Nous disions hier qu’il était erroné de penser que Louis Jouvet a chanté Et le reste avec Arletty. La confusion était possible. Elle révèle même la force mythique du couple interprété par ces deux comédiens dans l’imaginaire populaire français. Elle vient de cette scène tirée d’un autre film de Marcel Carné (réalisateur la même année du Quai des Brumes) et scénarisé cette fois-ci par Jean Aurenche (1904-1992) et Henri Jeanson (1900-1970) auquel on doit aussi les dialogues de ce film.

Faites l'expérience : dites « Atmosphère… atmosphère ! » à un Français. Il y a fort à parier qu'il vous réponde « Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? ».

carne hotel du nord
(affiche piquée ici)

 

Le film a été tourné en studio mais Alexandre Trauner, le décorateur, a su recréer le Canal Saint-Martin, un quartier de Paris jadis très populaire qui se trouve dans le 10ème arrondissement de Paris et notamment le quai de Jemmapes où se trouve toujours le véritable Hôtel du Nord.

 


Ajoutée le 19 novembre par Roman R

Transcription
On fera attention à l’accent « parigot » d’Arletty qui lui fait prononcer « maeme » au lieu de « même », « atmosphaère » au lieu d’« atmosphère ».

Raymonde – Pourquoi qu'on part pas pour Toulon ? Tu t'incrustes, tu t'incrustes. Ça finira par faire du vilain.

Monsieur Edmond – Et après ?

Raymonde – Oh, t'as pas toujours été aussi fatalitaire [sic].

Monsieur Edmond – Fataliste !

Raymonde – Si tu veux, le résultat est le même... Pourquoi que tu l’as à la caille ? On n’est pas heureux, tous les deux ?

Monsieur Edmond – Non !

Raymonde – T’en es sûr ?

Monsieur Edmond – Oui !

Raymonde – T’aimes pas notre vie ?

Monsieur Edmond – Tu l’aimes, toi, notre vie ?

Raymonde – ‘Faut bien, j’m’y suis habitué. Cocard mis à part, t'es plutôt beau mec. On s’dispute, mais au lit on s’explique et sur l’oreiller, on s’comprend. Alors ?

Monsieur Edmond – Alors : rien. J’en ai assez, tu saisis ? Je m’asphyxie. Tu saisis ? Je m’asphyxie.

Raymonde – À Toulon, y a d’l’air, puisqu’y a la mer ! Tu respireras mieux.

Monsieur Edmond – Partout où on ira ça sentira le pourri.

Raymonde – Allons à l'étranger, aux colonies.

Monsieur Edmond – Avec toi ?

Raymonde – C't'idée !

Monsieur Edmond – Alors ce sera partout pareil. J'ai besoin de changer d'atmosphère, et mon atmosphère, c'est toi...

Raymonde – C'est la première fois qu'on me traite d'atmosphère ! Si j'suis une atmosphère, t'es un drôle de bled ! Oh là là… les types qui sont du milieu sans en être et qui cognent à cause de ce qu'ils ont été, on devrait les vider. Atmosphère… atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? Puisque c'est ça vas-y tout seul à La Varenne… Bonne pêche et bonne atmosphère !

Il est à noter que ces deux films sont les adaptations de romans populistes (dans le bon sens du terme). L’Hôtel du Nord a été écrit par Eugène Dabit (1898-1936) et Le Quai des Brumes a été écrit par Pierre Mac Orlan (1882-1970).