La chanson de Philippe Katerine nous a donné envie de faire une série autour de l’expression assez vulgaire « mon cul » que l’on retrouve relativement souvent dans la culture populaire française.

jeanne aubert

Magnifique chanson de Jeanne Aubert (1900–1988) qui joue avec l’expression « Mon cul sur la commode », expression déjà ancienne.

L’habitude existait jadis d’ajouter un couplet patriotique à certaine chanson. Dans les derniers temps de cette habitude (vers les années 30, me semble-t-il) elle était évidemment parodique.


Publié le 30 avril 2012 par LIRIC13NPM

 (Rip – Willemetz – Simons)

Certains se collent des pagnes
L´été pour prendre des bains,
D´autres vont à la montagne
Avec des tas d´bambins
Pour s´offrir des bains d´siège
D´autres vont se faire blanchir
Le derrière dans la neige
Histoire de s´rafraîchir

Pour éviter les frais,
Tout en suivant la mode,
Chez moi je prends le frais,
Le cul sur la commode
Pour éviter les frais,
Tout en suivant la mode,
Chez moi je prends le frais,
Le cul sur la commode
Le cul sur la commode

Les ceusses qui s´enquiquinent
Le soir après l´dîner
Se payent une mezzanine
Et s´en vont au ciné
Toute la soirée ils restent
Assis à digérer
Des navets indigestes
En salle réfrigérée

Refrain

Pour tenter la fortune
Des gens ivres d´orgueil
S´en vont risquer leurs thunes
Chaque dimanche à Auteuil
Dans des cars ils s´entassent
Ecrasés à demi
Puis ayant bu la tasse
Radinent sans un radis

Refrain

Couplet patriotique :
Ma commode est française
C´est du "moderne ancien"
Les tiroirs sont Louis XVI
Les pieds républicains
Elle fit les barricades
Elle ne tient plus très bien
Mais bien qu´elle soit malade
Elle m´est sacrée j´y tiens!

Et si un jour on vient
M´la prendre, comme c´est la mode,
Je défendrai mon bien
Le cul sur la commode
Et si un jour on vient
M´la prendre, comme c´est la mode,
Je défendrai mon bien
Le cul sur la commode
Le cul sur la commode.

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Delfeil de Ton (né en 1934), ancien rédacteur pour Hara Kiri, toujours rédacteur au Nouvel-Observateur, est l’auteur d’un livre écrit en 1975 et publié en mars 2013.

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Le livre, qui porte le même titre que la chanson, avait d’abord été conçu comme une parodie d’Histoire d’O, de Pauline Réage, un roman érotique qui a fait parler de lui longtemps après sa parution en 1954.

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Pour le plaisir, nous reprenons l'extrait diffusé sur le site de l’éditeur Wombat. L’on s’y référera pour plus de détails. Ce paragraphe, une longue phrase, donne le vertige. On a mis en gras les noms des personnages et le désir.

“ Sir Stephen avait dit à Ophélie : « Soyez prête à deux heures, la voiture viendra vous chercher. » Quand Sir Stephen parlait à Ophélie sur le ton qu’il venait d’employer, Ophélie savait que Sir Stephen allait vouloir d’elle quelque chose à laquelle il attachait de l’importance et elle sentait, alors, comme elle était heureuse que son appartenance à Sir Stephen pût lui donner l’occasion de se soumettre aux désirs de Sir Stephen, puisque les désirs de Sir Stephen étaient de la soumettre à son désir qui était de désirer toujours des désirs qui lui feraient désirer de toujours désirer d’elle davantage, donc de la désirer, elle, Ophélie, et elle était reconnaissante à Sir Stephen de la trouver désirable parce que si Sir Stephen cessait de la trouver désirable, sûrement qu’il cesserait de la désirer et de vouloir désirer d’elle des désirs qui lui montraient, à elle, que d’elle on pouvait tout désirer, tout, c’est-à-dire tout ce que pouvait désirer Sir Stephen, et elle désirait les désirs de Sir Stephen, et si Sir Stephen cessait de la trouver désirable, sûr qu’elle n’aurait plus rien à désirer, que le désir de Sir Stephen, mais par hypothèse il n’y aurait plus de désir de Sir Stephen et donc Ophélie serait bien malheureuse, et c’était ce qu’il fallait démontrer, et c’était ce qu’il fallait éviter, CQFD, et c’est pourquoi Ophélie était prête à une heure, quand Sir Stephen lui avait dit d’être prête pour deux heures, et elle attendait, sagement, que la voiture vînt la chercher, assise sur une chaise de la cuisine, après avoir relevé sa robe en s’asseyant, de manière que ses cuisses et ses fesses nues avaient été saisies au contact du froid du revêtement en formica, et elle avait les genoux écartés, et ses lèvres étaient ouvertes, comme Sir Stephen l’exigeait d’elle, en sa présence ou en la présence d’autres hommes, mais elle se tenait ouverte, ainsi, même lorsqu’elle était seule, et elle était heureuse, ne disant pas à Sir Stephen qu’elle faisait cela, d’offrir ce secret à Sir Stephen. Elle se mettait dans la cuisine, en attendant le coup de sonnette du chauffeur de Sir Stephen, parce qu’ainsi elle entendait plus tôt ce coup de sonnette, puisque la sonnerie était dans la cuisine et, qu’étant assise sous la sonnerie, Ophélie gagnait le temps que mettait le timbre de la sonnerie à se propager dans l’appartement, quelques millièmes de seconde, sans doute, mais ces quelques millièmes de seconde la rapprochaient de la soumission aux désirs de Sir Stephen. ”

Delfeil de Ton, Mon cul sur la commode, Wombat, 2013