Dans l’Ascension du Haut-Mal, David B. revisite sa propre histoire et celle de sa famille. Certaines cases de cette œuvre permettront d'évoquer des éléments de littérature, de géographie, de musique, d'histoire, voire d'ésotérisme.

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Le 11 novembre prochain qui commémore la fin de la première guerre mondiale nous amène à évoquer une période qui a touché toutes les familles françaises, y compris celle de David B..

Comme hier, ces images sont extraites de la planche 27 du volume 1.

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Pour le moment je suis en bonne santé. J'espère que Gabriel est de même. Je ne l'ai pas vu depuis quinze jours. Henri Lacaisse, qui reste je crois sur la route du Chatelet [18], a té tué à 20 mètres de moi par une balle le 18 novembre c'est-à-dire avant hier...

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... C'est malheureux comme nous ne sommes pas nombreux de Chateaumeillant [18] et mon tour viendra bientôt. Aussi, que c'est triste,ma jeune cousine. J'en suis malade, de cette guerre.

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Par leur contenu, les lettres sont généralement des documents historiques irremplaçables pour avoir une idée de la vie quotidienne à une époque donnée.

Les lettres de soldats sont des documents exceptionnels qui permettent de donner des renseignements non seulement sur la vie quotidienne mais aussi sur des faits historiques (les mouvements des troupes, les évènements militaires...) et la façon dont ils ont été vécus.

Si pour les historiens, elles constituent une source d'information, pour les non-spécialistes elles peuvent provoquer une empathie bouleversante. Malgré ses maladresses, une lettre comme celle reproduite ci-dessus oblige à se mettre à la place de leurs auteurs.

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L'album de David B. date de 1997. En 1998, Jean-Pierre Guéno (né en 1955) a dirigé l'édition de Paroles de Poilus, un recueil de lettres de la grande guerre.

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Elles ont d'abord été publiées en beau livre chez Flammarion/France Bleu. Ensuite est venue l'édition de poche par Librio et France Bleu. Elles sont régulièrement rééditées et étudiées à l'école.

(France Bleu organised'ailleurs une opération promotionnelle afin de gagner quelques exemplaires d'un nouvel ouvrage de Jean-Pierre Guéno consacré aux Poilus.)

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Je reproduis quelques extraits trouvés ici.

2 novembre 1914

Mes hommes trouvent mille petits moyens ingénieux pour se distraire ; actuellement, la fabrication de bagues en aluminium fait fureur : ils les taillent dans des fusées d’obus, les Boches fournissant ainsi la matière première « à l’œil » ! Certains sont devenus très habiles et je porte moi-même une jolie bague parfaitement ciselée et gravée par un légionnaire.

Marcel Planquette

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1915

Je ne sais pas si je pourrais dormir dans un lit à présent, on est habitué à coucher par terre ou sur la paille quand on peut en trouver. Il y a bien deux mois que je ne me suis pas déshabillé, et j’ai enlevé mes souliers cette nuit pour dormir ; il y avait au moins quinze jours que je ne les avais pas quittés.

Je vais te donner quelques détails comment nous avons passé la nuit dans la tranchée. Celle que nous avons occupée a une longueur de cent mètres à peu près, construite à la lisière d’un petit bois (...) ; elle est profonde d’un mètre, la terre rejetée en avant, ce qui fait que l’on peut passer debout sans être vu. La largeur est généralement de quinze centimètres et l’on faitde place en place des endroits un peu plus larges de façon à pouvoir se croiser quand on se rencontre. Dans le fond de la tranchée et sous le terrain, on creuse de petites caves où un homme peut tenir couché, c’est pour se garantir des éclats d’obus.

Adolphe Wegel

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4 décembre 1914

Ma bien chère Lucie,

Quand cette lettre te parviendra, je serai mort fusillé.

Voici pourquoi :

Le 27 novembre, vers 5 heures du soir, après un violent bombardement de deux heures, dans une tranchée de première ligne, alors que nous finissions la soupe, des Allemands se sont amenés dans la tranchée, m’ont fait prisonnier avec deux autres camarades. J’ai profité d’un moment de bousculade pour m’échapper des mains des Allemands. J’ai suivi mes camarades, et ensuite, j’ai été accusé d’abandon de poste en présence de l’ennemi.

Nous sommes passés vingt-quatre hier soir au Conseil de Guerre. Six ont été condamnés à mort dont moi. Je ne suis pas plus coupable que les autres, mais il faut un exemple. Mon portefeuille te parviendra avec ce qu’il y a dedans. (..)

Je meurs innocent du crime d’abandon de poste qui m’est reproché. Si au lieu de m’échapper des Allemands, j’étais resté prisonnier, j’aurais encore la vie sauve. C’est la fatalité.

Ma dernière pensée, à toi, jusqu’au bout.

Henry Floch

 

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Le 13 novembre 1918
[deux jours après l'armistice du 11 novembre 1918]

Chers parents (...)

Le 9, à 10 heures du matin on faisait une attaque terrible dans la plaine de Woëvre. Nous y laissons trois quarts de la compagnie, il nous est impossible de nous replier sur nos lignes ; nous restons dans l’eau trente-six heures sans pouvoir lever la tête ; dans la nuit du 10, nous reculons à 1 km de Dieppe[-sous-Douaumont, 55] ; nous passons la dernière nuit de guerre le matin au petit jour puisque le reste de nous autres est évacué ; on ne peut plus se tenir sur nos jambes ; j’ai le pied gauche noir comme du charbon et tout le corps tout violet ; il est grand temps qu’il vienne une décision, où tout le monde reste dans les marais, les brancardiers ne pouvant plus marcher car le Boche tire toujours ; la plaine est plate comme un billard.

A 9 heures du matin, le 11 , on vient nous avertir que tout est signé et que cela finit à 11 heures, deux heures qui parurent durer des jours entiers.

Enfin, 11 heures arrivent ; d’un seul coup, tout s’arrête, c’est incroyable.

Nous attendons 2 heures ; tout est bien fini ; alors la triste corvée commence, d’aller chercher les camarades qui y sont restés.

Eugène

Eugène Poézévara avait dix-huit ans en 1914. Il écrivait souvent à ses parents, des Bretons qui habitaient à Mantes-la-Jolie. Eugène a été gazé sur le front, et il est mort d’épuisement dans les années 20

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Certaines de ces lettres ont été enregistrées par des comédiens afin d’être diffusées sur le réseau des radios de France Bleue.

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Elles ont été publiées sur un double CD par Frémeaux & Associés, dont le travail de conservation sonore est décidément passionnant.

Leur site offre cette présentation-ci et cette présentation-là.

Lesdits cd sont disponibles à la médiathèque de l’antenne de Belgrade de l’Institut de Serbie.