La belle personne de Christophe Honoré (né en 1970) nous donnera l'occasion de nous promener dans le XVIème (75) et de rendre hommage à Madame de La Fayette.

Au sommaire de cette note,

  • les sempiternels synopsis et transcription de bande-annonce,
  • un court document (et sa transcription) expliquant ce qui a provoqué ce projet.

On reviendra dans cette note sur un exemple de la manie qu'à Christophe Honoré de citer les films dits de "la Nouvelle Vague".

 

***********

 

la-belle-personne-poster

 

Synopsis

Junie, seize ans, change de lycée en cours d'année suite à la mort de sa mère. Elle intègre une nouvelle classe dont fait partie son cousin Matthias. Il devient son ambassadeur auprès de sa bande d'amis. Junie est vite courtisée par les garçons du groupe, elle consent à devenir la fiancée du plus calme d'entre eux, Otto. Mais bientôt, elle sera confrontée au grand amour...

 


Ajoutée le 3 septembre 2008 par Le Pacte

Transcription

Matthias – Ouais donc voilà, les présentations, Henri. Junie, ma cousine. Lui avec la belle écharpe à carreau, c'est Otto.
Otto –Désolé ppur l'accueil, vraiment.

Catherine – Et ils t'ont laissé partir comme ça à Henri IV ?

Otto – Ça va, t’es pas trop fatiguée ? Ils t’ont pas tous affolée, là dedans ? Moi, je te préviens, je suis beaucoup plus calme.

Henri – C’est le moment ou jamais.
Otto – Je peux pas lui dire, je peux pas le faire.
Henri – Tu la regardes droit dans les yeux, tu lui dis que tu l’aimes et tu l’embrasses.
Matthias – C’est pas un tout petit peu con, ça ?

Otto – Je t’aime Junie, je suis tombé amoureux de toi dès que je t’ai vue. C’est comme ça, c’est évident, je le sais.
Junie – Fais attention à moi. Toujours.

Henri – Monsieur Nemours, je vous présente Junie de Chartres, la cousine de Matthias.
Nemours – Bonjour. Ben venez vous asseoir à côté de moi.

Nicole – C’est la nouvelle ?
Nemours – Oui.
Nicole – Jolie gamine, hein.
Nemours – Très.
Nicole – Junie, c’est ça ?
Nemours – Ouais.

Nemours – Buongiorno. Junie, comincia la traduzione per favore.
Junie – Et vole, vole, ça se sait. Toujours plus haut on va.

Nemours – Elle m’aimera jamais, cette fille. Elle va jamais m’aimer.

Otto – On sait jamais rien des gens, en fait. Même ceux qu’on aime.

Matthias – Tu me décevrais beaucoup si tu rendais Otto maboul, je suis sûr qu’il est sincère.

Matthias – Monsieur, je vais avoir besoin de vous, là. J’ai confiance en vous.
Nemours – Il y a quoi sur cette lettre ?

Un lycéen – Il y a Henri et Matthias qui se battent.

Otto – Tu peux tout me dire. Je préfère savoir qu’imaginer le pire.
Junie – Ne m’accuse pas de quelque chose que je n’ai pas fait.

Nemours – Ça peut pas continuer comme ça, Junie. Je suis aussi perdu que toi.

Parmi les comédiens, on reconnaîtra Louis Garrel (Nemours), Léa Seydoux (Junie), Grégoire Leprince-Ringuet (Otto) et Chantal Neuwirth (Nicole).

 

***********

 

L’émission personne ne bouge existe depuis le 8 janvier 2012. On la doit à Philippe Collin et Xavier Mauduit qui ont également une émission sur France Inter et à Frédéric Bonnaud, critique de cinéma et actuel rédacteur en chef des Inrockuptibles.

Ils ont consacré une séquence de leur émission au buzz créé par l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy qui s’en était pris à l’œuvre de Madame de La Fayette.

 

Le commentaire est dit par Frédéric Bonnaud.

 


Nicolas Sarkozy et la Princesse de Clèves... by PersonneNeBouge

Transcription

Autrefois, en France, un président de la République se devait d’être lettré.

Pompidou citait Éluard. Giscard ne jurait que par Maupassant. Et Mitterrand collectionnait les éditions originales de ses auteurs préférés [on lit les noms de Jean-Paul Sartre, Françoise Sagan, Léon Tolstoï, Marguerite Duras, Marquis de Sade]. Jacques Chirac, lui, ne se piquait guère de littérature, mais il était capable de parler pendant des heures d’un fétiche arumbaya ce qui n’est pas donné à tout le monde.

L'Oreille Cassée - Hergé (une aventure de Tintin)

Avec Nicolas Sarkozy, tout change. Le Président ne fait même plus semblant de s’intéresser à la culture [on voit Yvette Horner, Tour de France, Richard Virenque, Jan Ullrich] et multiplie les fautes de français. Il s’agit de faire peuple et de ne surtout pas ressembler aux intellectuels pourris qui le méprisent [on reconnaît Michel Onfray, Bernard Pivot, Éric Zemmour, Bernard-Henri Lévy].

Il ira même jusqu’à parler de « Roland Barthès », sans doute un cousin éloigné de Fabien Barthez, le célèbre gardien de but chauve, alors qu’il voulait parler de Roland Barthes. Et les intellectuels pourris, ces hyènes, de ricaner.

Mais le vrai scandale va éclater quand Nicolas s’attaque à la Princesse de Clèves, le roman de Madame de La Fayette datant de 1678 et œuvre fondatrice de la littérature française. Déjà, avant d’être élu président, il s’en était pris à cette pauvre princesse en découvrant qu’« un sadique ou un imbécile, choisissez, avait inscrit le roman au programme d’un concours administratif. » Et Sarkozy de se demander ce « qu’une guichetière pouvait bien trouver à penser de la Princesse de Clèves ». Et de se gausser à l’idée du « spectacle ». Taulé général.

Et en 2008, rebelotte. Le revoilà qui remet ça.

Nicolas Sarkozy – J’ai rien contre… Enfin… bon enfin… puisque j’avais beaucoup souffert sur elle…

« Souffert sur elle… » aïe aïe aïe aïe aïe… Cette fois, c’est le scandale. « Grossier personnage », « les guichetières ont bien le droit de lire la Princesse de Clèves et d’aimer ça », « ce n’est pas parce qu’on n’a aucune culture générale qu’on doit en priver les autres ».

Résultat : les ventes de la Princesse explosent, le roman est sur toute les lèvres et le cinéaste Christophe Honoré décide d’en faire une version contemporaine, histoire de démontrer à Sarkozy que le ringard, c’est lui, pas la Princesse.

Quatre ans plus tard, François Hollande en remet une couche en déclarant que « personne ne doit être jugé indigne de la Princesse de Clèves sous prétexte qu’un seul individu a eu des difficultés à lire le roman. » Rappelons tout de même à François qu’en gros c’est l’histoire d’une princesse vertueuse qui se refuse à tromper son mari avec l’homme dont elle est éperdument amoureuse, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

 

***********

 

Pour boucler la boucle, on regardera avec intérêt ce mini-reportage du Parisien dans lequel Louis Garrel fait une petite apparition.

 


La Princesse de Clèves au secours des... by leparisien

 

Transcription

Anne Quercy – Il n’aimait pas la princesse mais nous, on l’aime.

Hélène Conjeaud (enseignant chercheur au CNRS)Je fais la quête parce que ce matin on est allé louer une sono pour qu’un peu de monde puisse entendre la lecture… et donc voilà… ça coûte assez cher.

La Journaliste – Vous allez lire pendant huit heures ?

Hélène Conjeaud – Je ne suis pas sûre, déjà, notre sono, c’est une sono sur batteries, je pense qu’elle va tenir quatre heures et pas tellement plus. C’est en fait une performance qui se veut un peu humoristique.sur les propos anti-culture de notre président de la République qui ssont focalisés par trois fois sur la Princesse de Clèves.

Une dame – Parce que nous croyons que l’université est et doit être le lieu de la beauté et non de la performance, de la pensée et non de la rentabilité…

Marcel Bozonnet (comédien) « Ce Prince était galant, bien fait et amoureux. Quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, fût commencée il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente et n’en valait pas des témoignages moins éclatants. »

Louis Garrel (acteur) « La beauté de cette Princesse, sa douceur, le soin qu’elle avait de plaire à tout le monde… »

Une dame – « Le Prince de Clèves devint passionnément amoureux de mademoiselle de Chartres… »

Un monsieur – « Elle avait retardé autant qu’elle avait pu le mariage du dauphin avec la reine d’Écosse… »

Un monsieur  « Il y avait tant d’intérêts et tant de cabales différentes… »

Un monsieur « Et si en vous montrant mademoiselle de Chartres, je ne vous pas voir cette beauté que vous cherchiez… »

Une dame – « Il s’était aperçu de la passion de Monsieur de Clèves comme monsieur de Clèves s’était aperçu de la sienne... »

Alex Voy (documentariste)Je suis là pour soutenir un mouvement qui je pense s’amplifie de jour en jour et qui peut-être va pouvoir déboucher à des résultats très positifs, à savoir le retrait des projets Pécresse, voire Darcos [ndlr : Valérie Pécresse et Xavier Darcos, alors respectivement Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et Ministre de l’Éducation].

Pécresse - Darcos - Sarkozy
Photo trouvée ici

La Journaliste – Est-ce que vous pouvez m’expliquer ce que signifie la fleur jaune que vous avez dans votre écharpe.

Michel (étudiant en cinéma à Paris III)Parce que le jaune est la… le jaune et le bleu sont, normalement, les couleurs de Madame de Clèves. Alors, ce qui est très amusant parce que… on est gréviste et alors à l’oppoosé dans la grève le jaune est la couleur de ceux qui ne font pas grèves justement.