Sur bon-a-tirer, il y a un tas d'auteurs, belges et pas belges. On va essayer ici d'en présenter quelques-uns succintement, c'est-à-dire le plus brièvement possible, histoire d'avoir une micro-introduction pour ceux que ces auteurs intéressent.

Thomas Gunzig (né en 1970) est le premier de notre parcours, tout simplement parce que c'est notre préféré : il est jeune, il est beau et il sent bon le sable chaud. Il se situe dans une mouvance d'écrivains floue et non définie, que certains appellent la Belgitude (sur le modèle du mot Négritude, la Belgitude est l'ensemble des caractéristiques des écrivains belges francophones). Je ne suis pas certaine qu'il cherche à revendiquer une quelconque appartenance, mais il est d'une certaine façon très belge.

Il y avait quelque chose dans le noir qu'on n'avait pas vu

Gunzig a surtout écrit des nouvelles, dont les recueils les plus connus sont "Il y avait quelque chose dans le noir qu'on n'avait pas vu" (1997) et "A part moi personne n'est mort" (1998). Les titres à rallonge ne sont pas innocents ; il y a une idée de non-style, de neutralité, de refus de la dramatisation, de l'émotion ; on a alors des titres qui disent ce qu'ils sont et sont ce qu'ils disent, c'est-à-dire rien.

A-part-moi-personne-nest-mort

Les histoires de Gunzig ne sont pas bien drôles ; des ratés, des losers, des paumés de tous poils s'y croisent, s'y entretuent et parfois y tombent amoureux avec la force et la maladresse des gens pas trop faits pour ce monde. On sent cependant une immense et indéfectible tendresse de l'auteur pour ses petits personnages en déroute, son trait le plus belge probablement : cet amour pour les antihéros, les petits riens qui peuplent les salles d'attente de la renommée littéraire, les abonnés aux seconds rôles, les chauffeurs de taxi "en attendant".