Tirez sur le pianiste (notre prochain cinéclub) a été le premier grand rôle de Marie Dubois (1937-2014) disparue il y a peu.

 

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On l'entend dans cet extrait.

 


Ajoutée le 29 juillet 2009 par Best Foreign Movies

 

Transcription

Léna

Le jour de mon anniversaire, quand j’ai dit « maintenant j’embrasse tout le monde » c’était pour t’embrasser toi, tu sais.

J’ai bien vu que tu me regardais. Alors je t’ai regardé aussi.

Qu’est-ce que tu pensais quand on marchait ensemble dans la rue hier soir ? Est-ce que je t’ai plu tout de suite ?

Tu te rappelles du soir où tu m’as dit...

Je t’ai pris le bras, j’avais peur de paraître trop audacieuse, tu sais.

J’avais tellement envie que tu me prennes la main.

 

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Sur les réseaux sociaux circule une vidéo des premiers essais de Claudine Huzé (pas encore Marie Dubois) avec François Truffaut pour ce film.

 

 
Ajoutée le 31 juillet 2011 par lukethelux

Transcription

Une voix – Claudine Huzé, deuxième.

Truffaut – Racontez-moi ce que vous avez hier, votre journée de dimanche.

Marie Dubois – Je suis restée à la maison, j’ai écouté des disques. Et j’ai… Je ne sais pas exactement ce que j’ai fait. J’ai écouté des disques, j’ai écouté la radio. Oh, c’est à peu près tout.

Truffaut – Ah bon.

Marie Dubois – Oui.

Truffaut – Quel est le dernier film que vous ayez vu ?

Marie Dubois – Les liaisons dangereuses [Roger Vadim, 1960].

Truffaut – Ah bon. Et avant ?

Marie Dubois – Avant… Ah c’est drôle… qu’est-ce que j’ai vu… les…

[...]

Truffaut – Très bien. Écoutez, si vous voulez on va imaginer… je voudrais que vous imaginiez que vous êtes une marchande des quatre saisons extrêmement vulgaire et vous revenez des Halles et vous vous engueulez avec un automobiliste qui vous gêne au milieu d’une place et qui est trop grossier avec vous. Alors je voudrais que vous soyez vous aussi extrêmement grossière, alors insultez-moi, supposez que c’est moi, et vraiment…

Marie Dubois – Mais vous ne pouvez pas … ?

Truffaut – … les pires grossièretés que vous connaissez…

Marie Dubois – oh c’est pas… !

Truffaut – En me tutoyant… Ben, par exemple « je te traite de petite salope, tu es une andouille, qu’est-ce que tu fais au milieu de la rue. »

Marie Dubois – « Ben tu peux pas faire attention ? » Enfin…

Truffaut – Grossière, allez-y, ça fait rien.

Marie Dubois – Oh oui, mais là, je ne vais pas vous traiter de tous les noms, quand même…

Truffaut – Si, si. Très vulgaire, allez-y.

Marie Dubois – Oui...Bon, ben commencez, que je vous…

Truffaut – « Espèce d’andouille, tu peux pas avancer ? »

Marie Dubois – « Ben hè, je suis dans les clous, vous pourriez faire attention, vous voyez pas que c’est le rouge, non ? »

Truffaut – « Espèce de poufiasse, putain ! »

Marie Dubois – « Con ! » Mais c’est pas possible ! Vous voulez que je continue sur ce rythme-là ? Je sais pas moi… Ça doit être plus facile quand je conduis.

Truffaut – Oui, allez-y, comme si vous conduisiez.

Marie Dubois – Mh. Bon. « Oh regarde moi c’te vieille, elle pourrait pas faire attention ? Holala, elle saurait s’faire écraser, et puis encore… » Oh non, c’est… c’est pas bon.

Truffaut – Ça fait rien, ça fait rien, je voudrais surtout de la grossièreté, allez-y.

Marie Dubois – Je peux quand même…

Truffaut – Oui, oui, allez-y.

Marie Dubois – Mais j’ai… j’ai… j’ai…

Truffaut – C’est moi qui vous ai fait quelque chose, alors allez-y.

Marie Dubois – Je dis tout un chapelet d’injures ? de grossièretés ?

Truffaut – Oui, le maximum. Le maximum

Marie Dubois – « Vous n’êtes qu’un p’tit con, un emmerdeur, et puis quoi encore… » Ça me gêne, c'est terrible.

 

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Elle a publié ses mémoires intitulés J’ai pas menti, j’ai pas tout dit… (Plon, 2002) dans lesquels elle évoque son parcours, ses rencontres et sa maladie, la sclérose en plaque, qui l’a contrainte à ralentir puis arrêter sa carrière.

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Nous n’avons pas lu ce livre, mais un extrait a été publié dans un hors-série du monde consacré à François Truffaut à l’occasion du trentième anniversaire de sa disparition.

Elle y raconte les conditions du tournage de la scène vue plus haut. Elle raconte bien sûr ses rapport avec le réalisateur et comment ils ont décidé ensemble qu'elle s'appellerait Marie Dubois.

 

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(hors-série disponible ici)

 

« Attentif et bienveillant » par Marie Dubois

Née Claudine Huzé, l’actrice de Tirez sur le pianiste rappelle que c’est à François Truffaut qu’elle doit son pseudonyme. Et raconte, à ce sujet, une anecdote troublante : pour s'habituer à son nouveau nom, elle le répète sur tous les tons. Un procédé qui n’est pas sans évoquer Antoine Doinel devant son miroir dans Baisers Volés (1968)…

 

François Truffaut me donna rendez-vous dans son bureau de la rue Quentin-Bauchart. C’est la profondeur et la douceur de son regard qui me frappèrent dès le premier instant. Avec lui on avait soudain l’impression d’exister. Il n’était pas inquisiteur, mais passionné par son sujet. Et son sujet préféré était les femmes. Son regard vous redessinait, vous donnait du relief et des certitudes. Il parlait peu, à voix basse, attentif – observateur curieux et bienveillant. Il me demanda de l’accompagner en voiture afin de faire plus ample connaissance, discuter. Mais c’était surtout moi qui parlais, mon débit accentué par la gêne. Pour briser les silences pesants, je racontai tout ce qui me passait par la tête, et j’évoquai mes goûts cinématographiques en espérant ne pas lui déplaire par mes choix. Je citais les Anges du pêché de Robert Bresson avec Renée Faure et le merveilleux Lola Montès de Max Ophüls… Je vis à son visage que j’avais visé juste. Avant de me quitter, il me donna à lire la première partie du scénario de Tirez sur le pianiste, la fin du film n’étant pas encore écrite. […]

Les scènes dénudées le gênaient, il détestait les baisers langoureux, les étreintes interminables. Cet homme amoureux des femmes était avec elles d’une délicatesse qui confinait à la timidité. Au milieu du film, il avait néanmoins prévu une scène de lit assez tendre entre Charles [Aznavour] et moi. François ne me demandait rien de très audacieux mais, très en deçà de son expérience, je n’osais pas m’approcher à moins de vingt centimètre de mon partenaire alors que nous étions censés avoir fait l’amour juste avant. J’attendais allongées près de Charles, emmitouflée dans deux robes de chambre, ne sachant quel geste faire qui soit à la fois caressant et convenable. Personne sur le plateau ne pouvait soupçonner que je ne m’étais jamais retrouvée dans cette situation ! Au bout de quelques minutes, Suzanne Schiffman, la scripte de François, s’approcha de moi et me glissa dans l’oreille : « Marie, il faudrait que tu te rapproches un peu de Charles, parce que là, ça ne fait pas très vrai… » Je finis par ôter mes vêtements et me lover dans les bras de mon partenaire. Sans bouger, je me concentrais sur mon texte – l’une des plus belles scènes d’amour que j’ai jouées au cinéma – en tentant d’oublier ma pudeur et mon inexpérience, chaste et rougissante.

Dès notre première rencontre, François me conseilla de changer de nom. À l’époque, j’avais adoré la pièce d’Audiberti, La Hobereaute et je lui en parlai avec ferveur. François, qui n’allait jamais au théâtre, m’écouta avec attention et brusquement me dit : ‘Vous venez de me donner une idée. J’aime les noms simples comme Jeanne Moreau, Aniie Ducaux… Je vais vous donner un roman à lire D’Audiberti. Il s’appelle Marie Dubois. » En lisant le livre, je m’habituai au fil des pages à ce qui allait devenir mon nouveau patronyme, je le répétais sur tous les tons : « Marie Dubois… Ma-ri-du-bois… Maridubois !! » Ce nom m’allait bien, je l’adoptai immédiatement.

« Si j’ai suggéré un jour à Claudine Huzé de devenir Marie Dubois, c’est qu’elle incarne, comme l’héroïne de Jacques Audiberti, toutes les femmes en une seule », écrivit François Truffaut dans son livre Le Plaisir des yeux.

François qui connaissait Audiberti lui demanda la permission d’utiliser le nom de son héroïne, ce à quoi l’écrivain ne vit aucun inconvénient. J’avais conscience d’avoir trahi mes parents en changeant également mon prénom, d’ailleurs ils le vécurent assez mal. Les membres de ma familles ne m’ont jamais appelée autrement que Claudine. Quelques années plus tard, quand François tourna Fahrenheit 451, il me demanda l’autorisation de se servir du livre Marie Dubois pour réaliser la célèbre scène d’autodafé. C’est ainsi que je vis l’ouvrage posé sur une pile avec d’autres volumes et mon nom partir en fumée.

 

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 La carrière de Marie Dubois ne se limite pas à ce film. Dans le cadre de notre cinéclub, on l'a vue dans Mon Oncle d'Amérique (Resnais, 1980) dans un second rôle. Elle a tourné également pour Godard, Chabrol, Verneuil, Enrico, Lautner...

 

Nicole Berger et Charles Aznavour

"Edit" après avoir revu le film - Contrairement à ce qu'il m'avait semblé ce n'est pas Marie Dubois mais Nicole Berger qui figure sur ce photogramme. Bien qu'hors-sujet, je l'y laisse en illustration.