Dans l’Ascension du Haut-Mal, David B. revisite sa propre histoire et celle de sa famille. Certaines cases de cette œuvre permettront d'évoquer des éléments de littérature, de géographie, de musique, d'histoire, voire d'ésotérisme.

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On retrouve dans cette image ésotérisme et histoire.

 

l'ascension du haut mal 36 pale détail

Il y a une référence à la bataille de Bouvines qui a eu lieu le 27 juillet 1214, il y a 800 ans.

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Bouvines (59) est une petite commune du nord de la France, près de la Flandre.

Certains disent que cette bataille a été décisive pour le royaume de France. D'ailleurs, Philippe Auguste (1165-1180-1223) a été le premier Capétien a prendre le titre de roi de France.

Il a été le septième roi de la dynastie des Capétiens (987 – 1328). Il y en eut quinze.

 Beaucoup de sites sont consacrés à ce moment. Citons celui-ci qui semble complet et celui-là qui rend compte des événements prévus pour la commémoration de cette journée.

 

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Elle a constitué l’une des étapes de la formation du territoire français.

 (C'est aussi vers cette époque que le Berry a achevé de faire partie intégrante du Royaume de France).

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Image trouvée sur cette amusante note

Ce territoire alors domaine royal est figuré en bleu sur ces deux cartes. On voit aussi le recul des Plantagenêt, dynastie royale anglaise dont les territoires sont indiqués en rouge. Le grand ouest de 1180 (début du règene de Philippe Auguste) se réduit en 1223 à l’Aquitaine à la fin de son règne.

 

Conquêtes de Philippe Auguste - trouvée sur Wikipédia

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Concernant cette bataille, on a coutume de faire référence au livre de Georges Duby (1919-1996) intitulé Le Dimanche de Bouvines (1973).

Il faut lire cette présentation sur le site de Gallimard.

Elle explique en quoi ce livre est particulier dans la bibliographie de Duby. En effet, attaché à décrire les évolutions historiques sur de longues périodes, il a étonné en cherchant à décrire un événement particulier.

« En 1968, je reçus proposition d'écrire, pour la collection "Trente journées qui ont fait la France", le livre consacré à l'un de ces jours mémorables, le 27 juillet 1214. Ce dimanche-là, dans la plaine de Bouvines, le roi de France Philippe Auguste avait affronté malgré lui la coalition redoutable de l'empereur Otton, du comte de Flandre Ferrand et du comte de Boulogne Renaud ; il était, grâce à Dieu, resté le soir maître du champ. L'empereur avait détalé ; les deux comtes rebelles étaient pris. Victoire, comme on l'a dit et répété, fondatrice : les assises de la monarchie française en furent décidément raffermies. Une bataille. Un événement. Ponctuel. Retentissant. »
Quel intérêt, pour le grand historien des sociétés médiévales que fut Georges Duby, attaché aux profondeurs d'une histoire longue et lente, d'accepter de traiter un sujet aussi convenu dans une collection qui, de surcroît, incarnait un genre d'histoire si étranger à celui dont il était un illustre représentant ?
Renouveler de fond en comble l'approche de l'événement. Le subvertir de l'intérieur. Substituer au récit une anthropologie de la guerre au XIIIe siècle et amorcer une histoire du souvenir. « Planter le drapeau de l'histoire nouvelle sur l'Annapurna de l'histoire la plus traditionnelle », écrit Pierre Nora, l'historien des lieux de mémoire, dans sa préface qui situe ce grand classique dans le mouvement de la production historique.

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Dans ce petit entretien réalisé en 1983, il parle un peu de ce livre et de sa vocation d’histoire.

Il parle aussi d'un projet de film sur le sujet qui n'a pas vu le jour.

Notons que la journaliste présente cette bataille comme une parmi d'autres, que les Français ont oubliée

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Transcription

Geneviève Guicheney – Alors quel livre nous faites-vous lire aujourd’hui ?

Élisabeth Kiledjian – Alors aujourd’hui on va renconter un histoiren. Ça va un petit peu changer de la littérature, des romans. L’historien, c’est Georges Duby. C’est l’un des grands grands spécialistes du Moyen-Âge. Il est professeur au Collège de France, c’est toujours très sérieux. C’est quelqu’un de très séduisant, de très serein. Ça a été un grand plaisir de le rencontrer.

Geneviève Guicheney – Et de très rare à la télévision, il faut bien le dire.

Élisabeth Kiledjian – Très rare à la télévision. Il avait animé une série qui s’appelait le Temps des Cathédrales. Mais c’est quelqu’un qui ne donne pas énormément d’interviews, dont le visage n’est pas vraiment familier.
Alors Georges Duby, quand il sort de son bureau du Collège de France, et quand il cesse se pencher sur le Moyen Âge,

  • c’est quelqu’un qui est dans le présent ;
  • c’est quelqu’un qui se bat pour l’enseignement de l’Histoire ;
  • c’est quelqu’un qui fait partie d’un comité d’historiens qui se battent pour la libération d’un historien polonais, Karol Modzelewski [né en 1937], prisonnier depuis le 13 décembre.

D’ailleurs, pour Duby – autre chose d’un peu surprenant – il est en train de travailler à un scénario avec le directeur de publication de Libération Serge July sur une bataille dont on reparlera tout à l’heure.
Je crois que pour lui, l’Histoire, c’est pas un refuge, c’est vraiment une manière de mieux vivre le présent, de mieux se colleter avec le présent.

Geneviève Guicheney – Nous écoutons Georges Duby.

Georges Duby – À quoi bon essayer de remuer des cendres aussi lointaines et tenter de faire revivre des gens qui ont vécu il y a mille ans ? À quoi ça sert ? Et puis je m’aperçois très vite que, effectivement, l’Histoire, c’est quand même une éducation de l’homme dans le quotidien de la vie.
L’Histoire, d’abord,

  • ça enseigne l’esprit critique ;
  • ça enseigne à ne pas se laisser prendre au mot,
  • à traiter l’information d’une manière extrêmement aiguë de façon à débarasser tout ce qui peut déformer la vérité.

Lorsque j’étais en classe de philosophie, mon professeur d’histoire a consacré deux heures de cours à nous expliquer – à ce moment-là, c’est vieux, hein ! c’était en 1937 – à nous expliquer ce qu’était très simplement la doctrine de Marx. Ce qui fait que j’ai reçu, si vous voulez, mon initiation au marxisme très jeune en dehors de tout contexte politique d’une manière qui m’a permis de prendre cette doctrine pour ce qu’elle est, c’est-à-dire pour une incitation extrêmement puissante à poser les problèmes de l’histoire de l’humanité d’une façon nouvelle, d’une façon ferme, mais sans qu’il y ait du tout endoctrinement, voyez-vous ? Donc, là je prends cet exemple parce que j’aimerais que dans le monde d’aujourd’hui, les jeunes gens qui ont maintenant l’âge que j’avais soient ainsi préparés. Et préparés, justement, à ne pas se laisser trop prendre par les idéologies et à considérer tout ce qu’on apporte d’un œil critique.

Élisabeth Kiledjian – Vous aviez publié un livre vraiment passionnant sur la Bataille de Bouvines qui s’appelait le Dimanche des Bouvines. Vous êtes en train d’écrire un scénario avec quelqu’un d’assez inattendu qui est Serge July [né en 1942].

Georges Duby – Oui. Alors là je rectifie tout de suite, c’est Serge qui écrit le scénario parce qu’il a de l’imagination plus que moi et moi je suis à côté de lui un peu pour l’aider à ne pas faire d’anachronisme, à respecter la vérité historique. Oui, c’est une aventure étrange, j’ai écrit ce livre il y a déjà plusieurs année avec beaucoup de joie. C’est un des livres que j’ai écrits que je préfère parce que je trouve qu’il est assez vif. Et un producteur qui est François Ruggieri un jour est venu me dire : « je voudrais qu’on en tire un film » et j’étais d’accord et puis un an après il m’a dit « bon, ben ça marche, c’est Miklós Jancsó [1921-2014] qui veut bien réaliser ce film, être le metteur en scène, et puis Serge July accepte de faire le scénario » Alors nous sommes en train de travailler.

Élisabeth Kiledjian – Quelqu’un va mettre en image cette bataille de Bouvines, est-ce que vous vous demandez quelle va être la correspondance entre vos propres images et les siennes ?

Georges Duby – Oui, oui. Ça m’amuse beaucoup d’ailleurs parce que.. vous savez on parlait d’iconographie, on n’en a pas beaucoup de cette époque-là. C’est une époque très très lointaine, il reste très peu de vestige et en particulier ilo ne reste aucun portrait de cette époque. On ne sait pas du tout la tête qu’avait Philippe Auguste. J’aimerais bien la connaître. Et alors, je ne sais pas, mettre à la place de ce vide la tête de Gérard Depardieu par exemple, moi, j’attends de voir ce que ça va donner, avec un petit peu d’anxiété d’ailleurs, voyez-vous ?

Élisabeth Kiledjian – Je crois qu’on attend de voir aussi. Je voudrais simplement… Il y a beaucoup de livres qui ont été écrits et publiés par Georges Duby,

  • le Dimanche des Bouvines existe toujours en collection de poche chez Gallimard ;
  • et puis on peut lire un livre qui s’appelle la Femme, le Chevalier et le Prêtre [sic] publié dans la collection Pluriel, chez Hachette qui démontre que le mariage, cette vieille institution a été le résultat d’un véritable conflit, d’une véritable bataille entre l’Église et le reste de la société au Moyen Âge ;
  • et puis la Fin des temps qui est simplement préfacé par Georges Duby qui est un recueil de textes sur la fin des temps, la préface mérite d’être lu et le recueil aussi.

Geneviève Guicheney – Merci Élisabeth.

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