L'Institut Français de Serbie communique ceci :

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Dans le cadre du cycle « Penser la guerre »

 Projection intégrale de la série documentaire avec une introduction de l’historien Frédéric Guelton.
Conférence en français avec traduction simultanée. Le film est sous-titré en serbe.
Entrée libre.


Vendredi 13 juin - 17h
Cinémathèque yougoslave, Uzun Mirkova 1

carton d'invitation

 

Dans le cadre de la commémoration du Centenaire de la Première guerre mondiale et du cycle « Penser la guerre », l’Institut français et la Cinémathèque yougoslave ont l’honneur de projeter pour la première fois en Serbie la série Apocalypse, la Première guerre mondiale. Le film sera précédé d’une conférence de Frédéric Guelton, conseiller historique de la série. Cet événement s’inscrit également dans le cadre du Festival du film nitrate.

 

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Apocalypse est une série de séries de documentaires. Vous avez bien lu : il s'agit d'une collection d'ensembles de documentaires consacrés aux événements violents qui ont parsemé notre vingtième. Fort du succès de las érie consacrée à la deuxième guerre mondiale, Isabelle Clarke & Daniel Costelle (né en 1936) se sont attelé au récit du premier conflit mondial.

 

apo2

 

L'intérêt principal de ce documentaire réside dans la quantité d'images inédites exhumées pour l'occasion.

On apprend sur wikipédia que « Par ordre d’importance, les archives montées proviennent des pays suivants :
France,
USA,
Allemagne,
Royaume Uni,
Canada,
Australie,
Autriche,
Russie,
République de Serbie,
Belgique,
Pays-Bas,
Italie,
Hongrie,
Slovaquie et
Arménie. »

Je ne suis qu’à moitié étonné de voir la Serbie si bien située dans cette liste de fournisseurs d'archives.

 

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Le sommaire du documentaire que vous allez peut-être voir ce soir se présente ainsi.

  • Furie (avant guerre-août 1914): Comment en est-on arrivé là ?
  • Peur (août 1914-août 1915)
  • Enfer (septembre 1915-novembre 1916)
  • Rage (février 1917-septembre 1917)
  • Délivrance (octobre 1917-juin 1919)

Même si le plan a changé depuis la bande-annonce ci-dessous (elle date de 2012), celle-ci permet de donner une idée de la qualité des images.

 


Publiée le 25 mars 2014 par VideoCDIP

Transcription

Dans les champs des Flandres, les coquelicots fleurissent entre les rangées de nos croix de bois.
Nous sommes les morts. Il y a seulement quelques jours, nous pouvions voir l'aube et le crépuscule.
Nous étions aimés, nous aimions, et maintenant nous reposons sous les champs des Flandres.

Poème du Médecin-Colonel John McCrae, mort en 1918.

Dix millions d’hommes sont morts. Comment cela a-t-il été possible ?

Avec quelle rage l’Europe s’est-elle suicidée ?

La Rage 1914-1915

Quelle rage s’empare des Serbes, des Autrichiens, des Russes, des Allemands, des Français, et de tous les peuples de l’Empire Britannique, de quitter leurs maisons, leurs femmes et leurs enfants, sans fleur au fusil mais le sourire aux lèvres.

Vont-ils garder leur sourire ?

La Peur 1915-1916

Les gaz.

Comment vont-ils survivre à la fumée mortelle des gaz empoisonnés ?

Le sang 1916-1917

La boue et le sang.

Comment vont-ils survivre aux champs de mort de Verdun, de la Somme, de […].

Comment vont-ils survivre sur tous les fronts de cette guerre mondiale où l’on se bat partout, même à l’arrière.

Ils auront de la chance, ceux qui s’en sortiront vivants.

Vivants ! 1917-1918

Les uns perdront la guerre.

Les autres la gagneront.

Mais la guerre sera une défaite pour tous.

Ils y auront perdu leur jeunesse, ou leur visage, ou leur raison.

100% archives Couleur / HD / 5.1 SR
Avec la participation de France Télévisions et TV5 Canada et le soutien de Media.
Sortie : Printemps 2014 Ventes internationales France Télévisions Distribution.

 

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France 2 a diffusé un entretien promotionnel avec les auteurs de ce documentaire.

 

daniel-costelle

 

Ils y exposent la façon dont ils ont abordé ce travail.

 


Publiée le 25 février 2014 par studioftv

 

Transcription (La voix off est celle de Mathieu Kassovitz.)

Costelle – Ceci est un clap.

De 1914 à 1918, près de quatre millions d’êtres humains ont été plongés dans la guerre.

Costelle – Bonjour Isabelle Clarke.

Clarke – C’est un show man.

Costelle – Alors voilà, Isabelle Clarke, c’est mon patron, c’est la réalisatrice de toutes les séries Apocalypse et de bien d’autres émissions. Cela fait une bonne vingtaine d’année que nous sommes mariés et que nous travaillons ensemble.

France 1918. Pendant la première guerre mondiale, les cameramen du monde entier ont pris des risques pour tourner ces images. Ils en ont reconstitué certaines. Nous avons rajouté la couleur et le son.

Costelle – La collection Apocalypse recouvre au fond le début du cinématographe jusqu’à la fin de la guerre froide l’ensemble d’un siècle qui est le siècle de la guerre. Alors évidemment c’est un fond de violence, maius c’est avant tout un fond historique. Le fait d’avoir fait Apocalypse la première guerre mondiale après la deuxième guerre mondiale et après le succès planétaire d’Apocalypse qui a été vu dans 165 pays par plus de cent millions de téléspectateurs, après on a eu des moyens qui nous ont permis de renouveler la recherche sur la première guerre mondiale. Merci à France Télévision et notre production, à notre producteur Louis Vaudeville, on a réussi à renouveler complètement la vision qu’on avait de la première guerre mondiale.

Clarke – On a peut-être abordé le sujet avec beaucoup d’appréhension, c’est pas peut-être c’est certain parce que justement on avait comme ça en mémoire « voilà, y a peu d’images sur 14-18, c’est toujours les mêmes » et puis on a été agréablement surpris puisqu’on a 400 heures d’images pour la plupart en tout cas plus de la moitié qui sont inédites.

Costelle – D’abord on a eu la chance inouïe d’avoir une co-production franco-canadienne. Et les Canadiens nous ont ouvert leurs cinémathèques et c’est très impressionnant. Et là vous avez des documents qui n’ont jamais été sollicités. Et on a des choses qui sont formidables sur les offensives… Beaucoup de choses viennent du Canada, mais viennent aussi d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de Suède, de Norvège, ce que vous voudrez…

Clarke – On a imaginé, en tout cas on a espéré, trouver des images d’amateurs. On a pensé que c’était impossible, c’était un peu jeune, et notre documentalise, Valérie Combard, nous a trouvé des documents d’amateurs. Notamment une famille française qui se filme tout au long de la guerre.

Dans un grand hôpital de l’arrière, Pierre Weber est soigné par une infirmière, Charlotte, dont il tombe amoureux. Ça convalescence lui permet d’amener Charlotte à L’Étang-la-Ville (78), près de Paris. Les voici tous les deux dans la roseraie de sa sœur, Jacqueline, mariée à un pionnier du cinéma d’amateur, René Ferrari[1].

Clarke – On a été frappé surtout… c’est que plus on avance dans la guerre, plus les caméras se rapprochent, on a les visages, on est vraiment au fond de la tranchée, c’est pour ça que dans l’épisode trois, on a vraiment voulu s’arrêter, et c’est le coeur de la série, cet épisode, on est avec les hommes au fond de la tranchée, on a pris un peu de temps on est au quotidien avec eux. Mais ça a été un matériel très très compliqué à travailler parce qu’au fond on est un peu des archéologues audiovisuels. C’est-à-dire que l’image, lorsqu’elle nous arrive dans la salle de montage pour monter, l’image est très moche parce que les documentalistes n’ont pas le droit de les faire tirer, les documentalistes filment sur une visionneuse, donc on a une image fantômatique… Donc voilà, on monte avec ce matériel et puis lorsqu’on commande les images, les images nous arrivent en clair et là, c’est vrai, c’est une jolie surprise mais c’est un travail d’archéologie.

Costelle – Oui et puis d’identification, l’identification, ça c’est sûr…

Clarke – L’identification. Tout au long du dérushage on a travaillé avec des historiens qui nous ont accompagnés tout au long du dérushage.

Costelle – Oui. Ils ne nous ont pas seulement accompagnés, ils nous ont aussi persécutés.

Clarke – Oui.

Costelle – Ils disaient « là, attention,ça, vous n’avez pas le droit de faire ça »etc.

Clarke – C’est-à-dire qu’en plus de ça les hommes changent d’uniforme en 1915 donc il faut dire que les images de 14 sont de 14, de 15 sont de 15, 16 sont de 16, en fin je veux dire… il y a une sorte de diktat comme ça sur Apocalypse, les images sont d’époque absolument… et puis une grnade grande passion d’un seul coup pour aller au plus proche, au plus vrai de ces combats, de la douleur, de la misère…

À Paris, de son palais de l’Élysée, le Président de la République Française, Raymond Poincaré, écrit dans ses mémoires. « Samedi premier juillet 1916, le sang coule à flot au nord de la Somme. Pendant ce temps, le soleil joue dans les arbres de l’Élysée. Ormes, sycomores, marronniers d’Inde, acacias, ont des verts de toutes nuances, qui font dans la lumière une harmonie délicieuse. Ramiers, merles et petits oiseaux s’ébattent sur la pelouse. » Et il ajoute pour conclure : « Là-bas, à Verdun (55), ou dans la Somme (80), meurent des milliers de braves. »

Costelle – Dans la première guerre mondiale, ce qui est épouvantable, c’est que dans la société qui est en pleine expansion, qui est vraiment heureuse, c’est qu’il y a une sorte de démence, de suicide effectivement de la société…

Clarke – …de l’Europe…

Costelle – … de l’Europe, de la société européenne au moment-même où elle était dans sa meilleure expansion. La guerre de 14 a tout cassé et elle amené ensuite le nazisme, elle a amené le stalinisme, elle a amené le fascisme… elle a cassé cet effort de civilisation. Et ensuite elle a amené l’arme nucléaire, elle a amené les bases d’un suicide collectif de la civilisation.

Clarke – C’est un peu hypocrite de dire que c’est aussi qu’on s’y attendait pas parce que, au fond, tout le monde a ses plans de guerre. Tout le monde a ses plans Schlieffen, a ses plans  c’est-à-dire c’est vrai qu’il a fallu l’étincelle qui est partie des Balkans et puis là d’un seul coup tout le monde a une bonne raison pour y aller.

Costelle – C’est pas des détraqués qui font la guerre de 14, c’est les fous. C’est pas du tout la même chose. On sait très bien que dans la folie il y a une logique.

Le 21 février 1916, à 7h15, lance l’opération Gericht, « jugement ». En quelques heures, un million d’obus s’abattent sur les positions françaises.

Clarke – On est avant tout des cinéastes plus que des documentaristes. Le choix, c’est le choix des cinéastes et c’est la quête d’images inédites et surtout au final une oeuvre mémorielle quelque chose qui regroupe, que les gens emmènent. C’est le contraire, peut-être, du musée, mais en tout cas c’est l’objet qu’on approche, qu’on peut toucher, le caresser, et qu’on emmène chez soi.

Costelle – Je crois que notre démarche à nous, essentiellement, c’est une démarche de cinéma, c’est-à-dire que nous faisons des films, nous faisons du mouvement et en même temps on raconte une histoire bien entendu avec beaucoup de soins et beaucoup de contrôle d’historiens, etc.

Clarke – Notre volonté, c’est effectivement d’insuffler de la vie à ces images d’archives donc on le fait au moyen de la couleur, au moyen du son, on le fait avec Mathieu Kassovitz qui a une sorte dl’intelligence et aussi d’engagement dans son texte…

Costelle – … et d’émotion…

Clarke – … et d’émotion… Mais voilà, c’est ça, c’est cette démarche de redonner vie à ces images. Cette énergie qui sort et qui diffuse.

Costelle – Et on dit « remise en couleur », pour quoi ? Parce que nous avons les moyens techniques aujourd’hui – enfin déjà dans Apocalypse, on avait les moyens techniques – de retrouver la couleur selon deux modes. D’abord un mode technique, c’est-à-dire par rapport à la nuance des gris, à la transcription en noir et blanc des couleurs, on peut les retrouver aujourd’hui, on a des tas de moyen. Et d’autre part par une analyse historique extrêmenent poussée : pour chaque minute de film que nous avons remis en couleur, nous avons peut-être des journées d’historiens qui décident que tel uniforme est de tel vert, etc. Il y a un souci historique absolu.

 

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L’entretien que France 2 propose avec les auteurs de ce documentaire soulève quelques points concernant :

  • Le parti pris de coloriser les images.
    S’il est défendable, peut-il se justifier par la volonté de rendre « plus vivantes » des images d’archives ? Le montage ne suffit-il pas (voir Paris 1900 de Nicoles Védrès, monté par Alain Resnais) ? Il y a bien sûr la volonté louable de vouloir toucher un public que le "noir et blanc" peut rebuter.
  • Leur rapports avec les historiens.
    Le travail des historiens (dont Frédéric Guelton) semble avoir été une source de contraintes…
  • L'opposition documentaire/cinéma.
    En effet, étant donné le nombre de grands cinéastes s’étant essayés, voire révélés, au documentaire (Jean Renoir, Alain Resnais, Michelangelo Antonioni, Roberto Rossellini, Robert Flaherty, Jean Rouch, Jean Painlevé… des cinéastes souvent rigoureux et qui faisaient des "trucs de cinéma"), l'opposition documentaire/cinéma peut-elle se réduire à l'opposition objectivité/spectacle ?

Restent pour souligner l’intérêt de ce film :

  • la quantité d’images d’archives inédites (retrouvée pour l’essentiel par Valérie Combard) ;
  • la rigueur des historiens (dont Frédéric Guelton) ;
  • le texte et la voix de Mathieu Kassowitz.

 

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Les auteurs (Daniel Costelle, Isabelle Clarke et Mathieu Kassovitz) éclaircissent ces points qui leur ont été opposés dans On n'est pas couché, un talk-show hebdomadaire du samedi soir présenté par Laurent Ruquier.

Les rapports entre l'histoire, l'émotion et l'analyse y sont évoqués.

 


Publié le 31 mars 2014 par On n'est pas couché



[1] On lira cette histoire parue dans le parisien avec intérêt.