Le numéro 24 de Pages de Bretagne/Pajennoù Breizh (décembre 2010) est une sorte de revue promotionnelle – et diffusée gratuitement – sur la littérature produite en Bretagne ou par des bretons.

Cette brochure trimestrielle est publiée par Livre et lecture en Bretagne, un EPCC (Établissement Public de Coopération Culturelle).

*****

Il y parut un dossier sur les traducteurs vivant dans la région. Quelques questions ont été posées à plusieurs d’entre eux sur leur métier.

Nous avons retenu les réponses de Mireille Robin, ainsi présentée :

Mireille Robin : Traductrice de serbo-croate (plus de 100 ouvrages traduits, des pièces de théâtre, des sous-titrages de films). Vit à Tonquédec, dans les Côtes-d’Armor (22). [Ajoutons qu’elle est l’auteure, entre autre, de la traduction de la Toison d’Or de Borislav Pekić.]

Où votre goût pour la traduction trouve-t-il son origine ?

Dans mon collège à Saint-Germain-en-Laye (78), on incitait tous les bons élèves à prendre le russe comme seconde langue. Et, comme Armand Robin, je me suis retrouvée, au contact de cette langue, en terre connue.

Comment s’est-il développé ?

J’ai fait mes premières armes sur Essenine et Maïakovski. Après, j’ai cherché une correspondante de russe, mais il n’y en avait pas, alors… on m’a donné une Yougoslave. En 1965, je suis allée la voir. C’était dans la banlieue de Belgrade, une ville qui m’a parue si laide et sale que j’ai eu envie de repartir. Mais j’ai découvert Belgrade la nuit. Et là, c’était autre chose. Plus tard, je me suis inscrite à la faculté de Novi Sad. Tous les cours étaient en serbo-croate. Au bout de neuf mois, je me débrouillais. Et, à la fin de mon séjour, j’ai rencontré Rade Tomić, qui allait devenir mon mari. J’ai commencé à traduire de la poésie française en serbo-croate et Rade passait derrière moi, pour peaufiner. C’est une excellente école. Puis j’ai fait des sous-titrages de films, à l’époque de la vague noire yougoslave, avec des réalisateurs comme Žilnik ou Makavejev. Il n’y avait pas beaucoup d’auteurs yougoslaves traduits en français, à part le prix Nobel Ivo Andrić ou Miroslav Milatović. Quand je suis rentrée à Rennes (35), en 1974, je me suis aperçue que c’était trop risqué d’essayer de ne vivre que de traduction. J’étais seule avec quatre enfants à élever. Alors, je suis entrée dans l’Éducation nationale, où j’ai fait une carrière administrative. Dans les années 1980, en Yougoslavie, émergeait une nouvelle génération d’écrivains. Quand j’ai eu un peu moins de travail avec mes enfants, j’ai commencé à traduire La Rage, de Pekić. Neuf cents feuillets tapés sur une Remington avec des caractères hongrois. Je traduisais de 4 heures à 7 heures du matin, avant d’aller au boulot.

la toison d'or Pekic agone

 

Que représente pour vous ce travail de traduction ?

Le serbo-croate ne me pose pas de grandes difficultés. Il est plus mouvant que le français, du point de vue de la syntaxe. Et il supporte mieux la répétition. Chaque livre que l’on traduit est différent. On ne peine que sur les livres mal écrits. Il m’est arrivé de renoncer et de renvoyer 16 000 francs [NdR : environ 2500 €] à l’éditeur. En poésie, je n’ai traduit que des coups de cœur, des textes qui me semblaient dire des choses que je ressentais déjà profondément.

Vivez-vous de la traduction ? Est-ce difficile ?

Dans les années 1980, il y a eu une amélioration des tarifs pour la traduction. Maintenant, ça tire vers le bas, surtout pour les anglicistes, car il y a beaucoup de monde sur le marché. Au cours de ma carrière, je n’ai jamais manqué de travail, même si… Pas mal de livres sortaient dans les années 1990, à cause des guerres en ex-Yougoslavie. Ce fut à double-tranchant, parce qu’après les accords de paix, il y a eu un ras-le-bol qui a touché toute la littérature venant de là-bas. Il a fallu attendre quelques années pour que ça reprenne. Malheureusement, aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de traducteurs de serbo-croate, à part des anciens qui tiennent encore le coup.

Quel est votre rapport à la Bretagne ? À votre avis, est-ce une terre de traducteurs ?

Je suis née à Lauvigné-du-Désert. Je suis bretonne et j’aime ce pays. J’ai découvert le Trégor grâce à Yvon Le Men, et je suis venue y habiter lorsque j’ai quitté la fonction publique.

 *****

Ces questions (et d’autres) ont été posées à d’autres traducteurs vivant en Bretagne. Il s’agissait de Stéphane Carn (anglais – USA), Cristina De Melo (portugais), Nicole Laurent-Catrice (espagnol, tsotsil, hongrois…), Jean-Yves Le Disez (anglais, universitaire spécialiste de traductologie à Brest (29)), Rose-Marie Vassallo (anglais).