Il suffit de cliquer sur les tags pour se rendre compte que Léo Ferré (1916-1993) a souvent été cité sur ce blog –  déjà sept fois – ce qui fait probablement de lui le chanteur le plus cité ici, sans autres raisons que la loi des associations d'idées. Comme la commémoration est un sport national en France, nous l’évoquerons de nouveau à l’occasion du vingtième anniversaire de sa disparition (le 13 juillet 1993). Malgré mes presque treize ans d’alors, je me souviens de ce jour-là.

leo-ferre-l-ete-68L'été 68, album de Léo Ferré contenant C'est Extra (1969)

L’œuvre de Léo Ferré s’étale sur plus de quarante ans. Il est impossible de dire quel titre il faudrait retenir, mais on peut s’interroger sur les titres les plus populaires. Comme nous avions déjà parlé ici l’une de ses chansons les plus connues, intitulée Avec le temps, nous évoquerons un autre de ses succès « pop », intitulé C’est extra (1969), en y ajoutant une influence  et une reprise.


Mise en ligne le 2 août 2011 par 6KingOfHokuto9

(Léo Ferré)

Une robe de cuir comme un fuseau
Qu’aurait du chien sans l’faire exprès
Et dedans comme un matelot
Une fille qui tangue un air anglais
C’est extra
Un Moody Blues qui chante la nuit
Comme un satin de blanc marié
Et dans le port de cette nuit
Une fille qui tangue et vient mouiller

C’est extra c’est extra
C’est extra c’est extra

Des cheveux qui tombent comme le soir
Et d’la musique en bas des reins
Ce jazz qui jazze dans le noir
Et ce mal qui nous fait du bien
C’est extra
Ces mains qui jouent de l’arc-en-ciel
Sur la guitare de la vie
Et puis ces cris qui montent au ciel
Comme une cigarette qui brille

C’est extra c’est extra
C’est extra c’est extra

Ces bas qui tiennent haut perchés
Comme les cordes d’un violon
Et cette chair que vient troubler
L’archet qui coule ma chanson
C´est extra
Et sous le voile à peine clos
Cette touffe de noir jésus
Qui ruisselle dans son berceau
Comme un nageur qu’on n’attend plus

C’est extra c’est extra
C’est extra c’est extra

Une robe de cuir comme un oubli
Qu’aurait du chien sans l’faire exprès
Et dedans comme un matin gris
Une fille qui tangue et qui se tait
C´est extra
Les Moody Blues qui s’en balancent
Cet ampli qui n’veut plus rien dire
Et dans la musique du silence
Une fille qui tangue et vient mourir

C’est extra
C’est extra
C’est extra
C’est extra


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Une analyse d'un tel texte tiendra compte de l’abondance de quatre champs lexicaux.

Celui de la musique
un air anglais, chanter, musique, jazz, jouer, guitare, les cordes d’un violon, archet, chansons, ampli, se taire, silence

Celui d'un corps se dénudant
une robe de cuir, fille, un satin de blanc marié, cheveux, reins, mains, cris, ces bas, cette chair, troubler, le voile, touffe, mourir.

Celui de l’eau
matelot, tanguer, port, mouiller, couler, ruisseler, nageur.

Celui des contrastes entre le clair et l'obscur entre les couleurs
blanc, le soir, le noir, l’arc-en-ciel, une cigarette qui brille, un matin gris.

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Léo Ferré s’était d’abord inscrit dans une tradition plus classique de la chanson. Les arrangements, les textes, bien que personnels, ont longtemps correspondu à une conception relativement classique que l’on pouvait avoir d’une chanson "rive-gauche" (réalisme, utilisation de l’argot, thèmatique anarchiste, prédominance du texte sur la musique malgré des arrangements parfois ambitieux …).

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Léo Ferré et son arrangeur Jean-Michel Defaye (né en 1932) étaient cependant sensibles à l’air du temps. Une chanson comme Nights in White Satin (1967), des Moody Blues, pouvait avoir inspiré C’est extra à l'auteur-compositeur-interprète. C'est du moins ce que laisse supposer leur citation ("Un Moody Blues", "Un satin de blanc marié", etc.)

(Justin Hayward)

Nights in white satin,
Never reaching the end,
Letters I’ve written,
Never meaning to send.

Beauty I’d always missed
With these eyes before,
Just what the truth is
I can’t say anymore.

‘cause I love you,
Yes, I love you,
Oh, how I love you.

Gazing at people,
Some hand in hand,
Just what Im going thru
They can understand.

Some try to tell me
Thoughts they cannot defend,
Just what you want to be
You will be in the end,

And I love you,
Yes, I love you,
Oh, how I love you.
Oh, how I love you.

Nights in white satin,
Never reaching the end,
Letters I’ve written,
Never meaning to send.

Beauty I’d always missed
With these eyes before,
Just what the truth is
I can’t say anymore.

cause I love you,
Yes, I love you,
Oh, how I love you.
Oh, how I love you.


cause I love you,
Yes, I love you,
Oh, how I love you.
Oh, how I love you.

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La version suivante, filmée pour la télévision réunit CharlÉlie Couture (né en 1956) et surtout Hubert-Félix Thiéfaine (né en 1948) qui a revendiqué l’influence de Léo Ferré sur son travail. Elle nous paraît visible surtout chez Thiéfaine que nous connaissons mieux que Couture.

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Léo Ferré et Hubert-Félix Thiéfaine
Image trouvée ici assortie d'une citation de Ferré parlant de Thiéfaine

Ce type de programme offre des inteprétations « collector » souvent frelatées, jouant sur l’opportunisme et la promotion.

Toutefois, le cas de cette émission (Taratata, arrêtée récemment après près de vingt ans de diffusion) est plus spécial puisqu’elle a pu diffuser des moments de partage sincères comme celui-ci, qui date du 21 avril 1995.