Le samedi 26 octobre aura lieu au Srpsko Narodno Pozorište de Novi Sad la première d'une série de représentations de Au pays des... de Sylvain Levey (né en 1973) par Le Théâtre du Rictus basé à Sainte-Luce-sur-Loire (44). On les verra aussi à Sombor, Subotica, Zrenjanin et Belgrade.

Le spectacle sera en français sous-titré.

Concernant les tarifs, on m'informe :
- qu'à Novi Sad le prix d'une place standard est de 600 dinars,
- que les étudiants et les retraités ont droit à un tarif réduit à 50% ainsi que les groupes de vingt personnes,
- qu'en outre, les groupes de 20 personnes bénéficient de deux places gratuites (ce qui devrait porter le prix de l'entrée pour le groupe à 5400 dinars au lieu de 12000 dinars).

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L’auteur d’Au Pays des… est donc Sylvain Levey (né en 1973).

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En 2011, à l’occasion des dix ans de la collection jeunesse des éditions Théâtrales, l’auteur répond à trois questions simples.

Sylvain Levey à 10 ans (en 1983)

Sylvain Levey il y a 10 ans (en 2001)

Sylvain Levey dans 10 ans (en 2021)

 
Entretien avec Sylvain Levey from Sophie Goudjil on Vimeo.

Transcription

Sylvain Levey à 10 ans…

À dix ans, je n’avais pas encore redoublé.

J’ai un souvenir en CM2 (à 10 ans), c’est que j’étais toujours collé le soir. Pas parce que j’étais turbulent. C’est juste que j’étais tête-en-l’air et j’oubliais toujours tout.

Je tapais dans un ballon du matin au soir, le mercredi, le samedi, le dimanche, parce que je suis d’une famille de footballers, voilà… et du coup je passais mon temps avec un ballon, en fait.

J’écoutais Jean Ferrat [1930-2010]. J’adorais Jean Ferrat, avec une chanson qui s’appelait Oural Ouralou qui racontait la mort de son chien. Alors moi qui ne suis pas du tout animaux, pas d’animaux de compagnie, tout ça… Mais je ne sais pas, cette chanson me faisait pleurer.

J’ai beaucoup aimé m’ennuyer. Je me suis beaucoup ennuyé quand j’étais gamin et encore beaucoup maintenant, d’ailleurs… Et voilà, j’aimais bien ces moments-là, d’ennui.

Sylvain Levey il y a dix ans…

Il y a dix ans, je dirigeais un théâtre à Rennes (35) qui s’appelle le théâtre du Cercle.

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Je faisais des ateliers dans une maternelle. À l’époque je n’avais pas d’enfants et pour moi, c’était un grand mystère. J’avais une vie un peu dissolue en plus. Donc c’était le matin à neuf heures, je n’étais pas super réveillé parce que je m’étais couché tard, et j’arrive devant cette ribambelle de gamins qu’ont cinq ans.

Et puis dans un coin il y a une petite fille qui s’appelle Juliette et qui fait la tête.

Je lui dis : « Ben qu’est-ce qui se passe ? »

Puis elle me dit : « Ben voilà hier c’était mon anniversaire et je voulais des rollerblades, des patins à roulette. Et je voulais… » Je ne sais plus quoi, je me rappelle plus…

Et je commence à lui dire : « Eh ben tiens, on va improviser. »

Je dis : « Ben qui veut faire le papa, la maman, qui va… voilà, vous offrez le cadeau, et Juliette, elle est pas contente… »

La situation de départ. Alors ils commencent à faire un truc.

Je dis : « Ben tiens, pour demain, je vais vous écrire des petits bouts de texte et puis on les apprendra phonétiquement. »

À partir de ce que eux disaient, j’écrivais.

Et en fait est née cette chose-là : le lendemain, j’ai ramené un petit bout de texte de 5 répliques, et puis 10 l’après-lendemain, et puis 12 répliques, puis 15 répliques, ça donnait un petit texte de 25 répliques qui durait 4 minutes, quoi.

Et puis j’aimais bien, je trouvais ça rigolo d’entendre les mots, tout ça. Du coup je travaillais sur la langue, sur des petits trucs de rime…

Ça s’appelait Juliette veut des patins à roulettes, bon, pour les petits, ça plaît toujours, les rimes.

Sachant que je n’avais jamais écrit de ma vie, vraiment, ce n’était pas un truc du tout… je n’avais pas de journal intime, j’ai jamais écrit de poésie, enfin voilà.

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Catherine Hiegel lisant
Ô ciel la procréation est plus aisée que l’éducation de Sylvain Levey
(Photo trouvée ici)

Et puis donc, de quinze répliques, c’est passé à trente, quarante, et puis un an et demi après, tout ça a été très vite, c’était lu par Catherine Hiegel [née en 1946] à la Comédie Française, sur France Culture, [en 2005] enfin, c’est un truc un peu de fou, en fait…

Après j’ai écrit Ouasmok et je l’ai envoyé à Théâtrales parce que un peu j’aimais bien … Parce que j’ai commencé le théâtre amateur avec Minyana, Azama, Noëlle Renaude, tous ces gens-là, Denise Bonal, et instinctivement, je me suis dit, c’est cette maison d’édition. [Les liens renvoient aux fiches de ces auteurs sur le site de Théâtrales.]

…Sylvain Levey dans dix ans…

Me mettre à dix ans en avenir, c’est très compliqué. Mais vraiment la chose dont je suis sûr, je ne sais pas ce que je ferai, je voudrais être écrivain toute ma vie. Mais je ne veux pas tricher avec ça. C’est-à-dire que je préfèrerais faire autre chose [que tricher], ben voilà, j’aurais bien vécu. Là ça fait…, ça fait dix ans que je fais ce métier, puisque j’ai vraiment commencé à écrire au début de la collection jeunesse.

Tant qu’il y a du sens, tant que j’ai des choses à dire et tant que les gens m’invitent pour le présent et pas pour le passé, je continuerai, et j’espère continuer très longtemps, mais qu’après voilà je sais pas, je ferais autre chose…

Il y a des trucs, des fois j’aimerais bien m’investir dans le politique, mais pas au niveau … peut-être plus, je ne sais pas, faire maire d’une petite ville ou d’un tout petit village, mais en tout cas imprimer ma petite vision des choses sur une petite communauté…

Je trouve qu’un livre, c’est mettre une empreinte sur le monde. Et être maire, si on le prend dans ce sens-là, c’est aussi développer quelque chose pour un ensemble de gens, et essayer de trouver un vivre-ensemble, etc.

Mais voilà mais dans dix ans je pense que … je pense que je serai encore écrivain quand même. Il y a des chances parce que j’ai envie de continuer à questionner ça.

« C’est en vain que tu résistes, se dit-elle, ce jeune homme je l’ai vu tout récemment pour la première fois. D’où vient que je crains pour sa vie si ce n’est l’amour. Je le forcerai à prendre les dieux à temoin de notre amour. Mais si un jour il est capable de me préférer conte, qu’il périsse, l’ingrat. »

16 septembre 2011

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Bibliographie mentionnée

- Ouasmok, Théâtrales//Jeunesses, 2004
- Ô ciel la procréation est plus aisée que l’éducation, Théâtrales//Jeunesses, 2005

Pour une autre "auto-présentation de Sylvain Levey", on lira celle publiée en janvier 2013 sur BAT (Le Billet des Auteurs de Théâtre), une revue en ligne.

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Le répertoire de Jean Ferrat parle essentiellement d’engagement politique et d’amour (il a mis en musique des textes de Louis Aragon).

index

Dans cette chanson de 1980 que Sylvain Levey associe à l'époque de ses dix ans, le chanteur parle de son chien qui lui manque. Je ne la connaissais pas.


Ajoutée le 31 janvier 2009 par bellecourse

 (Jean Ferrat - arr. Alain Goraguer)

C'est dans l'aube chère à Verlaine
Que tu courais notre domaine
Humant l'air des quatre saisons
Odeurs de thym et de bruyère
Sous tes pattes fraîches légères
S'élevaient comme une oraison
Berger des landes familières
Tu vivais digne et solitaire
Animal doué de raison
J'écris ce jour anniversaire
Où tu reposes sous la terre
À deux pas de notre maison

Hourrah oural ouralou
Oural ouralou
Hourrah oural ouralou
Oural ouralou

On voit souvent des souveraines
À la place des rois qui règnent
Rien qu'en posant leurs yeux dessus
Il faut se méfier du paraître
De nous deux qui était le maître
Nous ne l'avons jamais bien su
Tu vécus la vie parisienne
La nuit sur les quais de la Seine
Les music-halls et les tournées
Et cette vie qui fut la mienne
Il me semble que tu l'entraînes
À la semelle de tes souliers

Hourrah oural ouralou
Oural ouralou
Hourrah oural ouralou
Oural ouralou

Jour après jour il faut l'admettre
Voir ceux qu'on aime disparaître
C'est ce qui fait vieillir trop tôt
Au paradis des chiens peut-être
Ton long museau à la fenêtre
Tu nous accueilleras bientôt
Au triple galop caracole
Je vois tes pattes qui s'envolent
Chevauchant l'herbe et les nuées
Le vent siffle dans ton pelage
Vole vole mon loup sauvage
Comme au temps des vertes années

Hourrah oural ouralou
Oural ouralou
Hourrah oural ouralou
Oural ouralou

Spectacle à suivre