Petite série estivale autour d'un poème de Paul Valéry dont la postérité nous étonne. Cette série nous a été inspirée par cet extrait de l'Ascension du Haut Mal de David B.

 

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Le Cimetière marin a fait des émules. L'autre Sétois notoire qu'était Georges Brassens (1921-1981) est né Sète (34) un an après la publication du Cimetière Marin de Paul Valéry, cité dans la huitième strophe de la chanson que vous allez entendre.

 

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Cette édition japonaise d'un album de Georges Brassens n'est pas anodine. Nous verrons une autre occurrence du Cimetière Marin de Paul Valéry dans la culture japonaise dans quelques jours.

 


Mise en ligne le 11 janvier 2011 par friskvind

 

 [nous avons mis quelques liens explicatifs, mais pour un explication détaillée, on aura intérêt à se référer à ce site consacré aux textes de Brassens.]

 

(Georges Brassens)

1. La Camarde, qui ne m'a jamais pardonné
D'avoir semé des fleurs dans les trous de son nez
Me poursuit d'un zèle imbécile.
Alors, cerné de près par les enterrements,
J'ai cru bon de remettre à jour mon testament,
De me payer un codicile.

2. Trempe, dans l'encre bleue du golfe du Lion,
Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion,
Et, de ta plus belle écriture,
Note ce qu'il faudrait qu'il advînt de mon corps,
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord
Que sur un seul point: la rupture.

3. Quand mon âme aura pris son vol à l'horizon
Vers celles de Gavroche et de Mimi Pinson,
Celles des titis, des grisettes,
Que vers le sol natal mon corps soit ramené
Dans un sleeping du « Paris-Méditerranée »,
Terminus en gare de Sète.

4. Mon caveau de famille, hélas !, n'est pas tout neuf.
Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf,
Et, d'ici que quelqu'un n'en sorte,
Il risque de se faire tard et je ne peux
Dire à ces braves gens « Poussez-vous donc un peu ! »
Place aux jeunes en quelque sorte.

5. Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus,
Creusez, si c'est possible, un petit trou moelleux,
Une bonne petite niche,
Auprès de mes amis d'enfance, les dauphins,
Le long de cette grève où le sable est si fin,
Sur la plage de la Corniche.

6. C'est une plage où, même à ses moments furieux,
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux,
Où, quand un bateau fait naufrage,
Le capitaine crie: « Je suis le maître à bord !
Sauve qui peut ! Le vin et le pastis d'abord :
Chacun sa bonbonne et courage ! »

7. Et c'est là que, jadis, à quinze ans révolus,
À l'âge où s'amuser tout seul ne suffit plus,
Je connus la prime amourette.
Auprès d'une sirène, une femme-poisson,
Je reçus de l'amour la première leçon,
Avalai la première arête.

8. Déférence gardée envers Paul Valéry,
Moi, l'humble troubadour, sur lui je renchéris,
Le bon maître me le pardonne,
Et qu'au moins, si ses vers valent mieux que les miens,
Mon cimetière soit plus marin que le sien,
Et n'en déplaise aux autochtones.

9. Cette tombe en sandwich, entre le ciel et l'eau,
Ne donnera pas une ombre triste au tableau,
Mais un charme indéfinissable.
Les baigneuses s'en serviront de paravent
Pour changer de tenue, et les petits enfants
Diront : « Chouette ! Un château de sable ! »

10. Est-ce trop demander ? Sur mon petit lopin,
Plantez, je vous prie, une espèce de pin,
Pin parasol, de préférence,
Qui saura prémunir contre l'insolation
Les bons amis venus fair' sur ma concession
D'affectueuses révérences.

11. Tantôt venant d'Espagne et tantôt d'Italie,
Tout chargés de parfums, de musiques jolies,
Le mistral et la tramontane
Sur mon dernier sommeil verseront les échos,
De villanelle un jour, un jour de fandango,
De tarentelle, de sardane...

12. Et quand, prenant ma butte en guise d'oreiller,
Une ondine viendra gentiment sommeiller
Avec moins que rien de costume,
J'en demande pardon par avance à Jésus,
Si l'ombre de ma croix s'y couche un peu dessus
Pour un petit bonheur posthume.

13. Pauvres rois, pharaons ! Pauvre Napoléon !
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon !
Pauvres cendres de conséquence !
Vous envierez un peu l'éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances...

Vous envierez un peu l'éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances.

 

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- Et l’angoisse de la mort ? Vous la ressentez ?

BRASSENS - Non… en acceptant de vivre, j’ai accepté de mourir aussi. Alors…

FERRÉ - Ceux qui écrivent, comme nous, sont naturellement obsédés par la mort. On y pense tous les jours…

BRASSENS - C’est un de nos sujets favoris, forcément. Il n’y a pas trente-six sujets, vous savez ; quand on écrit on est obligé de rencontrer la mort.

FERRÉ - Mais ça n’est pas forcément triste. La chanson de Georges sur son enterrement n’est pas triste…

BRASSENS - À ce sujet, Léo, je te signale que je m’en fous d’être enterré sur la plage de Sète ! Ca m’est complètement égal… J’ai fait ça pour m’amuser, quoi. Pour aller au bain de mer. [rires]

Petit dialogue extrait d'un entretien avec Brassens, Brel et Ferré pour Rock & Folk.

A lire ici.

 

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Si Georges Brassens a mainte fois été repris, ce n'est pas le cas de cette chanson.

On entrouve pourtant une repise sur ce "tribute album".

 

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C'est Magyd Cherfi (né en 1962), de Zebda qui s'y colle. Même s'il est de Toulouse (31), qui n'est pas un port, son accent sied à la chanson.

 

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Image trouvée ici

 

 

 On appréciera le mélange de rythmes venus des deux côtés de la Méditerranée.

 


Mise en ligne le 20 mai 2011 par 56ska