Pierre Pelot (né en 1945) a écrit beaucoup de romans de genres divers (SF, polar, western, préhistorique, etc.)

 

natural killer couv

 

Dans Natural Killer, un roman très noir et passionnant disponible à la médiathèque de l’institut français de Novi Sad, il met en scène un écrivain confronté à son travail, à la solitude, à l’alcool, à l’hiver vosgien (Vosges, 88).

Dans ce passage, on le voit faire face à un problème aussi trivial que celui de l’orthographe (eh oui !). On comparera la première phrase et la dernière :

Un corbeau croassait, pas très loin de la maison. Dehors. Évidemment, dehors, pauvre connard… Est-ce que ce sont les corbeaux qui croassent ? ou les grenouilles, les crapauds ? Qui, dans le dictionnaire, du volatile ou du batracien, coasse ? Jamais été fichu de m’en souvenir automatiquement. Jamais. (Cela faisait partie de ce genre de faux-pas que l’on traîne avec soi toute sa vie et qui, s’ils ne vont pas jusqu’à vous faire trébucher, vous plantent dans l’allure une pointe d’hésitation. À chaque fois qu’il me faut employer l’un ou l’autre terme et l’écrire noir sur blanc, je dois me résoudre à feuilleter le Petit Robert salvateur. J’ai essayé des tas de trucs mnémotechniques, sans succès, jamais, sans résultat… des tas de trucs dont j’oublie régulièrement le mode d’emploi. C’est comme pour « rafale »… Depuis ce jour lointain de l’école où, pour avoir sculpté ce mot selon une conception personnelle en désaccord avec l’académisme, il m’a fallu le copier cent fois. Résultat : j’en suis toujours à trébucher dessus : « rafale » prend-il ou non deux f ? Et, toujours, logiquement, il me semble que oui, que ce putain de mot contient en soi l’évocation d’une répétitivité, quelque part…)

Bon. Dehors, un corbeau étrillait l’air froid de ses cris noirs.

Pierre Pelot, Natural Killer, Vertiges publications 1985 (réed. Rivages Noir, 1999)