Tenir la rubrique Franserbe (dont le titre ne me satisfait plus tellement) est très instructif, notamment grâce aux TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) et au fond immense et gratuit de la BNF (Bibliothèque Nationale de France) mais aussi grâce à de vieux livres glanés dans la rue (en l'occurrence, du côté de Studenski Trg à Belgrade).

 

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La semaine dernière, j’ai découvert un vieux livre d’Yvette Guilbert (1865-1944), un repère important dans l’histoire de la chanson française. Dans ce livre assez étrange (lisible ici dans son intégralité) on relève une anecdote liée au roi Alexandre Obrenović de Serbie (1876-1903, il avait 16 ans au moment de l'anecdote) et à l’actrice Sarah Bernhardt (1844-1923).

 

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L’anecdote est légère et sans grand intérêt. J'ignore à quel point elle est authentique. La voici cependant :

La première fois que je vis "de près" Sarah Bernhardt, ce fut au Figaro. Une superbe réception était faite au roi de Serbie, Alexandre, venu pour la première fois à Paris. On avait demandé l'élite des théâtres et les grandes étoiles étaient là. Sarah Bernhardt avait la réputation de se tirer des "corvées" par un évanouissement. C'était simple et facile pour elle, et ce soir-là, le roi, qui avait été retenu à un gala de l'Élysée, nous fit attendre si longtemps sa venue que, vers 2 heures du matin, les directeurs du Figaro ne savaient plus comment apaiser nos impatiences. Enfin le roi arriva.

Sarah Bernhardt, nerveuse, fatiguée, demanda à être la première du programme qu'on allait offrir au roi, et montant sur la plate-forme, elle commença la poésie célèbre :

"Si tu veux faisons un rêve..." (Victor Hugo, 1859, voir plus bas)

et crac, elle chancela, et tomba raide sur le tapis... Un aide de camp du roi sauta sur l'estrade et, relevant la célèbre artiste, voulut l'asseoir sur un fauteuil, on l'y aida ; alors l'aide de camp, empoignant une carafe d'eau glacée, voulut la vider sur la poitrine de Sarah. Elle bondit ! On retira la carafe des mains de l'aide de camp et Sarah, pantelante, fut portée à sa voiture dans les bras de je ne sais plus qui... Et elle fila se coucher !

Ce soir de la réception du Figaro, j'avais, à l'arrivée de Sarah Bernhardt, été lui baiser la main.

 

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« Si tu veux, faisons un rêve » est donc un poème de Victor Hugo.

 

 

Il a paru dans La Légende des Siècles (1859) et plus précisément au chapitre V.

V. Les Chevaliers errants,
ii Eviradnus.

Si tu veux, faisons un rêve :
Montons sur deux palefrois;
Tu m’emmènes, je t’enlève.
L’oiseau chante dans les bois.

Je suis ton maître et ta proie;
Partons ! c’est la fin du jour;
Mon cheval sera la joie,
Ton cheval sera l’amour.

Viens ! nos doux chevaux mensonges
Frappent du pied tous les deux,
Le mien au fond de mes songes,
Et le tien au fond des cieux.

Un bagage est nécessaire;
Nous emporterons nos vœux,
Nos bonheurs, notre misère,
Et la fleur de tes cheveux.

Viens, le soir brunit les chênes;
Le moineau rit; ce moqueur
Entend le doux bruit des chaînes
Que tu m’as mises au cœur.

Ce ne sera point ma faute
Si les forêts et les monts,
En nous voyant côte à côte,
Ne murmurent pas : aimons !

Allons-nous en par l’Autriche !
Nous aurons l’aube à nos fronts;
Je serai grand, et toi riche,
Puisque nous nous aimerons !

Allons-nous en par la terre,
Sur nos deux chevaux charmants,
Dans l’azur, dans le mystère,
Dans les éblouissements !

Tu seras Dame, et moi Comte ;
Viens, mon cœur s’épanouit ;
Viens, nous conterons ce conte
Aux étoiles de la nuit.

 

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Yvette Guilbert et Sarah Bernhardt étaient alors des vedettes internationales.

Voici pour preuve une publicité parue à Londres pour des pastilles pour la gorge.

pub geraudel avec Yvette Guilbert et Sarah Bernhardt noir et blanc

 Elle a paru dans The Illustrated London News du 5 novembre 1892.

 

CI dessous une autre publicité trouvée sur ce blog.

champagne

"Une amusante image publicitaire. De gauche à droite : Sarah Bernhardt, Cléo de Mérode, la belle Otéro et Yvette Guilbert"

 

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Le jeune roi a eu quelquefois les honneurs de la presse en France.

 

le journal illustré 1891

L'image ci-dessus date de 1891, l'année qui nous concerne.

 

Le président était alors Sadi Carnot (1837-1894).

220px-Marie_Francois_Sadi_Carnot

Lui aussi est mort assassiné.

 

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On peut en suivre le périple protocolaire du jeune roi Alexandre de Serbie dans diverses publications dégottées pour l'essentiel sur Gallica, le formidable site de la BNF.

 

 Voici d'abord l'annonce faite dans une pubication de province lisible ici.

 

l'impartial djidjelli 9 08 1891

 

Et, quelques semaines plus tard, ...

 

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Quelques détails supplémentaires ont paru dans le numéro du 18 août d'une autre publication également intitulée l'Impartial, lisible ici.

 

L'Impartial 18 08 1891

 

 

En voici le récit de la journée du 17 aoùt paru dans un numéro de La Lanterne du 18 aoùt et lisible ici.

 

La lanterne 18 08 1891 1

 

Enfin, un article racontant la journée suivante a paru dans le numéro du 19 aoùt du Radical, lisible ici.

 

Le radical 19 08 1891