 1964
d'après Henri Michaux

R-913637-1179147609

 

 

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Collectif, Cvrčak i mravi, 1970
d'après La Cigale et la Fourmi de Jean de La Fontaine

R-2806732-1301902725

 

 

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Rade Šerbedžija, Barbara, 1973
d'après Barbara de Fabrizio de André
et Barbara de Jacques Prévert

 

R-1413950-1217667568

 

R-1413950-1217667669

 

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Orkestar Žarka Petrović (avec Đuza Stoilijković), Barbara, 1974
d'après Barbara de Jacques Prévert

R-8124837-1455598603-6502

 

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Rale Damjanović, Barbara, 1975
d'après Barbara de Jacques Prévert

R-1091747-1191409520

 

******

 

Korni Grupa, Miris, 1975
d'après Parfums exotiques de Charles Baudelaire

 

FRONT

 

 

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Ibrica Jusić, Pošto sam, 1977
d'après "Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encore pleine..." de Victor Hugo

IBRICAJUSIC-EMINA19772b5dc

 

******

 

Zdenka Kovačiček, Muzika, 1978
d'après La Musique de Charles Baudelaire

R-8345754-1459794803-4758

 

******

 

Miša Blam, Uvelo Lišće, 1979
d'après Prévert & Kosma

R-2540619-1289537873

 

******

 

Arsen Dedić, Moljenje Oproštaja, 1980
d'après Ballade du Merci de François Villon

FRONT

 

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Milan Babić, Zagrli me na rastanak, 1980
d'après Jacques Prévert

29769698_800_800

 

 

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 Zdenka Žabčić et Stjepan Radić, 1980

  • La Petite Servante (Max Jacob et Francis Poulenc)
  • Reine des mouettes (Louise de Vilmorin et Francis Poulenc)

 

LSY66113CVR

 

 

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Zvonko Špišić, Pisme gosponu J. Prevertu v Pariz, 1981

R-4080819-1354587089-5659

 

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Duško Gojković, Autumn Leaves, 1983
d'après Prévert & Kosma

1985-Snapshot

 

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Stijene, Fiesta, 1984
d'après Fiesta de Jacques Prévert

R-1332870-1212048215

 

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Arsen Dedić, Mrtvo lišće, 1985
d'après Prévert & Kosma
Nema sretne ljubavi, 1985
d'après Il n'y a pas d'Amour heureux de Louis Aragon mis en musique par Georges Brassens

FRONT

 

******

 

Kerber, Šta ostaje, 1985
d'après Alicante de Jacques Prévert

FRONT

 

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Rade Šerbedžija, Barbara, 1986
d'après Barbara de Jacques Prévert

R-2352386-1278954988

 

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Arsen Dedic, Uvelo Lišće, 1987
d'après Prévert & Kosma

R-4237986-1359378448-3085

 

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 Duško Jakšić, Uvelo Lišće, 1987
d'après Prévert & Kosma

R-2154331-1266943987

 

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Rale Damijanović, Otišla si, 1988
d'après "Tu m'as quitté..." de Louis Aragon

RALED-prednja

 

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Bjesovi, Džordžija, 1991
d'après Georgia de Philippe Soupault

R-1747074-1323282995

 

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Sanja Ilić & Irfan Mensur, Plava Ptica, 1992
d'après L'Oiseau Bleu de Maurice Maeterlinck

R-3094586-1315469420

 

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Laibach, le privilège des morts, 1992
d'après plusieurs poèmes de Paul Eluard

Laibach-Kapital-560x560

 

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Ljubiša 'Buca' Stošić, Autumn Leaves, 1992
d'après Prévert & Kosma

R-1952130-1254648438

 

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Razni izvođaci, Plava Ptica, 1993
d'après L'Oiseau bleu de Maurice Maeterlinck

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Sedmina, Balada o obešencih, 1993
d'après Ballade des pendus de François Villon

R-1185881-1199233116

 

 

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Jovan Maljoković Balkan Salsa Band, Autumn Leaves, 1994
d'après Prévert & Kosma

 

R-4707057-1372883563-7633

 

 

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Milan Šević, Za tebe ljubavi moja & Barbara, 1996
d'après Pour toi mon amour et Barbara de Jacques Prévert

R-2032033-1259692424

 

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Sedmina, 1999

Balada o gospeh minulih dni
Ballade des seigneurs du temps jadis
Epitaf in rondo
d'après François Villon

Ikarova Tožba
d'après La Plainte d'Icare de Charles Baudelaire

R-4013399-1352322586-6302

 

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Strip, Đuka, 2004
d'après Adrien de Jacques Prévert

R-1854858-1249772859

 

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Jovan Maljoković Balkan Salsa Band i Ana Sofrenović, Autumn Leaves, 2006
d'après Prévert & Kosma

R-3037090-1312795072

 

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Šinobusi, Predosećaj, 2007
d'après Sensation d'Arthur Rimbaud

Šinobusi-U-Pravcu-Jablanova

 

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Niet, 2012

Balada o obešencih
Bratje svinjsko trdih rok
Naj crkne rokovnjač
d'après François Villon

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113017_Niet_A_b

 

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Katabazia, Maldorovo pevanje, 2013
d'après Le Comte de Lautréamont

R-5761040-1401911203-8706

 

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 (à suivre / nastaviće se)

samedi 20 août 2016

(31) 'Les Feuilles mortes' de Prévert & Kosma, par Ivo Robić (1952)

Avec cette série de poèmes français interprétés par des artistes de l’espace (ex-)yougoslave, nous souhaitons à la fois évoquer des poètes et explorer une scène relativement inconnue de nous. Nous avons relevé près de trente adaptations ou évocations dont certaines sont des bijoux.

N’hésitez pas à suggérer des titres. On les intègrera avec plaisir dans ce cycle.

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À moins que quelque chose nous ait échappé (ce qui est fort possible) et d'ici que de nouvelles adaptations voient le jour (ce qui serait chouette), notre cycle s'achève avec une adaptation des Feuilles Mortes de Jacques Prévert (1900-1977) et Jospeh Kosma (1905-1969).

 

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En 1952, l'industrie du disque balbutie encore, et, à 29 ans, Ivo Robić (1923 à Garešnica – 2000 à Rijeka) semble déjà en être l'une des figures les plus importantes. Actif pendant la guerre, il sort ses premiers disques en 1949. S'ensuit une carrière yougoslave et internationale (notamment en Allemagne et Autriche).

 

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Comme cet aspect nous occupe sur ce blog, précisons que son énorme répertoire compte quelques succès français dont :

J'ignore si ces titres ont fonctionné à l'époque.

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Assez au fait des succès de l'époque, il semblait naturel qu'il reprenne si tôt ce standard.

 

R-3467224-1331506043

 

Notons un paradoxe. Kosma est un nom qui s'écrit comme il se prononce, et pourtant, quelqu'un a préféré l'écrire avec un C. Il est vrai que la firme Jugoton se trouve à Zagreb et non en Serbie.

 A priori, personne dans la région ne l'enregistrera avant Miša Blam en 1979.

 


Mise en ligne le 2 décembre 2010 par
MrSuanPan

(Jacques Prévert - traducteur ? - Joseph Kosma)

 

 

Nekad smo mi presretni bili
Nekad za nas cvao je maj
S rukom u ruci šeta smo sretni
Samotnom stazom kroz majski raj


Ali ljubavni nesta plamen
Našoj sreći
[tad] dođe kraj
Tada svaku stazu krije mrtvo lišće
Što s grana je palo na tle

Ali ljubavni nesta plamen
Našoj sreći
[tad] dođe kraj
Tada svaku stazu krije mrtvo lišće
Što s grana je palo na tle

...

 

vendredi 19 août 2016

(30) 'Épervier De ta faiblesse, domine' d'Henri Michaux, par Milan Stibilj & Les Percussions de Strasbourg (1969)

Avec cette série de poèmes français interprétés par des artistes de l’espace (ex-)yougoslave, nous souhaitons à la fois évoquer des poètes et explorer une scène relativement inconnue de nous. Nous avons relevé près de trente adaptations ou évocations dont certaines sont des bijoux.

N’hésitez pas à suggérer des titres. On les intègrera avec plaisir dans ce cycle.

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Henri Michaux (1899-1984) est le dernier « nouveau » poète de ce cycle qui s'achèvera bientôt. Belge, il est, avec Maeterlinck, le seul francophone d'une autre nationalité que française que nous ayons rencontré, quoiqu'il ai pris la nationalité française en 1955.

 

5 Michaux Bertelé

 

Le poème du jour a paru dans un recueil intitulé Épreuves, Exorcismes en 1946.

 

-preuves,-exorcismes,-1940-1944-528801-250-400  9782070325054-fr-300

 

Les poèmes qui le composent datent des années 1940/1944.

Reprenons-en la préface (disponible sur la toile) :

   II serait bien extraordinaire que des milliers d'événements qui surviennent chaque année résultât une harmonie parfaite. Il y en a toujours qui ne passent pas, et qu'on garde en soi, blessants.

   Une des choses à faire : l'exorcisme.

   Toute situation est dépendance et centaines de dépendances. Il serait inouï qu'il en résultât une satisfaction sans ombre ou qu'un homme pût, si actif fût-il, les combattre toutes efficacement, dans la réalité.

   Une des choses à faire : l'exorcisme.

   L'exorcisme, réaction en force, en attaque de bélier, est le véritable poème du prisonnier. Dans le lieu même de la souffrance et de l'idée fixe, on introduit une exaltation telle, une si magnifique violence, unies au martèlement des mots, que le mal progressivement dissous est remplacé par une boule aérienne et démoniaque – état merveilleux !

   Nombre de poèmes contemporains, poèmes de délivrance, ont aussi un effet de l'exorcisme, mais d'un exorcisme par ruse. Par ruse de la nature subconsciente qui se défend au moyen d'une élaboration imaginative appropriée : les rêves. Par ruse concertée ou tâtonnante, cherchant son point d'application optimus : les rêves éveillés.

   Pas seulement les rêves mais une infinité de pensées sont « pour en sortir», et même des systèmes de philosophie furent surtout exorcisants qui se croyaient tout autre chose.

   Effet libérateur pareil, mais nature parfaitement différente.

   Rien là de cet élan en flèche, fougueux et comme supra-humain de l'exorcisme. Rien de cette sorte de tourelle de bombardement qui se forme à ces moments où l'objet à refouler, rendu comme électriquement présent, est magiquement combattu.

   Cette montée verticale et explosive est un des grands moments de l'existence. On ne saurait assez en conseiller l'exercice à ceux qui vivent malgré eux en dépendance malheureuse. Mais la mise en marche du moteur est difficile, le presque-désespoir seul y arrive.

   Pour qui l'a compris, les poèmes du début de ce livre ne sont point précisément faits en haine de ceci, ou de cela, mais pour se délivrer d'emprises.

   La plupart des textes qui suivent sont en quelque sorte des exorcismes par ruse. Leur raison d'être : tenir en échec les puissances environnantes du monde hostile.

 

Voici le texte du poème du jour tel que nous l'avons trouvé sur la toile :

 

L'être qui inspire m'a dit :

Je suis celui qui tremble.

Je suis celui qui rompt,

Qui glisse, qui rampe.

Je suis celui qui rend.

L'être qui transporte m'a dit :

Je suis celui qui cesse,

Celui qui ôte, celui qui lâche.

Eh bien ! et toi ?

Et toi pareil, pourquoi te méconnais-tu ?

Je m'assieds en juge,
Je m'accroupis en vache,
Je pénètre en père,
J'enfante en mère.
Et toi, qu'attends-tu ?

Ton égout traverse la
Royale
Demeure.
Six mille lames de mots tu as en ta bouche.
Faible, dis-tu.
Qui est faible, traversant les quatre mondes ?



Je suis l'oiseau.
Tu es l'oiseau.

Je suis la flèche empennée des plumes de

l'oiseau.
Je vole.
Tu voles.
Je vogue.
Tu vogues.
Nous voguons entre les mâchoires du ciel et

de la
Terre.
Je romps
Je plie
Je coule

Je m'appuie sur les coups que l'on me porte
Je gratte
J'obstrue
J'obnubile

Je fais rétrograder la marche des vivants
Et toi, qui en misère as abondance
Et toi,

Par ta soif, du moins, tu es soleil, Épervier de ta faiblesse, domine !
Regarde :

Je fais tournoyer la femme

Je lynche le vieillard

J'enivre la racine

Je galope dans le troupeau de girafes

Je suis le guerrier parachuté

Je suis l'oreille quand il y a du bruit

Je trompe, je traverse

Je n'ai pas de nom

Mon nom est de gaspiller les noms

Je suis le vent dans le vent.



Je suis celui qui enfanta les dieux
Dans mon bassin ils ont été créés
De mon bassin ils ont été chassés.

******

 

D'habitude, nous mettons en avant l'interprète, mais c'est ici la première fois que nous avons affaire à un compositeur de musique savante.

Milan Stibilj (1929, Ljubljana - 2014) est un compositeur expérimental.

 

stud
Image trouvée ici.

 

N'étant spécialistes de rien, nous le sommes encore moins des musiques savantes et contemporaines. Tout au plus avons-nous lu quelque part ses rapport avec la musique concrète et le dodécaphonisme. Certains de ses travaux peuvent évoquer chez un néophyte ceux de Pierre Henry.

Ici, le rapport texte/musique n'est ni celui d'une chanson, ni celui d'une récitation avec accompagnement (comme ici, ou encore ) encore moins celui d'un conte (comme nous l'avions vu avec cette dramatisation d'une fable de La Fontaine)

 

******

 

Il a composé cette pièce à l'occasion de la biennale de musique contemporaine de Zagreb en 1964 pour les Percussions de Strasbourg (67), fameux ensemble de musique contemporaine fondé en 1962 et qui existe toujours. Deux disques sont disponibles à la  médiathèque de l'institut français de Belgrade, l'un est consacré à Xenakis et l'autre à plusieurs compositeurs (Yoshihisa Taira, Philippe Manoury, François-Bernard Mâche, Hugues Dufourt, Edgar Varèse, Maurice Ohana, Miloslav Kabelac, Iannis Xenakis).

.

Ci-dessous, diverses pochettes d'éditions contenant également une pièce de Peter Schat (1935-2003) et une de Makoto Shinihara (né en 1931).

 

R-913637-1179147609

 

R-772897-1187900934

 

R-8756376-1468088977-2404

 

Lors de cet enregistrement, les membres étaient Claude Ricou, Georges Van Gucht, Jean Batigne (1933-2015), Jean-Paul Finkbeiner (tout quatre membres fondateurs) et Detlev Henri Kieffer (né en 1944) et Gabriel Bouchet.

Quant à Claude Petitpierre, le récitant, nous n'avons pas trouvé d'informations le concernant.

 

******

 


Mise en ligne le 16 septembre 2011 par TheWelleszCompany

Le texte utilisé n'est pas la version complète. De plus, une partie a été déplacée.

 

(...)

Tu es l'oiseau.

Je suis la flèche empennée des plumes de

l'oiseau.
Je vole.
Tu voles.
Je vogue.
Tu vogues.
Nous voguons entre les mâchoires du ciel et

de la
Terre.
Je romps
Je plie
Je coule

Je m'appuie sur les coups que l'on me porte
Je gratte
J'obstrue
J'obnubile

Je fais rétrograder la marche des vivants
Et toi, qui en misère as abondance
Et toi,

Par ta soif, du moins, tu es soleil, Épervier de ta faiblesse, domine!

(...)

Ton égout traverse la
Royale
Demeure.
Six mille lames de mots tu as en ta bouche.
Faible, dis-tu.
Qui est faible, traversant les quatre mondes ?

(...)

Regarde :

Je fais tournoyer la femme

Je lynche le vieillard

J'enivre la racine

Je galope dans le troupeau de girafes

Je suis le guerrier parachuté

Je suis l'oreille quand il y a du bruit

Je trompe, je traverse

Je n'ai pas de nom

Mon nom est de gaspiller les noms

Je suis le vent dans le vent.



Je suis celui qui enfanta les dieux
Dans mon bassin ils ont été créés
De mon bassin ils ont été chassés.

jeudi 18 août 2016

(29) 'La Cigale et la Fourmi' de Jean de La Fontaine, par divers comédiens (1970)

Avec cette série de poèmes français interprétés par des artistes de l’espace (ex-)yougoslave, nous souhaitons à la fois évoquer des poètes et explorer une scène relativement inconnue de nous. Nous avons relevé près de trente adaptations ou évocations dont certaines sont des bijoux.

N’hésitez pas à suggérer des titres. On les intègrera avec plaisir dans ce cycle.

******

 

Jean de La Fontaine (1621-1695) nous permet d'aborder le domaine des disques jeunesse grâce à la Cigale et la Fourmi (1668, I, 1), inspiré d'une fable d'Ésope (en grec ancien Αἴσωπος / Aísôpos, VIIe – VIe siècle avant notre ère).

 

1889109802

 

Attendu que...

  • la version d'Ésope peut servir de synopsis à n'importe quelle version ultérieure,
  • elle contient déjà la fameuse réplique finale,
  • Ésope semble plus connu dans la région que La Fontaine,
  • l'apport de La Fontaine est particulièrement formel,

… on peut être étonné du choix d'attribuer la source de cette petite pièce à La Fontaine plutôt qu'à Ésope.

 

R-3233642-1321625167

 

D'autant que dans la même collection de disque, également dramatisée par Zlata Vidaček (pas d'information) il existe une version de Le Lion et le Rat, attribuée directement à Ésope. Peut-être s'agissait-il d'élargir les domaines de cette collection qui s'étend jusqu'au Japon.

 

R-2806732-1301902725

 

Les interprètes sont

  • Tatjana Lukjanova (1923 à Belgrade-2003) dans le rôle de la cigale,
  • Momčilo Životić (né en 1931 à Kula),
  • Ivan Jonaš (1922 à Stara Pazova-1998) et
  • Dragan Laković (1929 à Skopje-1990).

Notons que les noms "cigale" et "fourmi" sont au masculin en serbo-croate.

Les pochettes, trouvées sur discogs, sont d'Evgenija et Dragan Dimitrijević.

 


Ajoutée le 18 septembre 2015 par Heavy Art-illery

(Jean de La Fontaine - adaptation : Zlata Vidaček - Dušan Radić)

Cvrčak – Dobro jutro mrave! Kako je divan dan!

Mrav 1 – Jeste Crvčku. Mnogo poslova ćemo obaviti do noći.

Cvrčak – Zar sad da radite? Pa to je šteta. Dan je kao rođen za veselje.

Mrav 1 – Mi veselje ostavljamo za zimske dane.

Cvrčak – Zar toliko da čekate? Ja ću vas razveseliti pre zime, zasviraću nešto što najlepše umem.

 

Mrav 1 – Ti samo sviraš.

Cvrčak – Pa šta bih drugo radio.

Mrav 1 – Sagradi sebi kuću. Pogledaj kakva je naša. Prvo nađi neko lepo oboreno stablo da te štiti od kiše. Ispod njega iskopaj hodnike i glavne prostorije. Neka ti to bude ostava i soba za spavanje.

Cvrčak – I zar da se znojim?

Mrav 1 – Nemoj se šaliti nego izaberi skrovito mesto koje je blizu žitnog polja.

Cvrčak – Sunce sija ko tepsija. Ja ću da sviram.

 

Mrav 2 – Ako hoćeš da znaš, ti nam malo i smetaš. Stao si tu na put, skloni se.

Cvrčak – O! Vi samo vučete. Te pšenicu, te proso, šta ti ja još znam. Baš je to glupo. Ja volim da sviram.

Mrav 1 – Slušaj ti Crvčku, zaista si nepažljiv. Nama se spava. uti već jednom. Ceo dan si svirao. Sad bar prestani. Dosta.

Cvrčak – Zašto dosta? Tek na mesečni muzika prija. Ti i tvoj narod spavajte, a ja ću da vam sviram uspavanku.

 

Stari Mrav – Crvčku, tvoja svirka je lepa. Miluje kao prolećno sunce, uspavljuje kao poljubac majke. Hvala ti na svirci. Ja sam najstariji od svoje braće mrava i uživam u muzici.

Cvrčak – Ja ti se duboko klanjam stari mrave i zahvalan sam što me ti jedini razumeš i hvališ.

Stari Mrav – Pogrešio si. Ja kažem da ti lepo sviraš, ali nije dovoljno da samo to radiš. Pogledaj moj mravlji rod. Svi radimo. Donosimo mrvice, vučemo kukuruz, voće, slatke sokove, pečemo hleb i dvopek. Skoro ni na hranu ne mislimo, samo radimo. Hranimo se onako usput. A zimus će svaki dan biti gozba. A ti, šta ti radiš?

Cvrčak – Uživam!

Stari Mrav – Kako ćeš dočekati zimu?

Cvrčak – Svirajući.

Stari Mrav – E videćemo uskoro.

 

Cvrčak – Ćudan je ovaj dan. Nebo se zamutilo. Oblaci su ga prekrili. Baš me hvata neka jeza. Ptice ćute. Šta se to događa na ovom svetu?

Mrav 1 – Ništa Crvčku. Stigla je jesen. Ljudi su odneli svojim kućama snopove žita. Rode i laste spremaju se na dalek put preko mnogo mora.

Cvrčak – Šta misliš mraviću? Da im odsviram jednu pesmu za srećan put.

Mrav 1 – Sviraj ti, sviraj. Ali od tebe Crvčku, Vetar je bolje svirač.

Narrator – Je li mrave stražar, jesi li gde video onog veseljaka cvrčka?

Stari Mrav – Ja sam stari mrav video sam ga. Zavukao se pod opalo lišće i huče u prste, cvokoće od studeni.

Narrator – E svirao je, svirao, a sada...

Cvrčak – Ja više ovako ne mogu. Idem svojim susedima. Oni su u toplim odajama, a možda će i meni dati neki zalogaj . Ha, da svratim kod prvog. Mrave, mraviću, otvori, prozebao sam, ovo ćebence je tako tanko, ne greje leđa, smrznuću se. Ooo. Ovde izgleda nema nikog. Ili neće ni prozor da mi otvori. O! Mravi! Mravići! Došao sam kod vas. U vašoj kući je sigurno toplo i prijatno. Možda ste sada za punom trpezom, a ja ću skapati od gladi. Pomozite mi. O susedi.

Mrav 1 – O to si ti Crvčku! Smrzavaš se, je li? A zašto nisi sagradio sebi kuću kad sam ti lepo govorio?

Cvrčak – Nisam... nisam eto, nisam.

Mrav 1 – A šta si radio celo leto?

Cvrčak – Svirao sam, svirao.Bila je to prelepa muzika.

Mrav 1 – A sad igraj, Crvčku. Laku noć.

Narator – Siromah Cvrčak. Na ovoj vejavici. Da da. do jutra zavejaće ga sneg.

 

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Entre parenthèse, on a découvert l'existence d'un groupe de rock de Novi Sad qui s'appelle également Cvrčak I Mravi (fondé en 1967).

 

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mercredi 17 août 2016

(28) 'La Petite Servante' de Max Jacob, 'Reine des Mouettes" de Louis de Vilmorin par Zdenka Žabčić & Stjepan Radić (1980)

Avec cette série de poèmes français interprétés par des artistes de l’espace (ex-)yougoslave, nous souhaitons à la fois évoquer des poètes et explorer une scène relativement inconnue de nous. Nous avons relevé près de trente adaptations ou évocations dont certaines sont des bijoux.

N’hésitez pas à suggérer des titres. On les intègrera avec plaisir dans ce cycle.

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Une chance assez exceptionnelle a fait que presque toutes les références relevées sont disponibles sur Youtube. Ce n'est pas le cas de cet album de la cantatrice Zdenka Žabčić (née en 1931) et du pianiste Stjepan Radić (1928-2010). C'est donc une note sans musique. Il existe différentes interprétations disponibles sur la toile, mais elles n'entrent pas dans le cadre de ce cycle.

 

 

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Tant que nous ne nous serons pas procuré cet album, on ne connaîtra pas leur interprétation de deux mélodies de Francis Poulenc (1899-1963) d'après un poème de Max Jacob (1876-1944) et un autre de Louise de Villemorin (1902-1968).

 

 

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D'autres versions sont disponibles sur la toile. Bornons nous à citer ces textes.

 

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On signalera toutefois que La Petite Servante est la troisième des cinq pièces qui composent les Cinq poèmes de Max Jacob, dont Poulenc publia les compositions en 1931. Ils font partie du recueil La Côte paru en 1911.

 

3 Jacob Billy

 

Préservez-nous du feu et du tonnerre,
Le tonnerre court comme un oiseau,
Si c'est le Seigneur qui le conduit
Bénis soient les dégats.
Si c'est le diable qui le conduit
Faites-le partir au trot d'ici.

Préservez-nous des dartres et des boutons,
de la peste et de la lèpre.
Si c'est pour ma pénitence que vous l'envoyez,
Seigneur, laissez-la moi, merci.
Si c'est le diable qui le conduit
Faites-le partir au trot d'ici.

Goître, goître, sors de ton sac,
sors de mon cou et da ma tête!
Feu Saint Elme, danse de Saint Guy,
Si c'est le Diable qui vous conduit
mon Dieu faites le sortir d'ici.

Faites que je grandisse vite
Et donnez-moi un bon mari
qui ne soit pas trop ivrogne
et qui ne me batte pas tous les soirs.

 

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On signalera également que la Reine des Mouettes est l'une des trois pièces qui composent le triptyque intitulé Métamorphoses et que Francis Poulenc a composé d'autres musiques sur des textes de Louise de Vilmorin en 1943.

L'écrivain n'avait alors publié qu'un seul recueil intitulé Fiançailles pour rire (1939) qui avait donné lieu à d'autres pièces du compositeur.

 

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Reine des mouettes, mon orpheline,
Je t'ai vue rose, je m'en souviens,
Sous les brumes mousselines
De ton deuil ancien.

Rose d'aimer le baiser qui chagrine
Tu te laissais accorder à mes mains
Sous les brumes mousselines
Voiles de nos liens.

Rougis, rougis, mon baiser te devine
Mouette prise aux nœuds des grands chemins.

Reine des mouettes, mon orpheline,
Tu étais rose accordée à mes mains
Rose sous les mousselines
Et je m'en souviens.

 

mardi 16 août 2016

(27) 'Barbara' de Jacques Prévert, par Rade Šerbedžija (1973)

Avec cette série de poèmes français interprétés par des artistes de l’espace (ex-)yougoslave, nous souhaitons à la fois évoquer des poètes et explorer une scène relativement inconnue de nous. Nous avons relevé près de trente adaptations ou évocations dont certaines sont des bijoux.

N’hésitez pas à suggérer des titres. On les intègrera avec plaisir dans ce cycle.

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Barbara, l'une des chansons les plus populaires de Rade Šerbedžija (né en 1946 à Bunić), n'est pas inspiré du poème Jacques Prévert (1900-1977), même si l'interprète en cite quelques vers.

 

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Ces vers ne figurent pas dans la chanson originale de Fabrizio de André (1940 à Gênes -1999 à Milan). Elle figure sur son premier album.

 

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Cette note permet de constater une chose intéressante sur les chansons et les frontières.

  • Fabrizio de André a fait connaître Georges Brassens (1921-1981) en Italie.
  • Fabrizio de André a été repris quelques fois en Yougoslavie (Arsen Dedić, Tomislav Ivčić et Crveni Koralj).
  • Arsen Dedić est le le seul (à notre connaissance) à avoir repris Georges Brassens (cf. cette note) ; c'est aussi un interprète de Fabrizio de André.

Fabrizio de André n'a semble-t-il jamais été adapté en français.

 

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Écoutons les deux versions, d'abord celle de Rade Šerbedžija qui en justifie la présence dans ce cycle et celle de Fabrizio de André, qui en est l'auteur (et que nous aimons beaucoup). Enfin, nous entendrons Barbara de jacques Prévert par Rade Šerbedžija.

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Le choix de Rade Šerbedžija d'inclure ces vers est intéressant et témoigne peut-être de la popularité de Prévert dans la région. La démarche est légèrement différente de celle d'un Serge Reggiani (1922-2004) qui ouvre certaines de ses chansons avec des vers « du patrimoine ».

 

 
Mise en ligne le 3 avril 2008 par bihgazija1

 

(Fabrizio de André – adaptation Zvonimir Golob)

Sjeti se Barbara nad Brijestom je bez prestanka kišilo toga dana.

Tko nevjerne usnice čeka
S okusom meda i mlijeka
Taj ime tvoje zna,
Barbara
Taj usne tvoje zna,
Barbara

Taj zna da je postelja tvoja
Od trnja i cvijeća svih boja
I onda kad je voljena
Barbara
Malo je nevjerna,
Barbara

Sjeti se Barbara, sjeti se toga dana

I tako se igra i šali
Svojim rukama i usnama malim
I taj što je mrzit zna
Barbara
Poslije joj oproštaj da
Barbara

I s vjetrom u noći bez stida
Svom cvijetu po laticu kida
Za svaku ljubav ako je da
Ona to zna
Nova će latica cvasti za nju
Za Barbaru

Sjeti se Barbara, bila je jesen, al' uopče nije kišilo toga dana. Sjeti se Barbara

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Cette chanson figure sur le premier album de Fabrizio de André (Volume 1, 1967).

 


Mise en ligne le 7 juin 2009 par Fabrizio De Andrè

(Fabrizio de André)

 Chi cerca una bocca infedele
Che sappia di fragola e miele
In lei la troverа
Barbara
In lei la bacerа
Barbara.

Lei sa che ogni letto di sposa
I fatto di ortica e di rosa
Per questo ad un'altra etа
Barbara
L'amore vero rimanderа
Barbara.

E intanto lei gioca all'amore
Scherzando con gli occhi ed il cuore
Di chi forse la odierа
Barbara
Ma poi la perdonerа
Barbara.

E il vento di sera la invita
A sfogliare la sua margherita
Per ogni amore che se ne va
Lei lo sa
Un altro petalo fiorirа
Per Barbara.

 

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Rade Šerbedžija a aussi enregistré ce poème de Jacques Prévert sur un album sorti en 1986.

 

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Distorsion spatiale : l'accordéon est plus proche d'une ambiance parisienne que brestoise. Mais Jacques Prévert et Pierre Mac Orlan ont depuis longtemps rapproché Montmartre et Recouvrance.

 


Ajoutée le 1er mars 2013 par jasna peric

(Jacques Prévert - Arsen Dedić - Zvonimir Golob)

Sjeti se Barbara
Bez prestanka je kišlo nad Brestom [29] toga dana,
A ti si hodala nasmejana
Prokisla, radosna, očarana,
Pod kišom
Sjeti se Barbara,
Bez prestanka je kišilo nad Brestom
A ja sam te sreo u ulici Sijama
Smješila si se
I ja sam se smješio
[Sjeti se Barbara]
Ti koju nisam poznavao,
Ti koja me nisi poznavala
Sjeti se
Sjeti se toga dana
Ne zaboravi
Neki čovijek je stajao u tremu
I viknuo tvoje ime
Barbara
A ti si po kiši k njemu potrčala
Radosna, prokisla, očarana
U njegov zagrljaj pala
Sjeti se toga Barbara,
I ne ljuti se što ti govorim ti
Ja kažem ti svima koje volim
Čak i onima koje sam jednom video
Ja kažem ti onima koji se vole
Čak i onima koje nisam upoznao.
Sjeti se Barbara
I ne zaboravi
Tu kišu mudru i sretnu
Na svome licu sretnom
Nad ovim gradom sretnim
Tu kišu iznad mora
I iznad arsenala
Tu kišu što je pala na brod iz Uesana
Oh Barbara
Rat je je svinjarija velika
I što je sa tobom sada
Pod kišom kanonada
Ognja, krvi i čelika
A onaj koji te je grlio
Zaljubljeno
Je li umro, nestao ili još uvek živi.....
Oh Barbara
Bez prestanka plušti nad Brestom
Jednako kao i tada
Ali to nije isto i sve je srušeno
To su porotne kiše strašne i neutešne
To nije oluja više
Od ognja, krvi i čelika
To su naprosto oblaci
Što kao pseta crkavaju
Kao pseta sto nestaju
U mlazu vode nad Brestom
Da trunu negde daleko
Daleko, daleko od Bresta
Od koga ništa ne osta...

 

lundi 15 août 2016

(26) 'Barbara' de Jacques Prévert, par Orkestar Žarka Petrovića feat. Đuza Stoiljković (1974) & Rale Damjanović (1973)

Avec cette série de poèmes français interprétés par des artistes de l’espace (ex-)yougoslave, nous souhaitons à la fois évoquer des poètes et explorer une scène relativement inconnue de nous. Nous avons relevé près de trente adaptations ou évocations dont certaines sont des bijoux.

N’hésitez pas à suggérer des titres. On les intègrera avec plaisir dans ce cycle.

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Deux lectures de Barbara (1946), l'un des poèmes les plus célèbres de Jacques Prévert (1900-1977) ont paru successivement en 1974 et 1975.

 

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La plus récente est lue par Vlastimir 'Đuza' Stoiljković (1929 à Ražanj – 2015 à Belgrade), surtout connu comme l'interprète de Devojko Mala, qui a eu un gros succès en Russie.

 

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Cette lecture figure sur un album de Žarko Petrović (né en 1932 à Užice) et son orcherstre intitulé Ne Ostavljaj Me Nikad Samu Kad Neko Svira (Ne me laisse jamais seul quand quelqu'un joue) et sous-titré Najlepše Pesme O Ljubavi (Les plus beaux poèmes d'amour).

 

On s'interroge sur le rapport entre le texte et la musique.

 


Ajoutée le 15 septembre 2015 par
Jugoton Music

 

(Jacques Prévert – traduction Nikola Trajković ? – Žarko Petrović)

Sećaš li se Barbara
Padala je kiša neprestana nad Brestom [29] toga dana
A ti si išla nasmejana
Pokisla ozarena očarana
Pod krupnim kapima kiše
Seti se Barbara
[adala je kiša neprestana nad Brestom]
Sretoh te u ulici Sijama
Smejala si se
I ja sam se smejao
Sećaš li se Barbara
Nisam te poznavao
A nisi ni ti mene
Sećaš li se
Sećaš li se toga dana
I ne zaboravi ga.
Jedan čovek ispod neke kapije, zaklonjen
Viknuo je tvoje ime
Barbara
A ti si potrčala ka njemu po kiši
Pokisla ozarena očarana
I bacila si mu se u zagrljaj
Sećaš li se Barbara,
Ne ljuti se što ti kažem ti
Jer ti kažem svakom koga volim
Pa mak ga samo jednom video u životu
Jer ti kažem svakom koga volim [sic]
Pa čak iako ga ne poznajem.
Sećaš li se Barbara
I ne zaboravi nikad
Tu kišu tako bladu i tako srećnu
Na tvojem licu srećnom
Na tim gradom srećnim
Tu kišu nad morem
Nad arsenalom
Nad brodom iz Cezana [sic]
Oh Barbara
Velika je svinjarija taj rat
I šta je sa tobom sada
Pod kišom od gvožđa
Vatre, čelika, krvi
A onaj koji te je stezao u zagrljaju
Zaljubljeno
Da li je umro nestao il je još živ
Oh Barbara
Još uvek kiša pada nad Brestom
Kao što je padala nekada
Ali nije to isto jer sve je porušeno
To su samo posmrtne kapi kiše užasne i očajne
A nije ni onaj potop kiše
Gvožđa čelika, krvi
Već prosto kiša iz oblaka
Koji nestaju kao psi
Kao psi
Koje donosi vodena struja iz Bresta
Da istrunu negde daleko
Vrlo daleko od Bresta
Od koga nije ostalo ništa0

 

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 On doit la seconde version du jour à Rale Damjanović (né en 1947 à Donji Tovarnik) que l'on avait déjà entendu à cette occasion. Sur son disque (dont on n'a rien trouvé sur la toile) la traduction est attribuée à Nikola Trajković (1896-1989, à Belgrade) qui avait également traduit Fiesta.

 

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Dans un récital de 2007 dont un extrait est disponible sur youtube, il reprend ce poème. Le texte appris par cœur n'est pas complet mais ce qu'on en retient correspond à la traduction.

 


Ajoutée le 31 mai 2013 par
uran sunce

 

 

 

 

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On retrouvera Barbara dès demain. Aujourd'hui, il faut encore mentionner Ponedeljak ili utorak (1966, Lundi ou mardi) de Vatroslav Mimica (né en 1923).

On a eu la chance de voir ce film le mois dernier à la Kinoteka. On n'a pas peur d'exagérer en affirmant que ce film yougoslave est de loin le plus proche de l'univers poétique de Jacques Prévert qu'on ait vu, bien plus proche que les films scénarisés par Jacques Prévert lui-même.

Les raisons de l'affirmer tiennent à plusieurs éléments, mais c'est une citation de Barbara, joliment mis en scène, qui met la puce à l'oreille. Pour nous, Barbara a désormais les traits de Lada Milić dont ce fut la seule apparition à l'écran, le narrateur, ceux de Slobodan Dimitrijević (1941, Niš - 1999, Zagreb), et Brest, pourquoi pas, ceux de Zagreb.

Le film est visible ici. Comme d'habitude, on suppose qu'il a plus de force sur grand écran.

 

vendredi 12 août 2016

(25) 'Parfum exotique' de Charles Baudelaire, par Korni Grupa (1975)

Avec cette série de poèmes français interprétés par des artistes de l’espace (ex-)yougoslave, nous souhaitons à la fois évoquer des poètes et explorer une scène relativement inconnue de nous. Nous avons relevé près de trente adaptations ou évocations dont certaines sont des bijoux.

N’hésitez pas à suggérer des titres. On les intègrera avec plaisir dans ce cycle.

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Parfum exotique est la troisième et dernière Fleur du Mal, et donc le dernier passage de Charles Baudelaire (1821-1867) dans ce cycle.

 

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Comme la précédente, elle figure dans la section Spleen et Idéal et elle a été mise en musique par Kornelije Kovač.

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

 

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Cette fois-ci, c'est pour Korni grupa (1968-1974), l'une de ses formations les plus connnues.

 

FRONT

 

A priori, pour cet enregistrement, le groupe était composé ainsi :

  • Kornelije Kovač (né en 1942 à Niš), clavier
  • Bojan Hreljac, guitare basse
  • Vladimir Furduj (né en 1945 à Belgrade), batterie
  • Josip Boček (né en 1950 à Osijek), guitare
  • Zlatko Pejaković (né en 1950 à Osijek), chant

 

Quelques chanteurs célèbres sont aussi passés ce groupe dont Josipa Lisac, Dušan Prelević, Dado Topić et Zdravko Čolić.

 


Ajoutée le 10 mars 2016 par PGP RTS - Zvanični Kanal

(Charles Baudelaire - Kornelije Kovač - traducteur non identifié, peut-être Borislav Radović ?)

Dok
udišem miris tvojih toplih grudi,
Sklopljenih očiju, u jesenje veče,
Ponovo ja vidim te obale sreće
Jednolimnog sunca oganj opet rudi;

Lenjivo ostrvo gde priroda nudi
Svoje divlje voće i čudno drveće;
Ljude čije telo vitko se pokreće,
Žene čiji pogled iskrenošću čudi.

Vođen tvojim dahom u predeo žarki
Vidim luku punu jedara i barki
Još uvek smorenih morskim talasima,

Dok sa tamarinda zelenih se ruši
Miris što kružeći nozdrve nadima
I s
pesmom mornara meša se u duši.

 

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On a repéré une autre traduction par Nikola Bertolino (né en 1931). Il est peut-être intéressant de les comparer.

Kada sklopim oči u jesenje veče
I udišem miris tvojih toplih grudi,
Vidim plamen sunca što, jednolik, bludi
Po blagom primorju nekom, punom sreće.

Vidim leni otkok i čudno drveće
I zemlju što sočne plodove nam nudi,
Vidim narod vitkih i okretnih ljudi
I žena što pogled oboriti neće.

Tvoj miris me nosi do predela žarkih
U luku prepunu umornih katarki
I od burnog mora klonulih jedara,

Dok mi iz zelenih tamarinda miris
Što kroz vazduh struji i nozdrve širi –
U duši se stapa sa pesmom mornara.

 

jeudi 11 août 2016

(24) 'Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine' de Victor Hugo, par Ibrica Jusić (1977)

Avec cette série de poèmes français interprétés par des artistes de l’espace (ex-)yougoslave, nous souhaitons à la fois évoquer des poètes et explorer une scène relativement inconnue de nous. Nous avons relevé près de trente adaptations ou évocations dont certaines sont des bijoux.

N’hésitez pas à suggérer des titres. On les intègrera avec plaisir dans ce cycle.

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La dernière fois qu'un nouveau poète a fait son entrée dans ce cycle, c'était Louis Aragon, il y a deux semaines.

C'est à Victor Hugo (1802-1885) que l'on doit ce rafraîchissement bienvenu.

 

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Il a paru dans le recueil intitulé Les Chants du crépuscule en 1835.

 

 

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Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;

Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire
Les mots où se répand le cœur mystérieux ;
Puisque j'ai vu pleurer, puisque j'ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie
Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;
Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie
Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

Je puis maintenant dire aux rapides années :
- Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir !
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !
Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !

 

****** 

 

Comme cet album d'Arsen Dedić (Pjevam pijesme, 1980), cet album d'Ibrica Jusić (né en 1944 à Dubrovnik) contient beaucoup de textes de poètes.

Ce chanteur folk (c'est-à-dire à la Bob Dylan) est peut-être un équivalent de Paco Ibáñez (né en 1934 à Valence) dans la mesure où il fait œuvre de chanteur à texte sans être l'auteur des textes qu'il chante. Comme le chanteur Valencien avait consacré un album à Georges Brassens, le Dalmate en a consacré un Leonard Cohen.

 

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Beaucoup se sont sensibilisés à la poésie grâce aux chanteurs populaires (c'est notre cas). En cela, cet album peut aider à suivre de nouvelles pistes. [Oui, on se répète.]

 

Aleksa Šantić
(1868, Mostar – 1924, Mostar)

Mihovil Nikolić
(1878, Kričke kraj Drniša – 1951, Zagreb)

Antun Branko Šimić
(1898, Drinovci – 1925, Zagreb)

Константин Симонов
(1915, Petrograd – 1979, Moscou)

Zvonimir Golob
(1927, Koprivnica - 1997)

Pero Gotovac
(né en 1927 à Zagreb)

Janez Menart
(1929, Maribor – 2004, Ljubljana)
Nous l'avions rencontré comme traducteur de
Villon en slovène
(entendu ici et )

Dragutin Britvić
(1935, Pitomača – 2005, Zagreb)

 

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Ajoutée le 26 février 2015 par djsaka13exdzonisisa

(Victor Hugo - traduction ? - Ibrica Jusić)

Pošto sam pehar tvoj, još pun, usnama tako;
Pošto u tvoje ruke zaronih blijedim čelom;
Pošto dah blagi katkad udis’o sam lako,
Dah tvoje duše, miris tamnim ovijen velom;

Pošto mi bješe dano da te još čujem reći
Riječ onu što na srce svoj tajni melem toči;
Pošto vidjeh u tuzi, pošto vidjeh u sreći
Tvoja usna na mojim, a pored očima oči;

Pošto vidjeh gdje mi je nad sretnom glavom sjala
Zvijezda tvoja, avaj, maglom omotana!
Pošto vidjeh gdje mi je na val života pala
Latica s ruže otrgnute od tvojih dana!

Ja mogu godinama sada žurnim da velim:
Letite dalje jer će starenje moje stati!
Odlazite odavde s tim vašim cvijećem svelim
Ja imam cvijet kog nitko ne može uzabrati!

Udrite krilima, prosut nećete moći njima
Tu čašu tako punu iz koje sada pijem.
U meni više plama, no u vas pepela ima!
Više no vi zaborava, ja ljubavi krijem!

 

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Merci à Aleksandra pour la découverte.

mercredi 10 août 2016

(23) 'La Musique' de Charles Baudelaire, par Zdenka Kovačiček (1978)

Avec cette série de poèmes français interprétés par des artistes de l’espace (ex-)yougoslave, nous souhaitons à la fois évoquer des poètes et explorer une scène relativement inconnue de nous. Nous avons relevé près de trente adaptations ou évocations dont certaines sont des bijoux.

N’hésitez pas à suggérer des titres. On les intègrera avec plaisir dans ce cycle.

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On retrouve Charles Baudelaire (1821-1867) avec La Musique, paru dans Spleen et Idéal, la section la plus importante des Fleurs du Mal (1857).

 

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Ce poème est sans doute l'un de ceux de Baudelaire que l'on apprend le plus souvent à l'école avec l'Albatros et l'Invitation au voyage.

 

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l'immense gouffre
Me bercent. D'autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !


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Kornelije Kovač (né en 1942 à Niš) a choisi la traduction de Borislav Radović (né en 1935 à Belgrade) pour cette chanson interprétée par Zdenka Kovačiček (née en 1944 à Zagreb).

 

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Le premier, membre de Korni Grupa et Indeksi, a connu une carrière de compositeur intéressante.

Le deuxième est un poète, écrivain, souvent primé.

La troisième est une chanteuse à la carrière prolifique qui a commencé comme choriste, puis duettiste (avec le duo Hani), avant de sortir un premier album sur lequel figure cette chanson. Elle revendique l'influence de Janis Joplin (1943-1970).

 


Ajoutée le 10 mars 2016 par PGP RTS - Zvanični Kanal

 

(Charles Baudelaire – traduction Borislav Radović - Kornelije Kovač)

 Muzika često ščepa me kao neko more!
Ka svojoj bledoj zvezdi,
pod maglovitim svodom ili kroz plavet gore
jedro moje zajezdi;

kad podam napred grudi i od napetih pluća
kad mi jedrilje biva,
savlađujem grbine talasa nadiruća
koji mi noć sakriva;

osećam da u meni silno trepte ove strasti
koje i brodom lomnim;
povoljan vetar, bura i njene sve pošasti

nad ponorom ogromnim
njišu me. A inače, maina, grdna slika
mog duha očajnika!

 

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Nous avons trouvé cette traduction sur ce forum, ainsi que celle de Milovan Danojlić (né en 1937 à Ivanovci). On la livre ici à ceux qui souhaiteraient comparer.

 

MUZIKA

Muzika me često ponese ko more!
Prema bledoj zvezdi
Ispod mutnog svoda, kroz širne prostore
Jedrenjak moj jezdi;

Pluća se napune, i grudi se moje
Napnu, ko jedrila,
Penjem se na leđa valova, koje
Noć je prekrila;

Kao brod u kome sve žice drhture
Bez sna i odmora,
Ljuškaju me vetrovi i grčevi bure

Iznad ponora
Katkad: površ gde se ništa ne događa
Sem moga beznađa! 

 

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Merci à Šejma et Svetlana pour leur aide précieuse.