Publiée en février 2014, cette vidéo m’est parvenue lundi par le truchement des réseaux sociaux (merci Anne !).

 

extrait de Abitibi ExpressLire l'article complet ici.

 

Elle vient de Rouyn-Noranda, le chef lieu de la région de l’Abitibi-Témiscamingue, au sud-ouest du Québec. Rouyn-Noranda est également le nom de l’une des municipalités régionales de l’Abitibi-Témiscamingue.

La vidéo est conçue sur le principe de Bref, une série télévisée très vive que nous avions longuement évoquée ici. (À la fin de cette note-ci, on trouvera une modeste critique comparative.)

La vidéo qui nous intéresse aujourd'hui a été écrite par Isabelle Rivest (également musicienne) et réalisé par Dominic Leclerc.

 

Dominic Leclerc & Isabelle Rivest (Photo: Cyclopes)
Photo trouvée ici

Ils ont déjà travaillé ensemble à divers projets institutionnels liés au tourisme (comme celui-ci). Ils sont également les auteurs d'une web série, intitulée Le stage de Kassandra (sur laquelle je ne suis malheureusement pas parvenu à jeter un coup d'oeil).

L’interprète principale est la comédienne Mélanie Nadeau.

Le court-métrage a été tourné dans l'école la Source, à Rouyn-Noranda.

On lira avec intérêt une note d’Arnaud Gonzague, spécialiste des questions d’éducation au Nouvel Observateur. Il y esquisse une comparaison entre les pratiques d’enseignement américaines et françaises.

 

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Ajoutée le 24 février 2014 par Prof Passionné

Transcription

[sonnerie du réveil]

Bref.
Mon cadran a sonné à 6h45.
J'ai buzzé sur snooze pour dormir encore dix minutes.

[cri d'un nourisson]

J'ai pas dormi dix minutes de plus.

J'ai habillé les enfants.
Je leur ai fait des roulades au beurre d'arachide.

[sonnerie du réveil – rappelez-vous le snooze]

Puis j'ai rhabillé les enfants.

Nous avons quitté la maison à 7h52 et je me suis assuré que j'avais tout :

  • mon sac de cuir avec le matériel usuel ;
  • mon sandwich pour le dîner ;
  • les travaux corrigés des groupes 28 et 31 ;
  • les travaux non-corrigés des groupes 27 et 25 ;
  • les 7 clefs USB pour les travaux de mes 7 élèves dyslexiques, dysphasique, dysorthographique, TED & Asperger ;
  • mon portable ;
  • deux boîtes de kleenex ;
  • les cartons de couleurs ;
  • une barre tendre pour le petit Manu, parce que Manu, personne lui dit que c'est important de déjeuner.

À 8h20 je suis arrivée à l'école.

J'ai pris :

  • mes courriers,
  • mes courriels,
  • mes messages,
  • mes mémos.

J'ai même pris le temps d'avoir des relations humaines hamonieuses au travail.

Moi - Salut tout le monde !
Mes collègues - Salut !
Ma collègue - Dis-moi donc, c'est ce soir le plan d'intervention pour Jonathan ?

Comme je venais de lire l'information

  • par courrier,
  • par courriel,
  • dans un message,
  • et sur un mémo,

j'ai dit :

Moi - oui, c'est ce soir.

[La cloche sonne.]

À 9h10 le cours a commencé.

J'ai dû gérer

  • les élèves absents de la classe,
  • les élèves absents dans la classe,
  • et ceux toujours en retard.

Jonathan - mon cadenas; y s'ouvrait pu, [...] je voulais chercher mes affaires sauf qu'il était dans la case à mon ami qui joue au basket avec.

Puis j'ai parlé avec beaucoup de passion du mode de vie des Romains et de leur ingéniosité en enrobant mon enseignement d'une touche d'humour.

Moi - C'est aussi pour ça qu'on appelle ça de la laitue romaine !

[éclat de rire général.]

On a commencé le super projet sur les inventions romaines que j'ai mis sur pied par les soirs et les weekends pendant un dernier mois.

[flashback : préparation de l'activité]

Les élèves étaient épanouis à l'exception :

  • d'Hélène qui était en peine d'amour,
  • d'Étienne qui s'était couché trop tard,
  • et d'Héloïse qui s'interrogeait sur le bien-fondé de mon activité :
    Héloïse - Mais ça compte-tu, ça ?

La cloche a sonné, j'avais dix minutes de pause.

[Elle réarrange les chaises.]

La pause était terminé.

Les élèves sont arrivés. J'ai parlé avec beaucoup de passion du mode de vie des Romains et de leur ingéniosité en enrobant mon enseignement d'une touche d'humour.

- C'est aussi pour ça qu'on appelle ça de la laitue romaine !

[Bide]

Les élèves n'ont pas ri.
J'ai gardé le silence.
Ils ont gardé le silence.
J'étais mal à l'aise.
Ils étaient mal à l'aise.
J'étais mal à l'aise que mes élèves soient mal à l'aise pour moi.
Chloé m'a souri parce qu'elle a une sensibilité au dessus de la moyenne et que ses parents lui ont appris la compassion.

[La cloche sonne.]

À midi j'ai appelé les parents de Noémie.
Ils ont dit qu'une personne comme moi ne devrait jamais enseigner.
J'ai été touchée. Je suis restée courtoise et professionnelle puis j'ai raccroché.

Ensuite j'ai appelé les parents de Martin.
Ils ont dit que je faisais la différence dans la vie de leur fils.
Moi - Vous êtes gentils.
J'ai été touchée. Je suis restée courtoise et professionnelle puis j'ai raccroché. Avec un grand sourire.

À midi dix, j'ai attrapé mon sandwich et je suis allé à la réunion pour le voyage en parascolaire.
On a eu le temps d'être d'accord – pas d'accord – d'accord – pas d'accord – d'accord, mais pas de manger un sandwich.

Puis j'ai couru jusqu'à ma classe parce que, jour 6, y a de la récupération.

[La cloche sonne.]

À treize heures la cloche a sonné.
J'ai reparlé des Romains.
Mais comme Manu n'avait ni déjeuné ni dîné, il a vomi.
Je lui ai donné mon sandwich.
À seize heures j'ai repris la parole dans un plan d'intervention pour aider Jonathan à retrouver son goût pour l'école et tant qu'à y être ses cahiers d'activités restés dans la case de son ami avec qui il joue au basket.

Je suis sorti de l'école à 17h12 en repensant que mes élèves, ben...

[les élèves]

... je les aime.

Bref, j'étais un prof.

[générique de fin - crédits]

Mon conjoint - Tu viens te coucher, chérie ?

[cri d'un nourisson]

 

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Le principe technique en est effectivement respecté : montage vif, écho entre image et son, humour et émotion. On retrouve également un ton, distancié, et un humour basé sur les choses du quotidien.

En revanche, le pastiche réalisé pour redorer l’image des professeurs varie sur un point essentiel : le personnage principal. Dans la série originale, « je » est apathique, véléitaire, égoïste et déprimant. Dans cet épidode « je » est dynamique, volontariste, passionnée, altruiste et professionnelle.

Quant à l’humour, s’il est basé dans les deux cas sur le quotidien, la différence fondamentale réside dans l’objet des préoccupations des protagonistes. Dans le « Bref » français, ce que le narrateur remarque le concerne d’abord lui (même si ses préoccupations peuvent avoir un écho générationnel). Dans ce pastiche québécois, les préoccupations de la narratrice concernent d’abord ses élèves : elle est à l’écoute des problèmes à première vue les plus insignifiants, pour tâcher de les résoudre « tant qu’à y être ».