Beaucoup de chansons ont acquis le statut de standard : même si on en a parfois oublié l’auteur, elles sont régulièrement reprises, parfois transformées, et conservent une certaine actualité. On présentera ici, pour les moins familiers des chansons francophones, quelques versions de certaines d’entre elles.

Aujourd’hui, Rouge-Gorge par Renaud en 1988.


Rouge - gorge - Renaud 1988 par sfogliatello

Un rouge-gorge, cela désigne d’abord un oiseau (Crvendać). C’est aussi le personnage principal de cette chanson qui « doit / son surnom bizarre / à sa jolie voix / et à son foulard »

Prolo ordinaire
Peuple de Paris
Rouge-gorge est fier
D’être né ici
Quartier populaire
Bistrots et bougnats
Et marchés couverts
Rues des enfants rois
Rouge-gorge doit
Son surnom bizarre
A sa jolie voix
Et à son foulard
Rouge son foulard
Autour de son cou
Rouge sa mémoire
A jamais debout

Rouge-gorge chante
Le Temps des Cerises
Dans les rues vivantes
Lorsqu’un jour arrive
Le temps des noyaux
Et des bulldozers
Et des vrais salauds
En costumes clairs
Quelque sous-ministre
À attaché-case
Et mine sinistre
L’âme versaillaise
Décrète trop vieux
Tout ce quartier-là
Y foutra le feu
Si l’vieux s’en va pas

Rasée la maison
Détruit l’atelier
Des cages en béton
Les ont remplacés
Adieu, réverbères
Ampoules au plafond
Bonjour la lumière
Des tristes néons
Chassés les prolos
Et chassée la vie
Parkings et bureaux
Ont bouffé Paris
Les petites gens
Sont des gens sérieux
Iront gentiment
Peupler les banlieues

Chante, Rouge-gorge
Les Temps des Cerises
Savigny-sur-Orge
Paraîtra moins grise
Chante aussi Paname
Que les assassins
Ont livré aux flammes
Sans brûler leurs mains
Chante la mémoire
Que Doisneau préserve
De Paris, le soir
D’avant qu’elle crève
Chante la bâtarde
Paris-la-soumise
Que Doisneau regarde
Et qui agonise.

On y trouve naturellement des références à la chanson de Clément et Renard : le titre, mais aussi une mention des Versaillais. Le terme désigne le gouvernement d'Adolphe Thiers, premier président de la IIIème République, qui a réprimé violemment la Commune de Paris en 1871. Ces évènements, Renaud a contribué à les intégrer dans une certaine imagerie parisienne.

On y trouve une référence au poème de Jacques Prévert intitulé le temps des noyaux que l’on peut lire ici. Les noyaux, c’est ce qui reste quand on a mangé les cerises.

On y trouve enfin une référence appuyée à Robert Doisneau dont tout le monde connaît au moins quelques-unes des photos parisiennes.