Ceux qui ont lu Daniel Pennac et notamment sa série des Malaussène en parlent souvent avec un petit éclair de plaisir dans l’œil. Le passage qui suit est extrait du premier opus intitulé Au bonheur des ogres, titre qui injecte une part de conte de fée dans un titre qui fait écho au roman de Zola intitulé Au bonheur des Dames. Les deux romans se passent d’ailleurs pour une bonne part dans un grand magasin. Celui de Daniel Pennac s’inscrivant dans la veine des bons polars, drôle et précis, et surtout évocateurs que l’on connaisse ou non Paris en général et Belleville en particulier.

 

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(couverture de Jacques Tardi)

 

L’extrait choisi l’a été pour la référence à une règle de grammaire (et pour le plaisir d’entendre des gros mots). Il met en scène Benjamin (Ben) Malaussène ses frères et sœurs (Clara, Thérèse, Jérémy, le Petit, Louna), leur chien (Julius) et l’ami Théo.

Jérémy qui va au collège a un problème avec la  conjugaison. Il demande une explication à son grand frère.

C’est finalement Jérémy qui rétablit l’ordre naturel des choses en demandant :
- Dis voir, Ben, est-ce que tu pourrais me dire pourquoi cette saloperie de participe passé s’accorde avec ce connard de C.O.D. quand il placé avant cet enfoiré d’auxiliaire être ?
- « Avoir », Jérémy, devant l’auxiliaire « avoir ».
- Si tu préfères. Théo est pas foutu de m’expliquer.
- Moi, la mécanique… fait Théo avec un geste évasif.
Et j’explique, j’explique la bonne vieille règle en déposant un paternel baiser sur chaque front. C’est que, voyez-vous, jadis, le participe s’accordait avec le C.O.D., que celui-ci fût placé avant ou après l’auxiliaire avoir. Mais les gens rataient si souvent l’accord quant il était placé après, que le législateur grammatical mua cette faute en règle. Voilà. C’est ainsi. Les langues évoluent dans le sens de la paresse. Oui, oui, « déplorable ».