La dernière fois, on a parlé du cinéma de Bouli Lanners. Il est en ce moment à Cannes pour présenter deux films dans lesquels il joue: De rouille et d'os, d'Audiard dont on reparlera bientôt et Le grand soir, de Gustave Kervern et Benoît Delépine, avec lesquels il a déjà tourné à plusieurs reprises (notamment Louise-Michel, dans lequel il partage l'affiche avec Yolande Moreau). On n'a évidemment pas encore vu Le grand soir, mais il est intéressant ici de parler de Kervern et Delépine qui ne sont pas amis avec Lanners par hasard.

On a dit que Bouli Lanners représentait l'identité belge par cette façon qu'il avait d'utiliser en s'en distanciant les canons du cinéma d'auteur. Delépine et Kervern font quelque chose de très sembable, puisqu'ils font des films "à la manière de" et déploient à chaque fois une nouvelle interprétation du genre de road-movie. On retrouve à chaque fois ces personnages d'anti-héros qui se mettent route pour remplir une quête (en général absurde).

- Aaltra (2004), raconte l'histoire de deux types qui décident de partir en Finlande demander des indemnités à la société qui produit les machines agricoles à cause desquelles ils se sont retrouvés paralysés. Scandinavie oblige, c'est très foid, ironique, avec des longs plans qui embrassent des paysages tristes, dans du noir et blanc tout en nuances de gris.

Ajoutée par laparti le 4 nov 2009

- Mammuth (2010) ou le périple de Serge Pilardosse (Depardieu) pour retrouver toutes les fiches de paye qui lui manquent afin de calculer sa retraite. Sur une Munch Mammuth, moto (apparemment mythique), cheveux aux vents et sur fond de musique aérodynamique, Serge ballade sa carcasse dans une sorte de "Diarios de motocicleta" à la sauce américaine.


- Avida (2006), ou comment un sourd-muet (dont on n'apprend jamais le nom) se retrouve mêlé à un kidnapping de chien et échoue avec une artiste obèse sur ce qui semble bien être un terril. Ce deuxième film de Kervern et Delépine est placé sous le signe des surréalistes espagnols: Buñuel (pour le noir et blanc très contrasté, les gros plans sur des objets obscènisables) et Dali ( pour les compositions de plans fixes à la façon de tableaux surréalistes). Le titre vient d'ailleurs de "Avida Dollars", anagramme de Salvador Dali concocté par Breton.

J'ai volontairement omis Louise-Michel (2008), en partie parce que c'est un film que je n'ai pas beaucoup aimé et aussi parce que je l'ai vu il y a un certain temps et que je ne vois pas trop comment il rentre dans cet ensemble. C'est aussi un road-movie, en quelque sorte et conduit par un anti-héros (un tueur à gages complètement nul), qui se termine un peu en eau-de-boudin (encore une caractéristique de Kervern et Delépine).

Même si ces réalisateurs ne sont pas belges, ils rentrent bien dans ce type d'identification - énormément d'acteurs belges dans leurs films, des décors qui situent l'action dans le Nord de la France ou en Belgique.