En 1959, François Truffaut (1932-1984) réalisait son premier long métrage avec les Quatre cents coups.

Après avoir réalisé cinq films, il reprend avec l’acteur Jean-Pierre Léaud le personnage d’Antoine Doinel en 1968 dans le film Baisers Volés, que nous verrons bientôt.

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Photo trouvée ici

Cependant, en 1962, il réalisait pour un film omnibus intitulé l’Amour à 20 ans, une séquence d’une demi heure intitulée Antoine et Colette.

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Antoine, c’est donc Jean-Pierre Léaud (né en 1944) et Colette, c’est Marie-France Pisier (1944-2011).

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Photo trouvée ici

La vidéo ci-dessous comporte des sous-titres en portugais.

La transcription (parfois incomplète) comporte des liens explicatifs pour ceux qui aiment les détails. Ils sont bien sûr inutiles à la compréhension du film. Ils servent surtout à expliciter les références culturelles que Truffaut à choisi d’intégrer à son film.
Par exemple, les personnages principaux s’intéressent beaucoup à la musique. Il sera donc parfois question :

  • de chanteurs des années 50 (qui ont signé chez Philips, pour qui travaille Antoine),
  • de compositeurs de musique savante.

On en fera la liste à la fin de cette note. Nous y ajouterons bien sûr le nom de Georges Delerue, le compositeur de la musique de ce film.

Comme d'habitude, la transcription comporte aussi des liens vers des explications de certaines expressions.


Publiée le 18 février par themwb42

Transcription

Fin de la chanson
Le matin, je m'éveille en chantant, Guy Béart

Le matin, je m'éveille en chantant
Et le soir, je me couche en dansant {x2}
Jamais je ne m'intéresse
A la bombe vengeresse
Qui un jour f 'ra tout sauter
On ne nous soigne jamais assez
Le matin, je m'éveille en chantant

3’

Antoine Doinel a maintenant 17 ans. Ses quatre cents coups d’adolescent l’ont conduit devant le juge pour enfant. Évadé du centre d’observation des mineurs délinquants, il a été repris cinq jours après sa fuite et transféré dans un autre centre mieux surveillé. Une jeune psychologue attaché à cet établissement s’étant intéressé à son cas, il a finalement été remis en liberté surveillée.
Antoine s’est minutieusement organisé une vie solitaire et indépendante. Passionné de musique il travail dans une maison d’édition de disque. Il a enfin réalisé son rêve d’adolescent : vivre seul, travailler, toucher un salaire, ne dépendre que de lui-même.

3’30
Au travail chez Philips

philips-logo
Ancien logo du label Philips

3’55 - Bouts de chansons entendues
(tous ces artistes sont alors chez Philips)

Le Rayon de lune, Ricet Barrier

Les Bras d’Antoine, Guy Béart

Le Bistrot, Georges Brassens

Jeannette, Anne Sylvestre

4’40

Antoine est inscrit aux Jeunesses Musicales de France dont il ne rate ni une réunion, ni une conférence. Et de plus, il obtient souvent par ses employeurs des places gratuites pour les grands concerts. Il a pour seul ami son compagnon des mauvais jours, René Bigey, qui travaille à la bourse chez un agent de change.

logo JMF
Logo des Jeunesses Musicales de France
en activité depuis 1944

4’52
Conversation avec René

Antoine - Et toi, ça va la Bourse ?
René - Ça va. J’espère avoir une licence pour le carnet. Et toi ?
Antoine - Moi je vais changer de service, je vais passer à la fabrication. Tiens, tu viens ce soir ? J’ai deux places. C’est Shapiro qui joue.
René - Tiens, ça me fait penser. Tu te souviens quand tu étais chez moi et que mon père est entré ? Quel tabagie !

flashback

René - Hè ! V’là le vieux ! Aide-moi à secouer les couvertures ! À cause de la fumée. Ça va. C’est mieux.
Monsieur Bigey – Mais qu’est-ce qu’il y a ? Mais c’est une vraie tabagie, là-dedans ! Mais on se croirait dans un tripot, ma parole ! Bon, bon. Je te retiendrai trois cigares sur ton argent de poche. Mais qu’est-ce que c’est que ça ! Bucéphale n’est pas un dépotoir. Ça vaut au moins près d’un million, ce truc-là. C’est une œuvre d’art. Du reste, je ne m’en séparerais qu’en toute dernière extrêmité. Bon. Eh bien maintenant, tu vas me faire le plaisir de tout éteindre et de t’endormir.
René - Bonsoir papa.
Monsieur Bigey – Bonne nuit.

fin du flashback

Antoine - Oh il faisait deux pas de plus et il me voyait.
René - Oh je suis sûr qu’il a vu tes pieds dépasser du lit mais qu’il a rien voulu dire.
Antoine - Mais qu’est-ce qu’il fout, ce garçon ? Faut y aller.

6’
Le concert de Shapiro.
Apparition de Colette.

8’40
fin du concert

9’

Antoine - Ça m’étonne que je ne l’aie pas remarquée avant.
René - Ouais.
Antoine - Oh la vache ! Elle me plaît vraiment.
René - Mmh.
Antoine - Mais alors vraiment. Et sa copine, elle ne te plaît pas ? Haha, ça serait vachement plus pratique.
René - Je suis déjà amoureux de ma cousine. Elle a des cheveux longs superbes. Cette idiote-là, elle veut se les faire couper la semaine prochaine. Seulement, elle ne me plaira plus les cheveux courts.
Antoine - Et est-ce qu’elle amoureuse de toi ?
René - Je sais pas, je ne lui ai encore rien dit. J’attends pour les cheveux. Si je continue à l’aimer les cheveux courts, alors je lui enverrai une déclaration par la poste.

9’30
Huit jours plus tard

Antoine - Je l’ai revue trois fois cette semaine. On s’est pas encore parlé mais enfin je me suis fait remarquer d’elle.
    La première fois, c’était mardi. C’était la Symphonie héroïque. J’étais assis juste derrière elle, enfin un peu à sa droite. À un moment elle a retiré son foulard. Alors pendant toute la soirée j’ai regardé ses cheveux et sa nuque. J’ai pas pu la quitter du regard. Ce soir-là, j’étais décidé à lui parler. À la sortie, je me suis faufilé pour la rejoindre. Seulement elle a rencontré une copine alors je les ai suivies cinq minutes et je suis rentré me coucher.
    La deuxième fois c’était jeudi Je suis arrivé une demi-heure en avance pour pouvoir m’asseoir à côté d’elle Il n’y avait presque personne quand je suis arrivé alors je suis allé dans le hall fumer une cigarette en attendant que la salle se remplisse Quand je suis revenu il y avait pas mal de monde. J’ai regardé et je ne l’ai pas vue tout de suite. Elle était assise à genoux sur un fauteuil, en train de parler à une copine. Je suis venue m’asseoir à côté d’elle. Elle m’a fait un petit signe de tête comme à quelqu’un qu’on reconnaît vaguement. Seulement, manque de pot, elle est allée s’asseoir ailleurs, dans une rangée où elle avait laissé son manteau. J’ai pas osé la rejoindre, ce serait trop remarqué.
   La troisième fois, c’était… attends… ben c’était hier. Elle se baladait du côté de la mairie des Batignolles avec un filet à provisions. Certainement, elle doit habiter dans mon quartier.
René - Bon ben t’as fini les travaux d’approche, maintenant, tu peux attaquer.

10’36

GavotyPratiquement, que nous a appris Pierre Schaeffer. Bien des choses. Il a porté un assez sérieux coup de boutoir à la musicologie en observant que…

Antoine - D’habitude je descends à Rome (A) ou à Clichy (D). C’est marrant que je ne vous ai pas vue plus tôt aux concerts. Est-ce que vous y allez souvent ?
Colette – Oui, j’ai assisté à tous les concerts d’initiation à la musique russe, Moussorgski, Borodine… C’est dimanche matin au Châtelet.
Antoine - C’est pas tellement marrant en fin de compte.
Colette –  (elle rit).
Antoine - C’est même plutôt dommage. Ben remarquez, on se serait quand même rencontré un jour ou l’autre. Il me semble qu’on habite dans le même quartier, non ? Je vous ai rencontrée un jour en train de faire vos commissions du côté de la rue des Batignolles (B).
Colette – Oh oui, c’est possible, j’habite rue Lécluse (C).
Antoine - Ben oui, c’est ça. Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?
Colette – Oh ben moi, je suis étudiante. Je prépare mon bac au lycée. Et vous ?
Antoine - Moi je travaille dans les diques.
Colette – Vous travaillez ?
Antoine - Oui, je travaille chez Philips. Je ne vis plus avec mes parents, alors maintenant, je dois gagner ma vie.
Colette – Oh, ça doit être drôlement bien de se sentir indépendant.
Antoine - Ça dépend, parce que…


Agrandir le plan

11’40

Colette – Ohlà… C’est la voiture de mon beau-père.
Antoine - Est-ce que vous venez jeudi, écouter Gavoty ?
Colette – Oh oui je viendrais certainement. En tout cas, même si je ne viens pas, je viendrais peut-être … je sais pas moi… la soirée d’après, ou la suivante.
Antoine - Oui d’accord mais donnez-moi quand même votre numéro de téléphone comme ça de toute façon, on se reverra, d’accord ?
Colette – Oui oui d’accord. Il faudra me téléphoner plutôt le soir d’ailleurs, parce que je ne suis pas toujours là.
Antoine - D’accord.
Colette – C’est Carnot 08-32. Bon il faut que je rentre parce que j’ai du travail. Bonsoir.
Antoine - Bon, bonsoir alors, et à un de ces jours.
Colette – Au revoir.
Antoine - Au revoir.

12’12

Antoine revoit Colette plusieurs fois par semaine. Ils se prêtent des livres et surtout des disques. Ils parlent stéréphonie devant des cafés crème ou des citrons pressés. Ils se raccompagnent à tour de rôle. Ils discutent interminablement dans la rue devant les portes cochères.

Extrait de la chanson
Poste restante, Guy Béart

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Colette traite Antoine en copain. Il ne s’en rend pas compte ou alors s’en contente pour l’instant.

12’37

Gavoty – Mes chers amis voici la seconde des sept séances que nous consacrons aux musiques expérimentales. La première vous a été donnée par Pierre Schaeffer, et j’ai pu juger, de par la qualité de votre silence, et par le nombre des lettres que vous m’avez fait parvenir, de l’intérêt que cette séance a provoqué en vous.

13’15

Antoine - Allô, c’est Colette ?
Colette – Ah ouais, bonjour, c’est moi.
Antoine - Bonjour.
Colette – Oh j’ai un mal de crâne…
Antoine - Pourquoi vous n’êtes pas venue hier soir ? On avait rendez-vous. Vous êtiez malade ?
Colette – Oh, je vous avais dit peut-être. Non, finalement je suis allé en surpise partie avec des copains. Des types complètement insensés. On a fait les cons toutes la soirée. C’était vraiment une ambiance formidable. Ça devenait… ça devenait vraiment loufoque à la fin.
Antoine - Bien.
Colette – D’ailleurs ça s’est terminé, je ne sais pas moi, il devait bien être cinq heures du matin.
Antoine - Je peux passer vous voir cet après-midi ?
Colette – Si vous voulez, mais je ne sais pas si je serai là parce que justement on avait décidé qu’on se reverrait peut-être tous, cet après-midi.
Antoine - Bon. À tout à l’heure, alors.
Colette – D’accord, passez à tout hasard.
Antoine - Salut.

13’55

La mère – Oui.
Antoine - Bonjour madame, je suis un ami de Colette. Est-ce qu’elle est là s’il vous plaît.
La mère – Ah non, pourquoi ?
Antoine - Parce qu’elle m’avait prêté quelques livres alors je voulais les rapporter.
La mère – Bien, je lui donnerai.
Antoine - Et puis euh… il y a aussi une lettre.
La mère – Bon, d’accord. Eh bien je lui remettrai tout ça. Mais, vous n’êtes pas Antoine ?
Antoine - Si, si, c’est moi.
La mère – Ah oui, elle m’a souvent parlé de vous. Entrez.
Le beau-père – Qu’est-ce que c’est ?
La mère – C’est un ami de Colette ! Vous avez bien cinq minutes.
Antoine - Oh oui oui mais enfin je ne veux pas vous déranger.
La mère – Venez, venez.
Antoine - Pardon.
La mère – C’est Antoine. Tu sais, l’ami de Colette.
Le beau-père – Ah oui.
Antoine - Bonjour, monsieur.
Le beau-père – Bonjour monsieur. Vous êtes en classe ensemble, je crois.
La mère – Mais non, qu’est-ce que tu racontes. Ils se sont connus aux Jeunesses Musicales. Tu sais bien, Colette nous a raconté.
Le beau-père – Ah oui.
La mère – Asseyez-vous.
Antoine - Merci.
La mère – Et Antoine travaille. Vous êtes dans les disques, je crois.
Antoine - Oui c’est ça. Je suis dans les disques. Je travaille chez Philips.
Le beau-père – Très bien. Ma femme élève sa fille comme elle veut, mais moi je suis pour que les jeunes gens gagnent leur vie de bonne heure.
La mère – Oh, oui.
Le beau-père – À quinze ans j’étais mécano au garage Laborde. Maintenant, c’est moi le patron.
La mère – Vous voulez un peu de…
Antoine - Non, merci. Je ne bois jamais.
La mère – Et toi ?
Le beau-père – Une petite goutte. L’instruction, ça ne mène à rien. Tenez, prenez Victor Hugo.
La mère – Oh, non, je t’en prie. Fous-lui la paix avec Victor Hugo !
Le beau-père – Victor Hugo a dénoncé le mal, mais il n’a pas indiqué le remède. Vous trouvez pas ?
Antoine - Peut-être…
Le beau-père – Eh oui ! Eh oui !
Antoine - Bon ben, il faut que je m’en aille maintenant, excusez-moi.
La mère – Vous partez déjà ?
Antoine - Au revoir.
Le beau-père – Monsieur.
La mère – Oh Colette va être désolée.
Antoine - Moi aussi, mais enfin vous savez…
La mère – Bon ben écoutez, vous viendrez dîner un de ces soirs. Hein ?
Antoine - Oh oui avec plaisir !
La mère – On va arranger ça avec Colette.
Antoine - Ah oui, oui.
Antoine - Au revoir monsieur.
La mère – Au revoir.
Antoine - Au revoir madame.

15’33

Mon cher Antoine,

Votre déclaration d’amour est très joliment tournée. On sent tout de suite l’homme d’expérience. Je vais ce soir écouter Maurice Leroux, et vous ? Merci pour les bouquins. Ah, j’oubliais : ma mère vous a trouvé l’air romantique, probablement à cause de la longueur de vos cheveux.
À ce soir, cher ami.

Colette

Musique
Aria - Bach


Mise en ligne le 23 mai 2009 par baritono440

18’30

Le beau-père – Oh oh  Mais regardez, regardez ce que je vois !
La mère – Mais c’est Antoine.
Le beau-père – Mais oui.
La mère – Oh oh, juste en face, mais ce que c’est drôle ! Mais qu’est-ce qui se passe. Vous habitez là, maintenant ?
Antoine - Ouais, j’habite là, maintenant.
La mère – Depuis quand ?
Antoine - Ben euh…
La mère – On peut venir voir ?
Antoine - Oui, venez voir.
La mère – Bonjour Antoine. Oh mais c’est déjà tout installé. Oh mais, regardez-moi ça.
Colette – C’est formidable.
La mère – C’est formidable ! Et le lavabo, là, ce qu’il est beau !
Le beau-père – Il a un robinet.
La mère – Venez voir nos fenêtres, là, regardez, venez voir. On voit aussi les fenêtres.
Le beau-père – Mais oui, mais oui.
La mère – Là, les deux, venez voir.
Le beau-père – Mais c’est nous qui avons le soleil.

19’50

Le beau-père – Vous voyez encore vos parents ?
Antoine - Oui, mais enfin, je ne les vois pas souvent. Je ne m’entends pas très bien avec eux.
La mère – Oh ! Comme c’est dommage. Elle doit être désolée, votre maman, de ne pas vous voir.
Antoine - Ben vous savez, c’est un peu de ma faute. Lorsque j’étais à la maison, je me sauvais souvent de chez moi.
La mère – Eh ben.
Le beau-père – C’est pas Colette qui nous ferait ça.
Colette – Oh oh ! Chiche !
La mère – Eh bien pour moi la famille…
Colette – Question : où est-on mieux qu’au sein de sa famille ?
Réponse : partout ailleurs !
Le beau-père – Hervé Bazin !
Colette – Oui, oui, c’est dans Vipère au poing.
La mère – Colette a l’air comme ça, mais vous savez…
Colette – Maman, maman, arrête.
La mère – Quoi ?!
Colette – Tiens, papa,, sers-nous plutôt à boire.
Le beau-père – C’est pas croyable.
La mère – Tiens, sers-moi aussi à boire.
Le beau-père – On ne se fait pas respecter.
Colette – Merci.
La mère – Moi aussi.
Le beau-père – Voilà.

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Vipère au poing
Couverture d'une édition de poche du livre de
Hervé Bazin

20’35

Les parents de Colette qui aiment être entourés de jeunes et qui regrettent un peu les sorties uotidiennes de leur fille adoptent Antoine et l’invitent souvent chez eux.
Antoine, de sa fenêtre, surveille les allées et venues de Colette qui se comporte avec lui comme avant le déménagement. Il est clair que pour elle, le voisinage n’appelle aucune intimité supplémentaire.

21’10

Colette – Tiens Antoine, comment ça va ?
Antoine - Vous allez bien ?
Colette – Qu’est-ce qui vous amène ?
Antoine - Eh bien, j’ai deux places pour une conférence. C’est Gavoty, sur la musique électronique.
Colette – Oh oui, je sais, non, mais je peux pas venir, j’ai beaucoup de travail cet après-midi.
Antoine - On peut aller au cinéma, alors ?
Colette – Non, non, franchement, je peux pas venir, non. J’ai un devoir à rendre demain.
Antoine - Ah bon.
Colette – Oui.
Antoine - On peut discuter cinq minutes, non ?
Colette – Non, non. On se verra un autre jour, au revoir.
Antoine - Au revoir.

21’40

Antoine - Moi, ça va mal. J’ai été con, j’ai pris un mauvais départ. Finalement, je ne devrais pas être amoureux d’elle. Elle parle comme un garçon, elle me traite comme un copain. Chaque fois que j’essaie de discuter sérieusement avec elle, elle se marre. N’empêche que je reste des heures à attendre devant sa porte et à me les geler à mort.
René - Comme tu ne me demandes pas où ce que j’en suis avec ma cousine, je te le dis quand même. Elle s’est fait couper les cheveux à la Jeanne d’Arc, enfin je l’aime toujours. Je lui écris des tas de lettres, ça marche bien. Tiens, regarde ce qu’elle me répond.
Antoine - Oh, terrible !
René - Et c’est pas tout, regarde l’enveloppe.
Antoine - Oh la vache.

22’12
Dans l’atelier

23’03
Cinéma permanent

Antoine - J’ai changé de service. Maintenant, je travaille à la fabrication.
Colette – Oh c’est intéressant.
Antoine - Un esquimau ?
Colette – Non, non merci.
Antoine - Ceci est le premier disque que j’ai pressé.
Colette – Oh c’est vachement gentil de votre part.
[difficile à comprendre clairment, mais Antoine explique le processus de fabrication]

23’36
Actualités de 1962

Le slalom de Lauberhorn laissait à prévoir un duel farouche entre français et autrichiens. Charles Bozon terminera les deux parcours en 2 minutes 5 secondes 7 dixièmes et se placera second devant l’autrichien Burger tandis qu’Adrien Duvillard finira quatrième devant l’Allemand Leitner et son homonyme autrichien. Le suisse Mathis qui avait une avance considérable dans la première manche gagne le slalom en deux minutes quatre secondes. Et c’est encore un Autrichien, Egon Zimmermann, numéro quatre, qui sera vainqueur de l’épreuve et prendra la seconde place du combiné que Schranz enlève avec…

24’24

Antoine - Colette !
Colette – Ben mon vieux, ça fait cinq minutes que je tape. Vous devenez complètement sourd. Oh là ! Mais il fait drôlement sombre ! Vous êtes malade ?
Antoine - Écoutez Colette, il faut mettre les choses au point. Vraiment, ce petit jeu, cette douche écossaise, je ne peux plus supporter, ça me rend malade.
Colette – Vous êtes complètement idiot.
Antoine - Évidemment, je sais, c’est de ma faute. J’aurais pas dû venir habiter juste en face de chez vous. De toute façon, je vais retourner là où j’habitais avant, alors… Mais vraiment, je vous en prie, ne me relancez plus. Et puis, fichez-moi la paix !
Colette – Oh ! La barbe, hein ! En tout cas, mes parents vous invitent à dîner.
Antoine - Non, j’irai pas.
Colette – Mais enfin, ça n’a aucun rapport. Si on vous dit de venir dîner, venez dîner.
Antoine - Non.
Colette – Si vous changez d’avis, on ne se met pas à table avant un quart d’heure.

25’50

Le beau-père – Bonjour, Antoine.
La mère – Bonjour, Antoine.
Antoine - Bonjour madame.
Le beau-père – Ça va ?
Antoine - Oui, ça va.
Le beau-père – Asseyez-vous. Vous avez dîné ?
Antoine - Oui, oui.
Le beau-père – Sûr ?
Antoine - Oui, j’ai dîné. Merci bien.
La mère – Mais c’est bien vrai ?
Antoine - Oui, oui, vraiment.
La mère – Parce que je peux vous faire une petite omelette avec une salade, c’est vite fait !
Antoine - Non, non, vraiment. Je vais prendre une mandarine, maintenant.
Le beau-père – Quoi de neuf, Antoine ?
La mère – Vous sortez, ce soir ?
Antoine - Ben, j’ai deux places pour aller écouter Schwarzkopf, mais je ne sais pas…
La mère – Ben, vous y allez ensemble ?
Colette – Non, non, moi je peux pas.
La mère – Pourquoi ?
Colette – Oh mais enfin, ça ne te regarde pas !
La mère – Ah bon.
Le beau-père – Schwarzkopf, c’est retransmis à la télévison. J’ai vu ça dans le journal.
La mère – Vous voulez une assiette pour mettre vos épluchures ?
Antoine - Non, c’est pas la peine, ‘vous dérangez pas, je vais les mettre dans la vôtre.
La mère – Allez-y.
Le beau-père – Oh, encore :
La mère – Qu’est-ce que c’est ?
Le beau-père – Je sais pas.
Colette – C’est le vrai défilé, hein. Bonjour. Entrez, c’est par ici… Entrez, entrez. Maman, je te présente Albert. Je t’en ai déjà parlé.
Albert – Bonjour madame.
La mère – Bonjour monsieur.
Colette – Mon beau-père, Albert Tazzi.
Albert – Bonjour monsieur.
Le beau-père – Bonjour.
Colette – Et Antoine. Vous le connaisez déjà, je crois.
Albert – Oui, on s’est vu une fois.
Colette – Une minute, Albert, je vais chercher mon manteau.
Albert – Salut.
La mère – Donne-moi une cigarette, s’il te plaît.
Le beau-père – Oui.
La mère – Merci.
Colette – Bon, ça y est, hein, je suis prête. On se tire. Salut !
Albert – Bonsoir.
Le beau-père – Bonne soirée.
Le beau-père – Bon. Si on regardait cette émission…
La mère – Du feu s’il te plaît.
La télévision – Il nous a fait une concession, ce qui est toujours agréable. Il a convenu que…

Ils font l’amour aux quatre vents
Tous les enfants du monde
Croquant la vie à belles dents
Comme une pomme ronde
Premiers baisers, bonheurs, chagrins
Garde mon coeur
Donne ta main
Ça finit mal, ça finit bien
Tendres et cruels sont les enfants
Quand deux par deux
Sur les chemins
Ils vont chanter l’amour à vingt ans

(Paroles trouvées ici)

********

Voici la liste des compositeurs mentionnés.
(Je n'ai pas réussi à identifier la plupart des morceaux utilisés ici. Toute indication supplémentaire serait la bienvenue.)

  • Jean-Sébastien Bach (1685-1750)
  • Ludwig van Beethoven (1770-1827)
  • Alexandre Borodine (1833-1887)
  • Modeste Moussorgski (1839-1881)
  • Bernard Gavoty (1908-1981)
  • Pierre Schaeffer (1910-1995)
  • Maurice Leroux (1923-1992)
  • Georges Delerue (1925-1992)

Voici celle des chanteurs évoqués.

  • Elisabeth Schwarzkopf (1915-2006) - Merci à JL.
  • Georges Brassens (1921-1981)
  • Guy Béart (1930-2015)
  • Ricet Barrier (1932-2011)
  • Anne Sylvestre (née en 1934)

On notera que trois chansons de Guy Béart sont utilisées (Le matin, je m'éveille en chantant, Les bras d'Antoine et Poste restante).