1972 et le procès de Bobigny constituent l’une des dates clé* de l’histoire de la cause des femmes en France. Ce combat a été mené entre autre grâce aux compétences de Gisèle Halimi (née en 1927), avocate et militante féministe.

Ce procès prévu à huis-clos a été voulu médiatique par l'avocate pour faire prendre conscience à l'opinion publique de la situation précaire dans laquelle la loi de 1920 qui punissait l’avortement a mis beaucoup de femmes.

Elle raconte son engagement en général et cet événement en particulier (qu’elle contextualise) dans son passionnant livre intitulé La Cause des Femmes paru en 1973.

la cause des femmes sans dos

 

L’événement a été évoqué dans L’une chante, l’autre pas, un film d’Agnès Varda sorti en 1977 dans lequel Gisèle Halimi joue son propre rôle dans un cameo.

 

l'une chante l'autre pas

 

Le film lui-même fait la chronique de cette évolution à travers les engagements différents et complémentaires de Suzanne (Thérèse Liotard) et Pauline (Valérie Mairesse), deux amies qui se rencontrent et se recroisent au gré du hasard et de leur amitié. Ce film, limpide, met en scène les problèmatiques féministes d'alors. Beaucoup demeurent d'actualité.

 


Ajoutée le 9 octobre 2010 par pensee1234

Transcription

La narratrice – Dix ans plus tard, Suzanne et Pauline suivaient de très près le procès d'une jeune fille de 16 ans qui avait avorté. Beaucoup de celles et de ceux qui luttaient contre la loi punissant l'avortement étaient venus devant le palais de justice de Bobigny où se déroulait à huis-clos le procès. C'était en octobre 1972. La jeune fille, d'ailleurs, fut acquittée. Ce fut le début d'une série de réformes.

La foule – Libérez Marie-Claire ! Nous avons avorté, jugez-nous !

Suzanne – Mais enfin puisque j'ai ma carte, je suis déjà venue hier...

L’inspecteur – Je ne veux rien savoir.

Suzanne – Alors ça sert à quoi ?

L’inspecteur – C'est un procès à huis-clos, vous ne pouvez pas rentrer, madame.

Suzanne – « Procès à huis-clos »... Laissez-moi passer !

L’inspecteur – Vous ne pouvez pas renter.

La foule – Gisèle Halimi ! Gisèle ! C'est Gisèle Halimi !

Gisèle Halimi – Inspecteur, vous n'avez pas le droit de les empêcher d'entrer !

L’inspecteur – On n'a des ordres, on ne peut laisser entrer personne.

Gisèle Halimi – Le jugement doit être public, je vous dis ! Vous n'avez pas le droit ! [à la foule] Venez ! Le jugement doit être public !

Pauline -

(Agnès Varda - Les Orchidées)

Ce n'est pas plus papa
Que le Pape ou le roi
Le juge ou le docteur
Ou le législateur
Qui me feront la loi

Biologie n'est pas destin
Et la voix de papa ne vaut plus rien

Mon corps est à moi
Et c'est moi qui sait
Si je veux ou pas
Mettre bas

Faire en ce bas-monde
Des enfants ou pas
Être plate ou ronde
J'ai le choix

Mon corps est à moi
Mon corps est à moi

* Parmi d’autres moments de cette période, signalons :
- La parution dans le Nouvel Observateur le 5 avril 1971 du Manifeste des 343 signé par de nombreuses personnalités dont Gisèle Halimi, Agnès Varda, Simone de Beauvoir, Jeanne Moreau, Marguerite Duras, Françoise Sagan
- La loi Veil du 17 janvier 1975 sur l’interruption volontaire de grossesse. Le nom de cette loi est celui de la Ministre de la Santé d'alors, Simone Veil, (sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing). Elle remplace la loi de 1920.