À l’occasion de la rétrospective consacrée à Jim Jarmusch à la cinémathèque de Belgrade du 8 au 18 janvier 2015, voici une série de notes relevant quelques liens entre le réalisateur et la francophonie.

Il sera question de littérature, de cinéma, de musique, de voyages et bien d’autres choses…

 

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Le concept de francophonie est un excellent prétexte pour découvrir sur ce blog des cultures qui n'impliquent pas nécessairement la langue française.

Par exemple, dans Only Lovers Left Alive (2013, avec Tilda Swinton et Tom Hiddleston), on peut entendre une performance arabophone de Yasmine Hamdan (née en 1976).

 

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La chanteuse (qui réside à Paris) est libanaise et la séquence se situe à Tanger au Maroc.

 

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La France, le Liban et le Maroc sont des pays membres de l'Organisation International de la Francophonie [source].

 

Tanger - Beyrouth

Le morceau s’intitule حل (Hal, ce qui signifie entre autre "solution").

On le retrouve sur l’édition internationale de l’album Ya Nass réalisé avec Marc Collin (du groupe Nouvelle vague), paru d’abord en France et au Liban.

 


Ajoutée le 20 octobre 2014 par Yasmine Hamdan

Une traduction en anglais est disponible ici.

واك ..
وإن مر يوم من غير رؤياك
أنساك ..
واشمعنى المرة دي رسماك
الشوق يحرك الحنين ومن القلب
الليل يطول والنهار يعدي بالقلب

يا هشة عَ قلبي
الفرقة تئلمني
أنا ما عندي حل ..
أنا ما عندي حل ..
لا قلبي يحب مرة
لا قلبي يحن مرة

 

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Cet entretien a eu lieu à l'occasion de l'édition 2013 des Nuits Botaniques à Bruxelles.

 

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C'est un festival qui a lieu chaque année au Jardin Botanique de la ville, un lieu culturel très actif.

 

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Elle résume son parcours et raconte sa rencontre avec Jim Jarmusch.

 


Ajoutée le 5 mai 2013 par PureFm Laradio

 

Transcription

Pure FM – Festival Invasion aux Nuits Botaniques.

Pure FM – La musique électronique, c'est quelque chose qui parcourt un peu votre parcours depuis longtemps avec Soapkills, par exemple, avec aussi Y.A.S. et Mirwais. Quel est le rapport que vous entretenez avec justement cette musique électronique ? Est-ce que ce rapport a évolué au fil du temps ?

Yasmine Hamdan – Oui, enfin ‘faut savoir que quand on a commencé avec Soapkills, on a complètement improvisé quelque chose…

 

Soapkills - Cheftak (2002)

 

Si je veux resituer ça, Soapkills, c’était fin années 90, le Liban, c’était un pays qui sortait de guerre civile, nous, on était la génération d’après guerre, donc on est un petit peu dans un moment de réincarnation, un petit peu, de la ville et donc les choses sont possible et en même temps il y a une espèce de « gap », de vide total. Et moi en tout cas, j’ai eu un… j’avais une espèce… j’étais assez… je recherchais un petit peu quelque chose qui pouvait me donner des… des réponses. Et je pense que je l’ai trouvé dans la… j’ai trouvé quelque chose dans la vieille musique arabe qui, moi, me confortait un espace dans lequel, déjà, je pouvais me projeter, je pouvais avoir du désir, parce que c’est très important d’avoir du désir envers sa culture et quand tu as eu beaucoup de ruptures dans ta vie, et que tu es perdu au niveau de ton identité… voilà. J’avais besoin de rechercher quelque chose qui m’inspirait. Et donc à partir du moment où je l’ai trouvé dans le chant arabe, enfin dans cette envie de chanter en Arabe, il n’était pas question, et je ne savais pas chanter l’arabe, j’ai commencé à chanter l’arabe comme une punk, je chantais des chansons arabes classiques, vraiment, des choses sacrées, enfin vraiment au niveau de… si on veut être… enfin c’est des choses qu’on ne touche pas trop et je les chantais vraiment genre… mais voilà, mais ‘faut… j’avais du culot… mais parce que j’avais vraiment… pour moi, c’était un besoin de le faire. Et puis avec Zeid [Hamdan, aucun lien] on a commencé.

 

Soapkills (Zeid Hamdan et Yasmine Hamdan)
Photo trouvée ici.

Il y avait une salle de spectacle, même pas une salle de spectacle, en fait il y avait un restau, un bar, c’était pas Beyrouth aujourd’hui. Et on était jeunes, on était un peu paumés, on cherchait un petit peu des musiciens, il y avait trois musiciens : deux qui faisaient du jazz, un troisième, voilà, qui habitait à la montagne ; enfin j’exagère mais c’était un peu comme ça, donc Zeid a acheté une groovebox, c’est aussi simple que ça, et on a commencé à faire de la musique un petit peu trip hop, électronique, avec de l’arabe et on a commencé à inviter des artistes, des flûtistes, des trompettistes, des gens qui étaient aussi des musiciens, mais pas seulement des musiciens, qui faisaient des choses à côté dans l’art, enfin dans l’art contemporain, dans le théâtre.  Donc c’est comme ça qu’on a commencé, puis moi j’ai toujours eu… j’ai toujours aimé la musique électronique, mais… c’est pas tout à fait… je ne voulais pas me limiter à ça, c’est-à-dire : j’aime beaucoup les mélanges. Et quand j’ai fait le projet [Aräbology] avec Mirwais, c’était très différent parce que, bon, Mirwais, il a son son, et là, l’idée c’était de faire vraiment un son arabe électro pop extrêmement poussé à l’extrême de la modernité au niveau sonore.

Produit par Mirwais, sorti en 2009

Ça c’était aussi un autre genre de travail parce que moi j’étais habituée à l’electronique mais quelque chose entre un petit plus calme, ou en tout cas plus "downtempo", et là, c’était vraiment électro-pop, Mirwais, quoi. Et moi j’ai pris du temps, j’ai fait beaucoup de recherches aussi, j’ai essayé vraiment de faire quelque chose que le monde arabe et les gens du monde arabe puissent s’approprier aussi, c’est-à-dire puisse danser sur quelque chose qui peut les faire sourire, qui peut leur parler au niveau politique, au niveau social, au niveau des références. Donc, j’ai vraiment travaillé le texte, les dialectes aussi, etc.. Et ça m’a ouvert les yeux et j’étais quelque part où j’étais pas complèteùment "secure" et j’ai fait mon truc avec YAS, c’était très intéressant. Et là, là, c’est mon bébé, ce projet avec Marc [Collin].

 Produit avec Marc Collin, sorti en 2012

C’est un petit peu… j’avais envie de revenir vers quelque chose qui me ressemblait plus, j’avais été un peu… j’ai fait des choses… j’ai aussi ouvert les yeux sur la musique occidentale, sur la musique pop que… je ne connaissais pas les codes, moi, je les sentais les codes, intuitivement, je ressentais les choses je faisais les choses parce que intellectuellement aussi j’avais des envies et des partis-pris esthétiques, mais je ne connaissais pas vraiment comment c’était, comment fonctionne un label, enfin je venais d’un pays où il n’y avait vraiment aucune structure pour ça. Donc c’était… voilà… c’est un chemin particulier, pour moi.

Pure FM – Only Lovers Left Alive, c’est le titre du prochain film de Jim Jarmusch, vous êtes dedans et vous jouez votre propre rôle, comment cette rencontre s’est-elle opérée ?

Yasmine Hamdan – J’avais chanté dans un festival et il était là-bas, puis c’est à ce moment-là que son idée est née et il m’a contactée un peu plus tard, quand il tournait son film, et voilà. On a tourné à Tanger et c’était extra.

Pure FM – Comment, justement, il vous a présenté la chose ? Parce que vous jouez votre propre rôle, vous chantez une de vos chansons que vous avez écrite et une de ces chansons qui se retrouvent sur cet album.

Yasmine Hamdan – En fait je le connaissais.

Pure FM – Ouais.

Yasmine Hamdan – Donc, quand ils m’ont contactée, sa production, j’ai lu le scénario, j’ai écrit le morceau, et puis on l’a tourné. Voilà. Donc, en fait, j’ai vraiment… je me suis imprégnée du scénario quand j’ai écrit le morceau.

Pure FM – Ça raconte quoi ?

Yasmine Hamdan – Le morceau ?

Pure FM – Et le film.

Yasmine Hamdan – Le morceau, je ne sais pas. Et le film c’est deux vampires, voilà. Et c’est mauvais signe, deux vampires et une arabe dans un film… Attention !

Pure FM – C’est un film de science-fiction ?

Yasmine Hamdan – Peut-être.

 

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Toujours en français, on peut lire un portrait plus détaillé sur Libération (un quotidien français) et voir un entretien au sujet de ses références sur ZoopolisTV (une télé tunisienne).