Seconde partie du documentaire d'Agnès Varda consacré à la Côte d'Azur.


Du côté de la côte - Agnès Varda - 1958 (2ème... by kendalleve

Transcription

Le camping étant la forme la plus aérée de la liberté et la plus incroyablement cérémoniale, on y vit bien sa vie avec la majesté des sages antiques se retirant sous leur tente. Et ces camps surpeuplés de bons-vivants qu'attire ce rivage latin, préfigurent bien les camps de très bons-morts que ce même rivage apaise. Dans l'un et l'autre cas la place est comptée parce que bonne. C'est une côte bien côtée. La Côte d'Azur, c'est le plus beau cimetière de la France, avec vue imprenable et mer toujours recommencée. Le mort d'azur est un touriste de qualité. Le paysage l'accueil comme un juste repose. Il erst discret comme un cœur gros sans larme, modeste comme un arceau sans roue, calme comme un champ sans honneur, enfantin comme un berceau, silencieux comme une forêt prochaine, et surprenant comme, au détour d'un mur, une géante Vierge. Saint-Jean-Cap-Ferrat (06).

La sainte mère a raté son entrée dans l'église, le coq est tombé du clocher comme si dans ce jeu de quille, une boule avait fait carambolage.

La chance tourne avec la roulette, la roue tourne aussi. La mort a surpris Isadora Duncan, à Nice.

Jean-Gabriel Domergue est prêt devant son tombeau qu'il a fait construire comme d'autres se font bâtir des demeures, moins éternels, mais qui ont le charme de l'existence,

la charmeuse / la tendresse / frénésie / enfin

La villa, c'est le délire de rêverie décorative. Et les jardins abandonnés, les villas oubliées, c'est du cinéma. Les amis de Blasco Ibáñez aimaient à revenir dans cette maison de retraite pour écrivain. D'autres aiment la vie d'hôtel. Ce qui les touche, ce qui les attache à un hôtel plus qu'à un autre, c'est le salut du portier. Au baromètre de sa familiarité, on est quelqu'un ou pas.

Portier depuis vingt ans au Grand Hôtel, Cannes, celui-ci continue le jeu, introduisant les gagne-petit, avec une irritante nostalgie des dépense-gros. Où est l'ex-Grand Hôtel. Où est l'Eden Roc ? Et l'Eden, où est-il ? Toute la côte en a la nostalgie. Toute la côte écrit son nom. Il manque toujours un sou pour faire le franc. L'Eden interdit suscite des cris. De la nostalgie naît le carnaval.

Carnaval brûle. La terre tremble. Le soleil s'affole. Les eaux se reforment. Carnaval est mort, le silence va régner. Le silence en réponse à tant de questions, en réponse aux volcans, aux tourbillons. L'Eden existe. C'est une aube. L'Eden existe. C'est une île.

Le Paradis, c'était une plage et une pomme de pin. Mais la nostalgie de l'Eden c'est un jardin. Ce n'est plus la Côte d'Azur, c'est un jardin transplanté c'est une idée de jardin à fleurs, à pelouse, à colonne, oubliant la mer toute proche, la pièce douce est un retrait, le nénufar, un soupir qui s'étale, et ce sont de fausses Eves, de faux Adams, de faux Amours, de trompeuses Vénus, de fausses grottes et de fausses nymphes. Si ces rêveries sont collectives, les jardins ne sont pas publics. Le faux Eden n'est pas pour nous non plus que l'Eden. Et les pires privations ont mis à l'ombre la belle saison.

Jusqu'à l'année prochaine,
Jusqu'à l'été lointain,
La mer est enfermée
A double tour d'horizon gris,
Les belles de jour ne fleurissent que le jour,
L'été ne fleurit que l'été,
Hier c'était la fête du soleil
C'était la fête, c'était l'été,
L'été vermeil qui s'est fâné,
Le soleil de la fête,
Il est démaquillé,
C'est triste et bête
La fin de la fête,
La fin de l'été.

 

Intertitre 9 Fin