Dans l’Ascension du Haut-Mal, David B. revisite sa propre histoire et celle de sa famille. Certaines cases de cette œuvre permettront d'évoquer des éléments de littérature, de géographie, de musique, d'histoire, voire d'ésotérisme.

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Le 11 novembre prochain qui commémore la fin de la première guerre mondiale nous amène à évoquer une période qui a touché toutes les familles françaises, y compris celle de David B..

Ces images sont extraites de la planche 46 du volume 2.

l'ascension du haut mal 2 46 ils l'ont tué

Chateaumeillant (18) est une commune de 2000 habitants qui se trouve dans le Centre de la France.

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L'assassinat de Jean Jaurès (1859-1914) a eu lieu le 31 juillet 1914. Il a contribué à précipiter l'entrée de la France dans a première guerre mondiale.

Cet assassinat a eu un retentissement énorme en France, notamment pour ceux qui espéraient encore que la première guerre mondiale pût être évitée. Le choc fut grand aussi pour les socialistes. En effet, Jean Jaurès fut le premier président du Parti Socialiste français.

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L'image ci-dessous est la pochette d'un recueil d'archives sonores consacrées à la Première Guerre Mondiale. Il est disponible à la médiathèque de Belgrade sous cette référence (un peu mal fichue). On trouvera sur le site de Fémeaux et Associés une présentation de ce triple CD.

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Tout le CD3 est consacré à des témoignages. C'est le résultat d'un travail de recherche mené par les élèves d'un collège en 1972.

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Le premier de ces témoignages est celui de Raymond Ledot. En 1914, il était garçon au café du Croissant qui existe encore aujourd'hui dans le deuxième arrondissement. Il a servi à la fois Villain, l’assassin, et Jaurès, la victime, à la veille de la mobilisation générale.

Question n°1

Qu'est-ce qu'il faisait, Jaurès, comme métier ?

Eh bien c'était un journaliste, et puis il était député. C'était l'ami des ouvriers. Il était contre l'injustice, il a tout fait pour empêcher la guerre de 14, il est allé en Allemagne, et quand il est revenu le 31 juillet, il venait d'avoir un entretien avec les Allemands, les socialistes allemands, ils n'ont pas accepté ce qu'il proposait, il venait de tenir une réunion avec tous les collaborateurs de l'Humanité, et puis le Bonnet Rouge qui était là, il leur a dit « Y a rien à faire, c’est la guerre imminente. » Il a été tué tout de suite après.

L’Humanité (fondé en 1904) et le Bonnet rouge (1913-1922) étaient deux journaux de gauche.
Le premier a d'ailleurs été fondé par Jean Jaurès et paraît toujours. On peut feuilleter le numéro paru le lendemain de l'attentat ici.

Question n°2

Qui est-ce qui l’a tué ?

C’est VillainVillain. J’ai servi Villain. C’est-à-dire : je vois un homme entrer dans le café, il s’asseoit à droite de la porte et il me demande un demi. Alors je lui apporte un demi de bière. Et il me demande : « c’est Jaurès qui est là ? » Jaurès était à gauche de la porte. « Oui, c’est Jaurès. » Et puis je suis reparti. Et puis tout d’un coup Jaurès m’appelle. Il me dit « Raymond, donne moi une pêche, une pêche au kirsch. » Alors je reviens au guichet. Je prends ma pêche et au moment où je lui porte, j’étais peut-être à deux mètres de lui, je vois le rideau s’écarter, et une main avec un revolver sur la tempe de Jaurès. Et j’ai entendu deux coups de feu. La première balle était tombée sur la table, et puis sur la banquette. Et l’autre balle est allée dans la glace, entre Compère-Morel ou Renaudel, je ne sais plus. Et puis on a crié : « Silence ! » On croyait qu’il allait parler encore, il bougeait encore. Mais il était mort quoi…

Raoul Villain (1885-1936), l’auteur de cet assassinat, a été acquitté le 29 mars 1919.
Adéodat Compère-Morel (1872-1941) a eu une longue carrière politique à gauche. Il a été membre de la SFIO, l’ancêtre du PS actuel.
Pierre Renaudel (1871-1935), proche de Jaurès, lui a succédé à la direction de l’Humanité. Il fut lui aussi membre de la SFIO.

Question n°3

Et vous étiez témoin, en face lui, quoi...

En face de lui, j’étais ici… Moi j’ai eu peur, hein. Et tout le monde a eu peur puisque les tables se retournaient dans le café partout. On croyait que c’était une bombe. On l’a étendu sur une table, à côté. Et puis on a essayé de le ranimer, mais il n’y avait rien à faire, il était mort. Tout le monde était autour. Sur la table il était toujours souriant. Et puis il avait la petite trace de veine, un petit trou de rien du tout. Même pas de sang, rien du tout. Tout le monde le saluait, l’embrassait. Et il est resté étendu pendant au moins… près d’une heure. Alors quand on a appris la l’assassinat, naturellement il y a eu un mouvement de foule. Alors la Garde Républicaine est venue à cheval. Et puis après il est arrivé, là, un capitaine qui venait le saluer puis l’embrasser, et puis au bout d’une heure l’ambulance est venue. Et quand on a sorti le corps de Jaurès, ce capitaine s’est mis à la porte puis il a crié : « Saluez ! » Alors tout le monde a crié : « Vive Jaurès ! »...

Nous avions rencontré la Garde Républicaine dans un autre billet.
Ici, nous apprenons que cette division de la Gendarmerie Nationale doit assurer des missions de sécurité au profit des plus hautes autorités de l'Etat.

 

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edit - Nous découvrons cette série de reportages imaginaires dans la forme et véridiques dans le fond consacrés à la première guerre mondiale. Les commentaires qui suivent éclairent l'évènement.