L’Heureux mix (2003) de la Tordue est un mélange des paroles de plusieurs chansons ayant marqué les auteurs sur une musique originale. Comme ils ne sont pas les seuls à les connaître, découvrons-les ensemble.

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Serge Gainsbourg (1928-1991) est l’un des interprètes les plus présents de l’Heureux mix avec quatre citations.

 

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Avec Padam padam, Chanson pour l’Auvergnat, et d’autres, on s’aperçoit que beaucoup de chansons parlent de chansons.

Bon.

Ceci étant posé, combien de chansons parlent d’une chanson précise, identifiable, que tout le monde connaît déjà plus ou moins ?

La Chanson de Prévert en est une.

Elle parle des Feuilles Mortes de Prévert et Kosma.

Dans les premiers temps des Caves du majestic, il paraissait important de transmettre des standards de la chanson. Dans cette catégorie, on avait donc évoqué quelques versions du Déserteur, du Temps des Cerises et de Douce France qui sont de véritables repères. Ce projet est pour le moment à l’état d’abandon mais Les Feuilles Mortes (ou Autumn Leaves) mérite d’y figurer.

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Ce n’est pas la seule fois que Gainsbourg s’inspire d’un texte (que ce soit celui d’un poème ou d’une chanson) pour en écrire un autre. Il le refera en 1973 avec Je suis venu te dire que je m’en vais qui s’inspire de Chanson d’automne de Verlaine. Nous en parlions ici.

 


Serge Gainsbourg - La chanson de Prévert by chloegc

 

(Serge Gainsbourg)

Oh, je voudrais tant que tu te souviennes

Cette chanson était la tienne
C'était ta préférée, je crois
Qu'elle est de Prévert et Kosma

Et chaque fois, les Feuilles mortes
Te rappellent à mon souvenir
Jour après jour, les amours mortes
N'en finissent pas de mourir

Avec d'autres bien sûr je m'abandonne
Mais leur chanson est monotone
Et peu à peu je m'indiffère
À cela il n'est rien a faire

Car chaque fois, les Feuilles mortes
Te rappellent à mon souvenir
Jour après jour, les amours mortes
N'en finissent pas de mourir


Peut-on jamais savoir par où commence
Et quand finit l'indifférence
Passe l'automne, vienne l'hiver
Et que la chanson de Prévert

Cette chanson, Les Feuilles mortes,
S'efface de mon souvenir
Et ce jour-là, mes amours mortes
En auront fini de mourir

 

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Vu le nombre de reprises de toutes époques et d'un peu partout, en France et dans le monde, la Chanson de Prévert semble bien avoir acquis le statut de standard.

 

Encore aujourd'hui, Serge Gainsbourg se situe dans une position à la fois "mainstream" et alternative.

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Une mouvance folk-rock-indie internationale l'a adopté. Nous avons repéré :

Difficile de choisir. Jetons cependant une oreille à ce dernier groupe qui chante en français et en anglais.

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Publiée le 3 septembre 2012 par YouTendToForget

 

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Mais Gainsbourg appartient aussi au patrimoine "national" et les occasions télévisuelles de puiser dans ce patrimoine ne manquent pas pour les artistes de variété.

La variété désigne une musique plutôt consensuelle, "mainstream", quel que soit le genre concerné. Cela n’empêche nullement ces artistes d’être talentueux. Mais ce n'est pas une nécessité.

C’est l’occasion de duos, de trio, voire plus. On retrouve des artistes connus chantant des chansons connues. On est donc en terrain connu car seules les combinaisons varient. La télévision française paraît alors un tout petit monde.

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Bénabar & Shy'm

N’ayons pas peur du "name dropping" et citons, en tout petit :

  • Un premier quatuor composé de Jane Birkin, Sandrine Kiberlain, Alain Souchon et Yves Simon.
    C’est pour les Enfoirés.
  • Un deuxième quatuor composé de Lara Fabian, Élodie Frégé, Hélène Ségara et Patrick Bruel.
    C’est pour Charles Aznavour.
  • Un premier duo composé de Bernard Lavilliers et Raphael.
    C’est pour Taratata.
  • Et un deuxième duo composé de Bénabar et Shy M’.
    C’est pour les vingt ans de la disparition de Serge Gainsbourg.

 

J'ai choisi cette dernière version en raison de l’interview menée par Michel Drucker (né en 1942). Elle est assez typique de la télévision française qui raconte des histoires déjà très souvent entendues. Cette télévision familière, rassurante, ressasse certains repères de la mythologie nationale. C'est pourquoi il n'est pas inutile pour un étranger d'y jeter un oeil.

 


Mise en ligne le 19 février 2011 par Presci83lla

 

Transcription

Michel Drucker – Shy’m et Bénabar. On les applaudit encore. La chanson de Prévert. Alors, c’est un hommage à la Chanson de Prévert de Gainsbourg et lui-même rendait hommage aux créateurs de la chanson, à Prévert et Kosma. C’est un troisième hommage.

Bénabar – Voilà, c’est une chanson mise-en-abyme, oui.

Drucker – Absolument. C’est une chanson que vous chantez pour la première fois ou qui fait partie de ce que vous aimiez chanter quand vous étiez encore plus jeune ?

Bénabar – Ah non, ça fait partie des chansons que j’ai essayé de travailler au piano, que je chante des fois pour moi, oui, cette chanson sublime, magnifique et qui n’est pas facile à chanter mais qui est possible à chanter quand on joue très mal du piano, ce qui est mon cas.

Drucker – [à Shy’M] Alors c’est la première fois que je vous vois.

Shy’m – Absolument, c’est une première.

Drucker – Je peux vous dire sans me tromper que vous auriez beaucoup plu à Serge.

Shy’m – C’est vrai ? Je suis ravie ?

Drucker – Oui, il aimait les jolies femmes évidemment, mais il aimait les jolies voix et puis comme la légende veux que vous soyez un peu timide – parce qu’on m’a dit que Shy’m, c’est la contraction de "shy", qui veut dire "timide" en anglais et "m", c’est "Martinique".

Shy’m – Exactement.

Drucker – Eh ben il aimait les femmes timides comme vous.

Shy’m – [Rit poliment.] [On pense malgré soi à ces images vieilles de 25 ans plus tôt et si souvent diffusées.]

Drucker – Ça veut dire quoi, pour vous, Gainsbourg. Ça veut dire quelque chose ?

Shy’m – Mon enfance, ma première éducation musicale, on va dire, inculquée par mes parents et puis c’est vrai que je l’ai écouté aussi un peu plus tard, un peu plus vieille.

Drucker – Alors à part cette chanson, quelle est celle de Gainsbourg que vous aimez par-dessus tout ?

Shy’m – Je crois que ma préférée était Je suis venu te dire que je m’en vais. Je la trouve très jolie…

Drucker – On va l’écouter tout à l’heure, par Jean-Louis Aubert. Alors Gainsbourg, c’est immense, comme œuvre, Gainsbourg. Difficile de choisir. Quelle est celle que vous auriez aimé composer vous-même ?

Bénabar – Ah ben quasiment la totalité, hein.

Drucker – Y en pas une que vous lui enviez davantage ?

Bénabar – Ben celle-ci me touche particulièrement parce que c’est une chanson, ben après c’est difficile de choisir dans l’œuvre de Gainsbourg, parce qu’il y a tellement de chansons incontournables, magnifiques, impérissables, donc euh, surtout quand on essaye, modestement, d’en faire soi-même, c’est un peu écrasant comme répertoire mais en même temps d’avoir l’occasion de pouvoir rentrer dedans comme ça, pour ce type d’occasion, c’est aussi un bonheur de découvrir les chansons de l’intérieur. Mais c’est plutôt… c’est très intimidant de commencer à écouter les chansons de Gainsbourg parce que c’est…

Shy’m – Je confirme.

Bénabar – Eh ben voilà, c’est insurmontable.

Shy’m – D’interpréter aussi.

Bénabar – Oui exactement.

Drucker – Vous vous connaissiez avant de chanter tous les deux ?

Shy’m – Non, c’est la… on s’est rencontrés il y a quelques jours.

Bénabar – Oui. Et à cette occasion.

Shy’m – Absolument.

Drucker – Ça vous donne envie de refaire peut-être un duo, un jour, non ?

Bénabar – Avec grand plaisir.

Shy’m – Avec plaisir.

Drucker – Alors je vais vous laisser, Bruno, vous sauver, parce que pas loin d’ici vous répétez – c’est un grand moment de votre carrière – au théâtre du Rond-Point, premier rôle – vous avez déjà tourné au cinéma, me cinéma fait partie de votre vie – mais là, scène de théâtre, une pièce mise en scène par Isabelle Nanty, avec Jacques Weber.

Bénabar – Oui, ça s’appelle Quelqu’un comme vous, et c’est à partir du 3 mars au Théâtre du Rond-Point.

Drucker – De Monsieur Lacan.

Bénabar – De Fabrice-Roger Lacan qui a écrit la pièce, oui.

Drucker – Bon. Merci infiniment, je voudrais vous applaudir encore tous les deux.

Shy’m – Merci à vous.

Bénabar – Merci beaucoup.

Drucker – Alors Jane Birkin, depuis le début, est un peu le fil rouge de cet hommage. Jane évoque tous les Gainsbourg et dieu sait s’il y en a, des facettes, à Gainsbourg. Et là, elle va évoquer un jour très important de sa vie, le jour où ils se sont rencontrés. Comment Serge a séduit Jane. Mais je vous raconterais la suite parce qu’elle ne dit pas tout. Ça va durer une nuit entière. Écoutez-la.

 

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On trouvera une liste plus fournie sur cette page.

Nous y reviendrons de toute façon un peu plus tard.