Pas de cinéclub la semaine prochaine, mais cette semaine a lieu le festival du film francophone.

Profitons-en pour recommander Louise-Michel (2008).

  • Mardi, nous ferons une petite présentation de Benoît Delépine et Gustave Kervern et de leur travail satirique ;
  • Mercredi, nous ferons une petite présentation de Katerine, invité dans une scène du film.

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 Avec Louise-Michel de Benoît Delépine  (né en 1958) & Gustave Kervern (né en 1962), on ira se promener en Picardie (notamment à l’Étoile (80) et à Guise (02), à Bruxelles et à Jersey.

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Les ouvrières d'une usine apprennent brutalement qu'elles sont licenciées.

Louise, l'une d'entre elles, propose d'engager un tueur à gage pour exécuter le responsable de cette délocalisation sauvage.

Ce n'est pas simple, car personne n'est vraiment responsable de cela.

Quoi qu'il en soit, elle tombe sur Michel.

  • Louise, c'est Yolande Moreau
    "Je ne vois pas en France qui d'autre pourrait jouer un rôle pareil'
    Benoît Delépine, Brazil², 2008
  • Michel, c'est Bouli Lanners
    "On l'avait utilisé lors des deux premiers films [Altraa & Avida] et on adore ce mec"
    Gustave Kervern, Brazil², 2008


Ajoutée le 23 décembre 2008 par MarineHookUp

Transcription

Flambart – Je sais que beaucoup d’entre vous que pensent que l’usine doit fermer. Mais notre société a toujours su affronter le vent mauvais.

Un Patron – Tout le monde est au Vietnam, là.

Flambart – Alors mes amies, battez-vous !

Un Patron – Sell.

Une ouvrière – Bande de salauds !

Une ouvrière – Les fumiers.

Une ouvrière – 2000 euros pour se crever vingt ans au boulot.
Louise – On pourrait faire buter le patron par un professionnel.

Louise-Michel

Louise – Monsieur, vous avez perdu quelque chose.

Michel – Vous voyez, ces mains, Louise. Elles en ont volés, des vies. (…)

Michel – Faut peut-être bien qu’on parle du combien…
Louise – Euh… 20.000 euros ?
Michel – Laissez-moi réfléchir un petit peu ; c’est d’accord.

Louise – J’ai trouvé l’oiseau rare. (…) Il a fait plein de trucs. Il a fait la Corée du Sud. Kennedy, c’est lui. Mais bon, faut pas trop le dire.

Michel – Vous êtes des professionnelles, je suis un professionnel. Et ensemble, on va faire du bon bizness.

Un Vieux – Crève, charogne.

Yolande Moreau

Louise – Mais bon dieu, Michel. Soit un homme au moins une fois dans ta vie.

Bouli Lanners

Une ouvrière – Et butez le bon, hein, parce que nous on n’a pas la fortune de biquette.
Michel – Si vous n’êtes pas contentes, vous n’avez qu’à buter le patron vous-même, y en a marre à la fin. J’suis pas Robocop, moi.

 

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Ne partez pas pendant le générique.

Après le générique, il y a une séquence assez surprenante.

 

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Mais le titre porte une référence à Louise Michel (1830-1905).

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On la définit comme institutrice, militante anarchiste, féministe et surtout comme l’une des figures majeures de la Commune de Paris (1871).

 

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 Delépine et Kervern sont issus du monde de la satire télévisée avec notamment l'émission Groland.
Nous en parlons ici.

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Le film contient également cet aspect satirique, mais conserve également quelques éléments surréalistes de leurs précédents films.

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La sortie du film a donné lieu à une promotion et donc à des entretiens.

En voici un extrait paru dans un numéro de Brazil2.

Delépine & Kervern dans Brazil²

Éric Coubard – Les gens sont très passifs. On leur a inculqué l’égoïsme, le nombrilisme… Un milliard d’euros partent en fumée et tout va bien. Personne dans la rue. Les banquiers continuent à nous enculer.

Benoît – Tu te plantes, il y a des vrais chiffres. Ce sont dix mille milliards de dollars partis en fumée. Et on sait que dans les paradis fiscaux, il y a dix mille milliards de dollars qui sont planqués. Je ne dis pas que tout est du fric pourri, mais il y en a au moins 50% qui échappent à l’impôt. Imaginons cinq mille milliards de dollars qui auraient dû être redistribués. Aux salariés, aux gens pauvres… Les trentenaires actuels, c’est une génération qui s’est fait niquer par quelques enculés, depuis dix ans. Ils vont de stage en stage et auraient dû avoir des CDI depuis longtemps. Les mecs ne bougent pas. Si ce film pouvait leur rapporter cette conscience, au moins. Pour en revenir au chiffre, il y a un milliard de gens qui gagnent moins d’un dollar par mois !

Gus – On est halluciné par la réaction des gens qui survivent. Ils sont prêts à manger des pâtes tous les jours, à restreindre leur niveau de vie.

Benoît – Ils ont fini par convaincre tout le monde de l’inéluctabilité de la mondialisation. Alors que c’est faux. C’est un hold-up. De là-haut. Et les médias nous montrent tout sauf là-haut. C’est un choc thermique. En tournant en Picardie, tu le ressens encore plus. Ils sont tous au RMI, les usines ont toutes été délocalisées et en même temps, ces gens restent sympas. C’est une forme de misère. Et quand tu vois qu’à trentre bornes [= 30 km] de Saint-Malo (35), tu te retrouve à Jersey avec un embouteillage de Ferrari, il y a quand même un problème.

Éric Coubard – Louise ne l’accepte pas et tire.

Benoît – Elle pète un plomb. Elle en a marre.

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Comme tous les films de Delépine et Kervern, celui-ci est un road-movie.

Il donnera l'occasion de passer dans des endroits sinistrés, utopique (le familistère de Guise, inspiré par le phalanstère de Charles Fourier), administratif (Bruxelles) ou fiscalement paradisiaques (Jersey)

 

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Le reste de l'entretien est plus joyeux.