Aujourd’hui, c’est le 22 septembre. Comme Georges Brassens (1921-1981), on devrait avoir toutes les raisons de « s’en foutre ».

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Pourtant, on va s’y intéresser, ne serait-ce que pour ajouter celle-ci à notre collection de chansons d’automne (après celles de Verlaine et Gainsbourg).

Puis nous inscrirons cette chanson dans une perspective intertextuelle (et pourquoi pas !) avec une chanson de Jacques Prévert et une autre de Mano Solo.

Voici en tout cas la chanson de Brassens.


Mise en ligne le 22 septembre 2008 par kiokioyt

(Georges Brassens)

Un vingt-deux de septembre au diable vous partites,
Et, depuis, chaque année, à la date susdite,
Je mouillais mon mouchoir
En souvenir de vous...
Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre,
Plus une seule larme à me mettre aux paupières:
Le vingt-deux de septembre,
Aujourd'hui, je m'en fous.

On ne reverra plus au temps des feuilles mortes,
Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte
Le deuil de chaque feuille
En souvenir de vous...
Que le brave Prévert et ses escargots veuillent
Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles:
Le vingt-deux de septembre,
Aujourd'hui, je m'en fous.

Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d'ailes,
Je montais jusqu'au ciel pour suivre l'hirondelle
Et me rompais les os
En souvenir de vous...
Le complexe d'Icare à présent m'abandonne,
L'hirondelle en partant ne fera plus l'automne :
Le vingt-deux de septembre,
Aujourd'hui, je m'en fous.

Pieusement noué d'un bout de vos dentelles,
J'avais, sur ma fenêtre, un bouquet d'immortelles
Que j'arrosais de pleurs
En souvenir de vous...
Je m'en vais les offrir au premier mort qui passe,
Les regrets éternels à présent me dépassent:
Le vingt-deux de septembre,
Aujourd'hui, je m'en fous.

Désormais, le petit bout de cœur qui me reste
Ne traversera plus l'équinoxe funeste
En battant la breloque
En souvenir de vous...
Il a craché sa flamme et ses cendres s'éteignent,
À peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes:
Le vingt-deux de septembre,
Aujourd'hui, je m'en fous.

Et c'est triste de n'être plus triste sans vous

 

On pourra se référer à Analyse Brassens, le site d’analyse des chansons de Brassens pour plus de détails.

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Dans sa chanson Brassens écrit :

Que le brave Prévert et ses escargots veuillent
Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles

Il s'agit d'une référence au poème de Jacques Prévert (1900-1977) intitulé Chanson des escargots qui vont à l’enterrement d’une feuille morte (j’ai dû l’apprendre en CE1), ici interprété par les Frères Jacques (1946-1982) en 1949.

frères jacques prévert

La chanson est coupée mais la vidéo est magnifique. Le film est de Maximé Hélier, Marion Chopin et Sophie Loubière.


Deux escargots s'en vont... from Maxime Hélier on Vimeo.

 (Jacques Prévert – Joseph Kosma)

À l'enterrement d'une feuille morte
Deux escargots s'en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s'en vont dans le soir
Un très beau soir d'automne
Hélas quand ils arrivent
C'est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voila le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le cœur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L'autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C'est moi qui vous le dit
Ça noircit le blanc de l’œil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C'est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent a chanter
À chanter à tue-tête
La vraie chanson vivante
La chanson de l'été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C'est un très joli soir
Un joli soir d'été
Et les deux escargots
S'en retournent chez eux
Ils s'en vont très émus
Ils s'en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un petit peu
Mais la haut dans le ciel
La lune veille sur eux.

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Dans une chanson d'un style différent, Mano Solo (1963-2010) reprend l'une des thématiques de la chanson de Brassens.

dehors mano solo

Du 22 septembre, Là-bas reprend aussi un vers qu’on ne soulignera pas.


Mise en ligne le 17 octobre 2011 par Marine Urbain

(Mano Solo)

J'ai laissé là-bas dans les remous d'une hélice le dégoût et la haine
Et j'ai laissé là-bas le facile d'être triste en pensant à toi

Comme il est loin le temps des regrets ardents
Balayé par l'ennui des souvenirs que l'on fuit

Et j'ai laissé là-bas mes habits de larmes couleur de drame pendu à ton charme
Et j'ai laissé là-bas les chaînes et le boulet et l'attente qui jamais n'en finissait

Comme il est loin le temps des regrets ardents
Balayé par l'ennui des souvenirs que l'on fuit

Que de temps passé que de vains mots chargés balancés sans viser
Que de rafales attentistes et d'espoirs revendiqués
Pour se retrouver vidé de cet amour solitaire que je n'ai pas voulu faire taire
Cette tempête de silence qui m'insufflait mille brillance
Il me suffisait de plonger dans mon cœur
Une main avide de magnifiques douleurs
Pour fournir ma boucherie d'une viande si tendre
Qu'au souvenir de ton icône j'en faisais l'offrande
J'en ai laissé des cris des pleurs sur ton répondeur
Peine perdue mais pas pour moi qui l'aurais pourtant vraiment voulu

Et j'ai laissé là-bas les couteaux dans leur plaie
Et les trous béants qui crachaient du vent brûlant
Et j'ai laissé là-bas ma peine à jamais

Même s'il est triste de ne plus être triste en pensant à toi

Comme il est loin le temps des regrets ardents
Balayé par l'ennui des souvenirs que l'on fuit