Le Locataire chimérique - Roland Topor (1964), entretien télévisé (1989)
Le Locataire (notre prochain spectacle) est l'adaptation d'un roman de Roland Topor (1938-1997) intitulé Le Locataire Chimérique.
Le roman eut un succès certain si l'on en croit les différentes traductions.
En voici quelques couvertures :
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Dans un entretien avec Thierry Ardisson (animateur, producteur né en 1949), il dit le bien qu'il pense de l'adaptation de Roman Polanski. Il a été diffusé le 29 avril 1989 dans l'émission Lunettes noires pour nuits blanches (1988-1990).
Il existe deux autres extraits de cet entretien, l'un ici (à propos du film Marquis) et l'autre là (Anti-portrait chinois).
Ajoutée le 23 juin 2014 par Ina Talk Shows
Transcription
Thierry Ardisson (voix off) – Voici Roland Topor-trait chinois. « Terroriste, moi ? Comment foutre la merde dans le fumier ? » qu’y dit, l’ami.
Thierry Ardisson – Alors Roland Topor, bonsoir. Alors, tu es peintre, cinéaste, acteur, écrivain : tu es un des maîtres de ce qu’on pourrait appeler le touche-à-tout-isme.
Topor – Non, pas vraiment. Je dors beaucoup.
Ardisson – Tu dors beaucoup.
Topor – Oui.
Ardisson – Oui.
Topor – Et comme il faut survivre, quand on se réveille, en gros je fais tout ce que je peux.
Ardisson – Ouais.
Topor – Je rame.
Ardisson – Mais tu le fais bien, alors.
Topor – Je trépigne.
Ardisson – On ne va pas faire toute ta carrière parce qu’on serait là…
Topor – Ça n’a aucun intérêt.
Ardisson – … on serait là jusqu’à trois heures du matin. Mais enfin, il y a la Planète Sauvage. C’est bien ? Tu l’a vu ?
Topor – Je sais pas.
Ardisson – Ah ouais, c’était très bien. Il y a le Locataire chimérique qui a été adapté par Polanski.
Topor – Tu as remarqué, au cinéma, on a laissé tombé le « chimérique » parce que « les gens comprendraient pas ».
Ardisson – Ouais. Mais qu’est-ce que tu penses de l’adaptation de Polanski ?
Topor – J’aime beaucoup.
Ardisson – Ouais ?
Topor – Parce qu’il l’a adapté deux ans plus tard et… un film, c’est jamais un livre, mais je l’aime beaucoup, et je l’aime beaucoup comme acteur. Or, à l’époque, je me rappelle que les gens…
Ardisson – …restaient dubitatifs.
Topor – … dubitatifs, ils disaient : « oh, ç’aurait été mieux s’il n’avait pas joué ». Or, je l’ai revu y a pas très longtemps. Je le trouve génial dans ce film. C’est l’un de ses films que je préfère.
Ardisson – Alors par contre…
Topor – Et lui il l’aime pas parce que c’est un bide.
Ardisson – … On va passer à tes succès après, mais alors là on va parler d’un bide, c’est la Galette du Roi, dis-donc.
Topor – Oui.
Ardisson – Pourqu… comment t’as fait ça ?
Topor – Mais c’est parce qu’on a essayé d’aller dans le sens du public. C’est quand même une tentation. On se dit : « après tout…
Ardisson – Vous vous êtes ramassé la galette des rois.
Topor – … On est pas plus con qu’un autre. »
Ardisson – Ouais… et puis finalement…
Topor – Ouais, ben… on n’est pas plus con mais… ça marche pas.
Ardisson – Ça marche pas.
Topor – On ne peut pas jouer les rôle qu’on n’a pas.
Ardisson – Et t’es scénariste, là-dessus, hein ?
Topor – [acquièce]
Ardisson – Ouais. Alors tu sors un bouquin chez Séguier qui s’appelle les Combles parisiens.
Topor – C’est un bide aussi, ça, cela dit.
Ardisson – Oh non !
Topor – Enfin un bide
Ardisson – Mais un livre, c’est jamais un bide parce que ça se donne de père en fils, ça.
Topor – Oui.
Ardisson – Alors les textes, c’est quoi ?
Topor – C’est des souvenirs, des anecdotes parisiennes. J’aime beaucoup les anecdotes.
Ardisson – Et alors il y a un film qui s’appelle Marquis…
Topor – Oui.
Ardisson – Alors c’est la dernière année de Sade à la Bastille… hein, c’est ça…
Topor – Oui…
Ardisson – Et puis il a des rapports, comme ça, avec son sexe qui s’appelle Colin.
Topor – Oui.
Ardisson – Et c’est des êtres humains avec des masques d’animaux.
Topor – Sauf Marquis… enfin sauf Colin.
Ardisson – Oui. Sauf Colin.
Topor – Tous les personnages, tous les êtres, les caractères du films…
Ardisson – oui…
Topor – sont des hybrides mi-homme, mi-animaux, un peu comme dans le Roman de Renart, comme dans La Fontaine, comme dans le… j’sais-plus-quoi…
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On trouvera ci-dessous quelques illustrations des œuvres citées dans l’entretien.













