On m'a fait parvenir cette interview très récente de Novak Đoković (elle date d'hier, vendredi 25 octobre 2013). Je la partage d'une part pour le plaisir que j'ai eu à l'entendre parler français et d'autre part pour souligner une plaisanterie de l'animateur.

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Novak Đoković au grand Journal le 25/10/2013

D'abord, rappelons le principe de l'émission. Il s'agit d'un talk show assez classique. Quelques invités autour d'une table répondent les uns après les autres aux question de l'animateur (Antoine de Caunes) et des chroniqueurs qui l'accompagnent (ici Jean-Michel Aphatie – prononcer Apati – et Augustin Trappenard).

Depuis la rentrée de cette 10ème saison, l'équipe du Grand Journal a pris l'habitude de mettre en scène des entretiens qui se passent mal avec la collaboration des invités concernés. En essayant de faire semblant de mettre l'invité mal à l'aise (avec sa complicité), cette émission risque des "bides". En effet, on y tente des plaisanteries qui ne fonctionnent pas toujours.

La séquence suivante fonctionne surtout grâce à la bonne humeur de l'invité ; cependant, nous avons cru repérer une tentative de blague discrète :

Novak Đoković décide de faire cet entretien en français avec quelques difficultés. L'animateur accepte et commence directement à lui poser des questions dans un langage argotique. Cette séquence était-elle préparée ? Quoique il en soit, en quelques questions, Antoine de Caunes accumule des expressions que j’ai eu envie d’expliciter ici avec les liens habituels vers des explications dans la transcription ci-dessous.

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Transcription

Introduction

Antoine Decaunes – Celui que ses fans surnomment affectueusement "Nole" ou le "Joker", merci de faire une ovation au numéro deux mondial Novak Djoković.

[Ovation.]

[Salutation]

Decaunes – Novak Đoković, bonsoir.
Novak Đoković – Bonsoir.

Interview en français

Decaunes – Merci d'avoir accepté de faire un passage sur le plateau du grand journal. Le tournoi de Bercy commence lundi, vous avez participé au tirage au sort du tableau cet après-midi. Vous êtes content ?
Đoković – Oui je suis content. J'essaie aujourd'hui de parler en français, ça ne vous dérange pas ?
Decaunes – Ah non, au contraire !
Đoković – Parce que j'ai été ici au Grand journal, l'an dernier, je pense que je suis un peu plus capable...
Augustin Trappenard – Vous aviez parlé en français, oui c'est vrai.
Đoković – ... unpeu plus de paroles en français...
Decaunes – On le fait en français. C'est-à-dire que vous allez tous leur mettre une raclée ?
Đoković – Oui je suis content.
Decaunes – Une volée ?
Đoković – C'est quelque chose que je ne peux pas influencer. Comment dire... Et j'essaie de me concentrer pour ma première partie et c'est tous les jours une joie d'être ici à Paris. C'est une ville très belle, merveilleuse, et j'adore jouer à Bercy.
Decaunes – L'homme à abattre, c'est Nadal. Je crois que vous avez apprécié moyen qu'il vous rafle votre place de numéro un au début du mois.
Đoković – C'est normal, il méritait d'être maintenant numéro un mondial, mais j'ai une petite chance de finir numéro un mondial après trois semaines et j'espère...
Decaunes – Quand vous dites que c'est le meilleur joueur de l'année, c'est fair-play ou c'est totalement faux-cul ?
Đoković – Non non non, je pense vraiment qu'il le méritait parce qu'il est revenu après sept mois sans jouer au tennis, il a perdu cinq parties de toute l'année, vainqueur de l'US open, vainqueur de roland garros, donc...

Joueurs français

Jean-Michel Aphatie – Nous on a envie qu'un français gagne. Tsonga, il y a...
Trappenard – Il y a Gasquet...
Aphatie – Gasquet, Monfils, je ne sais pas, d'ailleurs, s'ils sont tous au tournoi aujourd'hui, j'ai pas bien révisé les fiches...
Đoković – Vous parlez pour Bercy ?
Aphatie – Oui...

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De gauche à droite : Jo-Wilfried Tsonga (né en 1985), Gaël Monfils (né en 1986) et Richard Gasquet (né en 1986)

Decaunes – Tsonga, Gasquet, tout ça, ils vous font peur ? Non. Je déconne...
Đoković – Tous les joueurs français, c'est toujours difficile de jouer contre les Français à Paris... donc on va voir...

Nutrition

Decaunes – J'ai lu que vous aviez un petit secret pour être au top, c'est de ne pas manger de gluten... C'est vrai, ça ?
Đoković – Oui, c'est vrai.
Decaunes – C'est-à-dire que si moi j'arrête de manger du gluten, je peux battre Jean-Michel au ping-pong ?
Aphatie – C'est pas sûr.
Đoković – Non vous êtes en très bonne forme, vous êtes...
Aphatie – [ironique] Oui, lui, il est en forme, oui... oui, oui.
Decaunes – Vous aussi Jean-Michel.
Aphatie – Moi aussi. Donc, vous allez pas gagner.
Decaunes – Non.
Aphatie – Non.
Decaunes – L'année dernière, vous aviez ...
Đoković – Quel sport vous faites ?
Decaunes – Je fais du vélo, moi.
Đoković – Ah. Oui.
Decaunes – Du vélo.
Đoković – [acquiesçant] OK... Très bien... [Rires du public] Non, c'est un sport...
Decaunes – Évidemment, c'est un sport.
Đoković – Le Tour de France ?
Decaunes – Comment ?
Đoković – Le Tour de France ?
Decaunes – Non, je ne fais pas le Tour de France... Je fais du vélo... Si vous voulez, on peut faire un tour, tous les deux...
Đoković – OK. Pas de problème. Je suis... Je joue au tennis tous les jours, mais je pourrais...
Decaunes – D'accord, OK, on va prendre rendez-vous juste après l'émission.

Déguisement

Decaunes – L'année dernière vous avez fait votre entrée sur le terrain du tournoi de Bercy avec un masque de Dark Vador [nom de Darth Vader dans les versions françaises], cette année, vous avez prévu quelque chose ?
Đoković – C'est une surprise, on va voir parce que je n'ai pas préparé quelque chose pour cette année, mais c'est une petite tradition que je fais ici à Bercy.
Aphatie – Pourquoi vous faites ça ?
Đoković – Parce que cette période ici, nous avons... Halloween, comment vous dites ?
Aphatie – Halloween, d'accord...
Đoković – Donc c'est pour ça...
Aphatie – Et l'année dernière, ça s'était pas bien passé votre tournoi ici, pourquoi ? Vous avez été éliminé au deuxième tour.
Đoković – Parce que j'avais ce masque ! Vous pensez bien ! J'ai perdu maintenant !
Decaunes – Ah oui, vous ne voyiez pas le terrain.

Pierre, le chien de Novak

Trappenard – Moi je veux des nouvelles de votre chien. Vous avez un chien.
Decaunes – De Pierre ?
Đoković – Ah oui, j'ai un chien.
Trappenard – Il va bien ?
Đoković – Oui. Pierre ! Un nom français.
Decaunes – Oui. Normalement, c'est un nom d'être humain, c'est pas un nom de chien.
Đoković – Voilà.
Decaunes – Oui, c'est un gros chien. Il va bien ?
Đoković – Oui, il voyage avec moi, ma fiancé, donc, c'est très bien...
Decaunes – Et vous allez vous marier d'ici un petit mois, je sais tout... je sais tout sur vous...

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Edit (27/10/2013) - La version complète de l'interview comporte une question supplémentaire particulièrement douloureuse (un jeu de mot avec "balles perdues", une référence aux guerres des années 90). Quoique l'on pense de cet humour, il ne faut pas s'en offusquer car les questions indélicates de de Caunes correspondent à un cahier des charges précis qui consiste à mettre les pieds dans le plat de manière systématique. Cette mise en scène du malaise comprenait à mon avis la réaction du public de plateau. Cette réaction hostile à l'animateur montre un public si étonnamment attentif et bienveillant que ce détail me paraît aussi préparé que les autres.

Si c'est le cas, malgré la maladresse des codes télévisuels pas toujours maîtrisés, l'intention est peut-être louable (la mise en scène du salaud des médias - de Caunes - et celle de la bienveillance du public envers la personnalité populaire).

On se fera une idée, la question et la réaction se situent vers 15'20.

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La première fois que j'ai vu Novak Đoković dans un média français, c'était dans une vidéo de France 3 datant du 28 mai 2007. La voici.


Mise en ligne le 20 mars 2010 par lanumquamsemiliber

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Cette note est dédiée à Nataša qui m'a fait découvrir cette interview
et à Svetlana qui connaît bien mieux le monde du tennis que moi.